Saint Grégoire DE Nazianze, Or., xxxi, 14-15; PG., XXXVI
2. Voir à ce propos Th. de Rêgnon, S. i.^ Etudes de Théologie positive sur la Trinité, .passimj v. g. t. I, pp. 557-568; t. IV, ■pp; 572-573. Paris, 1892-1898.
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C'est encore, que la contagion du monarchianisme sabellien, plus redoutable en Orient qu'en Occident, au iv^ siècle, engagea les Pères cappadociens à souligner le relief de la Trinité, plus que ne firent leurs émules d'Occident. Mais ces diversités d'exposition ne touchent point le fond des choses. Des critiques protestants l'ont vu et l'ont dit % aussi bien que les catholiques.
La controverse sur la divinité du Saint- Esprit, soulevée subsidiairement au cours de la controverse arienne, n'eut pas le même retentissement que la controverse relative à la divinité du Fils de Dieu. Mais elle relevait des mêmes principes et appelait les mêmes conclusions. Les Ariens, qui ne voyaient pas dans l'Écriture l'affirmation d'une même nature divine commune au Père et au Fils, étaient logiques en n'admettant pas davantage l'Esprit Saint au partage de cette nature divine. Pour les catholiques, la seule formule du baptême trinitaire suffisait à mettre hors de doute la
.1. Par exemple J.-F. Betuune Baker, The meaning of Homoousios in the CPtan Creed, dans Texts and Étudies, VII, Ij / Cambridge, 1901.
parfaite égalité du Père, du Fils et du Saint- Esprit;
L'hérésie pneumatomaquè s'identifie pour une large part avec le souvenir dé Macédpnius. Ce diacre de Gonstantinople apparaît dans l'histoire au lendemain de la mort dé l'évêque Alexandre (336), comme candidat des Ariens au siège épiscopal. Le prêtre Paul, désigné par le suffrage du vénérable défunt, fut élu par là majorité catholique. Macédonius paraît avoir dès lors intrigué contre Paul, mais ne réussit point, sur l'heure, à le supplanter, Tambition d'Eusèbe de Nicomédié étant venue à la traverse. Eusèbe fut porté, par la faveur de l'empereur Constance, au siège de Gonstantinople, mais ne l'occupa que trois ou quatre ans, étant mort vers la fin de l'année 341.
Alors Macédonius réussit à se faire élire, malgré les droits acquis de Paul, mais ne put prendre possession que grâce à l'appui du bras séculier et au prix d'une bagarre où trois mille hommes perdirent la vie. Il usa du ppu-^ voir épiscopal en véritable tyran, opprimant de toutes manières les défenseurs de j'ojxooyffipç. Son zèle pour l'hérésie ne rempécha point d'encourir la disgrâce de Constance et d'être déposé. Son nom figure dans les listes épiscopales de ce temps, non parmi ceux des Ariens radicaux, niais plutôt parmi ceux des homéu-
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siens. Après sa disgrâce, il se lança tout entier dans les voies nouvelles et inaugura l'hérésie qui porte son nom. Elle ne jeta jamais un éclat bien vif et ne lui a guère survécu.
L'Eglise de Gonstantinople n'avait pourtant pas été seule troublée par les adversaires du Saint-Esprit. Au cours de son troisième exil, vers l'année 359, saint Athanase recevait au désert une lettre de l'évêque Sérapion de Thmuis, qui lui dénonçait des blasphèmes contre le Saint-Esprit. Il va sans dire que ces blasphèmes partaient du camp arien. Les sectaires qui niaient le Fils consubstantiel au Père niaient, à plus forte raison, l'Esprit participant à la divinité du Père et du Fils. Répondant à Sérapion, Athanase montre, par quatre lettres dogmatiques, comment l'affront rejaillit sur toute la Trinité divine. Une première lettre rappelle la doctrine de l'Ancien et du Nour veau Testament sur l'Esprit de Dieu. Après la deuxième lettre; qui reprend la réfutation des erreurs ariennes, la troisième expose, parallèlement, la réfutation des erreurs pneumatomaques : les relations de l'Esprit avec le Fils étant parallèles aux relations du Fils avec le Père. Pas plus que le Fils, l'Esprit n'est une créatuïe. Associé à l'œuvre de la création et à toute œuvre divine, il est Dieu éternellement. Une quatrième lettre revendique la place essenr
tielle de l'Esprit en Dieu et dans l'œuvre divine, et précise la notion scripturaire de blasphème contre le Saint-Esprit : méconnaissance de Dieu, qui se révèle à l'homme par les œuvres de la grâce.
En écrivant ses quatre lettres à Sérapion, saint Athanase a fondé la théologie du Saint- Esprit. Il lui a suffi pour cela d'appliquer à la troisième personne de la Trinité divine les principes posés par le concile de Nicée pour la seconde. Il ne s'en est pas tenu là. Rendu à son Eglise trois ans plus tard, il a, dans ce concile d'Alexandrie auquel nous nous sommes déjà référés, expressément marqué là divinité du Saint-Esprit, comme un point de foi que doivent confesser ceux qui demandent à entrer dans l'Eglise.
Telles étaient donc les deux questions présentées, avant toutes les autres, à l'examen des Pères de Constantinople : la question des hypostases divines et celle du Saint-Esprit. Déjà Rome s'en était occupée : au cours de l'année précédente, 380, l'Occident avait eu sbû concile, réuni autour du pape Damase; vingt-quatre canons y; avaient été promulgués.
