ffp., ccLViii; PG., XXXII
pauvre homme qui vivait au milieu des péchés et n'avait pas conscience d'être conduit par la grâce de Dieu. Déjà deux moines du mont des Oliviers, Pallade et* Innocent, lui avaient écrit pour provoquer son intervention. Il avait répondu que toute retouche apportée au symbole de Nicée lui semblait inopportune, sauf l'addition relative au Saint-Esprit, addition justifiée par le caractère hâtif de la rédaction, sur un point où nulle difficulté n'avait été soulevée au temps du concile. Il ne se croyait d'ailleurs pas qualifié pour une telle entreprise et ne pouvait que la déconseiller : d'autant que, si l'on portait une fois la main sur ce texte vénérable, il n'y aurait plus de raison pour s'arrêter. Avant de clore sa lettre, Basile félicite Epiphâne de s'être prononcé en faveiir des trois hypostases, et l'engage à promouvoir cette doctrine à Antioche.
La position de saint Basile paraîtra, sans doute, assez peu logique. En somme, il s'est permis une addition au Symbole de Nicée sur la question du Saint-Esprit, et il approuve qu'on parle des trois hypostases, Ihalgré la lettre du même Symbole : dès lors, il a plutôt mauvaise grâce à en déclarer le texte intangible. Mais combien d'autres prenaient plus de libertés, en ce même siècle où les formules de foi pullulaient! A tout prendre, Basile est bon
Niçéen. Et c'est' d'après les lignes par lui tracées que s'accomplira, deux ans après sa mort^ la mise au point très discrète due aux Pères de l'Église d'Orient, assemblés à Gonstantinople. Saint Basile ne vit pas le deuxième concile œcuménique. Il était mort au début de l'année 379. La même année, son ami Grégoire de Nazianze devenait évêque de Gonstantinople ; il consacrait à saint Athanase un admirable panégyrique, rappelant à la dernière page les travaux de ce grand homme pour l'unité de F Église^ L'Église, hélas ! est divisée, tantôt par l'hérésie, tantôt par de pures questions de mots, qui n'atteignent pas le fond des choses, mais donnent l'irapression d'un dissentiment r.éel. Ainsi l'Orient a-t-il de bonnes raisons, pour affirmer une seule essence divine et trois hypostases ; l'essence désignant la nature divine, et les hypostases les propriétés personnelles. L'Italie n'est pas, au fond, d'autre sentiment; mais la pauvreté de son vocabulaire ne lui permet pas de distinguer effectivement l'hypostase de l'essence, et la tient attachée à de vieilles formules : à , l'unité d'essence, elle ne sait qu'opposer la trinité des personnes (^pocrwira). On a cru voir une diversité de croyances là où les syllabes seules diffèrent. Ainsi advint-il que
1. Saint Grégoire DE Nazianze, Or., xxi, 35; PG., XXXV> 1124-5.
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l'Orient accusa l'Occident de sabellianisme, et que l'Occident accusa l'Orient d'arianisme. Et voilà toute la concorde de l'univers troublée pour des mots. Ce que voyant, le bienheureux Atbanase, véritable homme de Dieu et conducteur d'âmes, crut devoir empêcher à tout prix la division, et appliquer à de telles blessures les remèdes dont il avait le secret. S'adressant aux deux parties en toute douceur et charité, ^'informant exactement de leurs pensées respectives, il s'assura de leur accord sur 'le fond, et leur fit grâce des mots, pour les unir dans la vérité.
Cette largeur d'esprit, qu'il louait en saint Athanase, saint Grégoire de Nazianze en donnait l'exemple dans sa conduite personnelle.
Durant l'été de 381, disant adieu à son Eglise de Constantinople, où son zèle et son éloquence avaient brillé, pendant deux ans, d'un incomparable éclat, et où il venait de présider le -deuxième concile œcuménique, il s'écriait* : « Renonçons à ces procédés contentieux^ qui sollicitent les mots et les opposent entre eux. Gardons-nous également soit du monarchisme sabellien, qui méconnaît la Trinité et par une oonfusion fâcheuse efface la distinction, soit de la triplicité arienne, qui méconnaît l'unité et la
■ 1. Saint Grégoire de Nazianze, Or., xui, 16; PG., XXXVI, 476-7.
ruine par une distinction perverse. Ge sont là jeux du démon, qui faussent la balance humaine. Mais nous, marchant au milieu par la voie royale qui est celle des vertus, comme disent les sages, nous croyons au Père ^ au Fils et au Saint-Esprit, de même essence et de même gloire, parqui le baptême est consomme, de nom et de fait — les initiés m'entendent : — renonciation à l'athéisme, confession de Ta divinité, qui nous rend parfaits chrétiens; rendant hommage à l'unité d'essence, par notre adoration indivise, et à la Trinité des hypostases, ou des personnes, — comme il vous plaira... » Hypostases ou personnes : Grégoire n'insiste pas sur le choix du mot, dès lors qu'on s'entend sur la doctrine.
Si tout le monde avait acueilli de si bons conseils, l'union était faite entre les Eglises d'Orient. Malheureusement, il n'en fut pas ainsi : une amère déception attendait àConstantinople les Pères attachés au dogme de Nicée. Ils étaient venus cent cinquante, ne cherchant que le bien de la foi : à leur tête Mélèce d'Antioche, Timothée d'Alexandrie, Cyrille de Jérusalem, Ascholius de Thessalonique, Diodore de Tarse, Acace de Bérée. Mais, en regard de cette majorité compacte, se groupa, sur le terrain de l'hérésie pneumatomaque, une minorité où l'on s'étonne de rencontrer Èleusios
de Gyzique, le même qui avait donné, cinq ans plus tôt, le signal d'un mouvement A^ers Rome ; à ses côtés, Marcien de Lampsaque. Aucune représentation ne put vaincre leur ténacité : plutôt que de se rallier à rôpoucrioç, ils revinrent à l'arianisme, et ces hommes, qu'on avait pu croire acquis à l'unité, quittèrent à la fois la séance du concile et la communion de l'Eglise catholique. Ils étaient trente-six.
La majorité s'attacha au programme tracé par saint Basile et saint Grégoire de Nazianze. Nous en avons la preuve dans la lettre synodale adressée à Damase, Ambroise et autres évoques réunis à Rome ^ On y trouve^ l'expression de son attachement indéfectible à la foi de Nicée, cette foi antique et conforme à la profession du baptême qui, fidèle au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, reconnaît leur unique divinité, puissance *et essence, leur majesté commune, leur règne coéternel, en trois hypostases parfaites ou personnes parfaites; également éloignée de les confondre, avec Sabellius, et de les séparer, avec les Ariens et les Pneumatômaques... Gés paroles supposent que, sans prétendre corriger la foi de Nicée, les Pères de Constantinople y ont introduit les précisions nécessaires. Gespréci-