‹ Le dogme de Nicée [microform]Chapitre 70 sur 79 · Pap. 1920, 2, coll · texte numérisé non relu

Pap. 1920, 2, coll

met en scène, nous reconnaissons immédiatement un Mélétien authentique : c'est ïsaac, évêque de Létopolis, qui figure dans le catalogue remis par Mélèce à l'évêque Alexandre.

Peut-être faut-il aussi reconnaître dans Tévêque Pierre, fils de Tubeste, ce Pierre évêque d'Héraclée, qui figure dans le catalogue de Mélèce. L'éditeur, M. Idris Bell, a réalisé ces deux identifications, la première sans hésitation, la seconde avec réserve. Il n'indique pas une troisième identification, qui me paraît bien tentante. La voici. Le lecteur a dû remarquer, dans la lettre de Galliste, un nom qui revient jusqu'à quatre fois (1. 7, 25, 36, 45), celui d'Héraïscos. Héraïscos n'est pas le premier venu : il est qualifié d'évêque (1. 8) et de pape (1. 25). Gomment un personnage si notable n'a laissé, par ailleurs, aucune trace dans les annales mélétiennes, c'est ce qu'on "a peine à comprendre. Son ascension avait dû être rapide, s'il est vrai qu'en 325 il manquait au catalogue de Mélèce, et qu'en 335 il avait conquis dans la secte cette position éminente, Mais est-il bien sûr qu'Héraïscos manque au catalogue de Mélèce? Ce catalogue mentionne tout à la fin, parmi les clercs d'Alexandrie, Héphestion diacre, et Macaire prêtre du camp : 'H^aiGTiwv ^lajtovoç, xal May.apioç TrpsorêùTgpoç t'^ç nap£{xêoV?)ç, la lettre de Galliste

nous montré Héraïscôs exerçant précisément dans le camp son ministère épiscopal; Isaac est venu le trouver là, sv t^ Ilapsp.êo}^'^. Héraïscôs ne serait-il pas le même personnage qu'Héphestion ? La confusion graphique des deux noms est des plus faciles : et s'il faut risquer une supposition, l'on supposera que la vraie leçon est celle qui revient jusqu'à quatre fois dans la lettre de Galliste, non celle qui apparaît une fois dans le texte de saint Athanase et ne reparaît nulle part ailleurs.

Si notre conjecture est fondée, il n'y a pas d'Héphestionmélétien; mais Héraïscôs, associé comme diacre dès l'année 325 au prêtre Macaire, qui exerçait son ministère dans le camp d'Alexandrie, n'aura pas tardé à lui succéder : dix ans après, nous le retrouvons au même lieu, exerçant le ministère sacerdotal et même ayant, aux yeux des Mélétiens, rang d'évôque.

Sans vouloir tout relever dans cette lettre, attachons-nous à ce qu'elle offre de plus saillant : l'extrême tension des rapports entre Egyptiens catholiques et Mélétiens, à la veille du concile de Tyr. Il apparaît qu'on se molestait, qu'on se frappait, et que les violences venaient quelquefois des rangs catholiques.

Il apparaît en outre qu'en présence de l'effervescence des esprits, Athanase avait pris des

mesures énergiques, puisque d'un coup il venait d'arracher à leurs sièges sept évêques. Ces faits nouveaux demandent à être remis en face de ceux que nous connaissons d'ailleurs.

Il est trop certain que, pour les catholiques en général et pour Athanase en particulier, la , situation, à la veille du concile de Tyr, devenait intolérable. Les Mélétiens avaient trahi tous leurs engagements; ils ne songeaient qu'à évincer la hiérarchie catholique, représentée par Athanase, et à faire prévaloir l'arianisme sur la foi de Nicce, défendue par Athanase. De la Thébaïde, où il avait pris naissance, le mouvement s'étendait sur la Basse Egypte. Et la propagande mélétienne échauffait les esprits par des récits tels que l'affaire d'Arsène et l'affaire d'Ischyras. On comprend que beaucoup de catholiques aient vu dans le mélétianisme un danger public, et qu' Athanase se soit vu amené à sévir.

Athanase vient d'arracher à leurs sièges sept évêques d'un coup. Le pouvoir du primat d'Alexandrie suffisait à de telles exécutions. Celle-ci nous étonnera moins si nous réfléchissons à ce qu'était l'épiscopat issu de" Mélèce. On sait déjà ce que valait Jean Archaph, le chef de cet épiscopat. Par ailleurs, on a vu la première accusation contre Atha-

nase, celle des tuniques de Im, lancée jpar trois évêques mélétiens : Ision d' Athribi, Eudémon de Tanis et Callinique de Péluse :

tous' trois avaient même fait le voyage de Nicomédie pour porter leur calomnie à la cour, où ils furent éconduits. On a- vu l'affaire d'Ischyras lancée par trois autres évêques mélétiens : Isaâc de Cléopatris, Iléraclide de Niciopolis et ïsaac de Létopolis. Nous reconnaissons Isaac de Létopolis : c'est (justement) le héros de l'incident raconté par Galliste, et nous nous demandons ce qu'allait faire ce fourbe dans la banlieue d'Alexandrie. Voilà donc sept hommes capables de tout, sept évêques dont les noms figurent au catalogue de Mélèce. Ne sont-ce pas précisément les sept évêques destitués par Athanase ? Nous nous garderons bien de l'afiârmer, mais rien n'empêche de le conjecturer. De tels hommes, Athanase ne prouvait rien attendre de bon, ni pour l'Eglise ni pour lui-même. S'ils ont siégé à Tyr, ils ne pouvaient que le condamner.

On s'explique aisément qu'Athanase ait cru devoir soustraire leurs troupeaux à ces mauvais bergers.

Sans doute, pour porter un jugement éclairé, il -nous manque, sur les mômes faits, un récit parallèle émané de l'autre parti. Reconnaissons d'ailleurs que les Mélétiens ont pu pra-

tiqiier certaines vertus, et d'abord l'assistance fraternelle. jDe ce fait, la correspondance du prêtre Paièus rend distinctement témoignage . Et donc elle met une note claire au tableau, par ailleurs très sombre, des origines ,mélétiennes.

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