Ils anathématisent les hérétiques anciens et nouveaux; quelques-uns nommément : Sabellius (3), Arius et Eunomius (4), Macédonius (5), Photin (6); d'autres sans les nommer, mais nous les reconnaissons. La question des trois hypostases n'est point abordée explicitement,' mais elle fut certainement visée : la réponse est assez claire et très romaine. Le pape redit .la foi immuable de l'Église aux trois personnes divines, en usant du mot personnes, consacré par l'usage occidental ; il ne prononcé pas le nom à' hypostases, estimant inopportun d'effaroucher les oreilles latines par ce vocable insolite. Saint Jérôme ne dut pas être encouragé à faire sien le langage qu'il venait d'entendre en Orient. Quant à la divinité du Saint- Esprit, le pape l'affirme soit implicitement dans la condamnation de l'erreur macédonienne (4), soit explicitement, à plusieurs reprises (1 , 16- 24). Dès le premier canon, il dit anathème à ceux qui ne reconnaissent pas la communauté de substance entre le Père, le Fils et l'Esprit Saint : Anathematizamus eos qui non tota libertate proclamant eum [Spiritum S.) cum Pâtre et Filio unius potestatïs esse atque suhstantiae. C'était la définition du cônsubstantiel, étendue à là personne du Saint- Esprit. . ' ■'■ " Les Pères de Gonstantinople vont reprendre
ces questions, en ayant spécialement égard aux conditions de l'Orient chrétien.
Le symbole de Nicée, après un demi-siècle de luttes, avait à peu près regagné son autorité aux yeux des croyants; de grands évêques, comme saint Basile, s'y appuyaient comme à un texte intangible. Nous en trouvons un exemple dans la controverse qui, vers le temps de la mort de saint Athanase, mit l'évêque de Césarée aux prises avec Eustathe de Sébaste.
Évêque et ascète, promoteur de la vie monastique, Eustathe fut encore à Rome, en 366^ l'un des messagers du groupe homéusien qui, taisant retour à l'Eglise, alla saluer le pape Libère. Il y avait dans sa vie de belles pages. Mais son esprit instable oscilla perpétuellement de l'hérésie à la foi. Peu après son retour d'Occident, il se laissa gagner par la propagande macédonienne et, dans le temps même où il se détachait de l'arianisme, nia la divi-: nité du Saint-Esprit. De là un différend avec Basile, différend qui ne devait pas être le dernier, mais qui, cette fois, finit bien. Nous avons la lettre où Basile rappelle à Eustathe les exigences -de la foi catholique, et qu'Eustathe contresigna;. Basile commente le symbole de Nicée'-. ■
l.'fîp., cxxv 5 PG., XXXII, 545-552.
(( Cette formule, dit-il, doit être employée comme une pierre de touche par ceux qui, d'office, éprouvent la foi d'autrui : par là ils assureront leur conscience, et se prépareront une justification facile pour l'heure du jugement, où le Seigneur dévoilera les secrets des cœurs. Ce n'est pas qu'une volonté perverse ne puisse abuser de certaines expressions.
Ainsi Marcel d'Ancyre abusa-t-il de l'ôpouffio*;. Ainsi des sabelliens abusèrent-ils de l'anathème qui associe les mots d'essence et d'hypostase. En les associant j le concile n'a pas voulu les donner pour synonymes, au contraire : il n'aurait pas employé deux mots pour rendre une seule idée, mais il a voulu frapper deux erreurs : celle qui nie que le Fils procède de l'essence du Père, et celle qui prétend qu'il procède de quelque autre substance. » ;— Après cette interprétation, certainement discutable, saint Basile reproduit la formule de Nicée. Puis il poursuit :
« On trouve là, dit-il, de quoi redresser l'erreur ou la prévenir. Sauf pourtant quant à la doctrine du Saint-Esprit : le concile s'est contenté d'un énoncé sommaire, parce que nulle erreur n'était alors en vue. Maintenant, il faut supplémenter sur ce point la formule de Nicée, pour le bien de ceux que n'effraient pas les menaces du Seigneur contre les blasphé-
mateurs de l'Esprit. Il faut inviter ceux dont on éprouve la foi à anathématiser l'erreur qui voit dans l'Esprit une créature et l'exclut de la sainteté divine. Il faut les Inviter à anathématiser l'erreur qui ne voit en lui qu'un esprit ministériel : les esprits ministériels sont des créatures {Heb., i, 14). Il faut les inviter à anathématiser l'erreur qui méconnaît l'ordre consigné dans les Évangiles, et qui met le Fils avant le Père ou l'Esprit avant le Fils. Il faut les ramener à la parole du Seigneur, qui a marqué cet ordre en disant : Baptisez au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. »
L'occasion de ramener les croyants à la formule de Nicée se représente plus d'une fois dans la correspondance de saint Basile; etl'oti retrouve la même préoccupation de la supplémenter pour faire face à la nouvelle hérésie pneumatomaque ^
Un jour, on lui demanda de faire davantage, et l'auteur de la demande n'était autre que saint Epiphane. L'hérésie apollinariste troublait alors les Églises d'Orient; on voulait que saint Basile prît l'initiative d'une refonte du symbole de Nicée, pour faire face au danger nouveau.
Grave démarche, en vérité. Basile répondit'^ qu'une telle initiative n'appartenait pas à '-un