CHAPITRE m
LE D06UB GREC ET l'eSSENCH DU CKHESTI&NISUE (1).
Ce n'est pas pour détruire la religion, nous dit-on, c'est au contraire pour en mieux conserver, en mieux dégager, en mieux saisir l'essence que noua voulons la débarrasser des dogmes en général et des dogmes grecs eu particulier. Le christianisme est la religion par excellence, la religion vraie et définitive ; mais la religion vraie ne doit rien admettre en soi d'historique, d'humain. Car la vraie religion doit être divine, éternelle. Donc, tout ce que l'influence de la philosophie grecque a introduit dans le christianisme est étranger à l'essence de celui-ci et doit instantanémeut être rejeté.
(t) Dans c
dans les chapitres intitulés :
Is dogme grec et la cfuiliGalion, le dogme grec et l'évolution lies dogmes, nous avons repris, développé et parfois corrigé des tbùsDs déjà soutenues dans un article de la Reoue Ihiologiqut, do Montauban {SimpUp.catiun du chriatianiame, par K. V. T., janvier 18901. En reproduisant ces considôrBliona , nous avons, d'ailleurs, le droit de dire que ce n'est pas précisément un emprunt que nons avons tait.
Ici eDcore, il est aisé de voir quelle est la conséquence logique d'un pareil principe : c'est la négation complète de tout le christianisme.
« Tous les arguments théologiques tirés du scatimeot, > a. écrit M. Lobstein dans la Revue de Lausanne, » tous les appels les plus pathétiques destinés à provoquer une ém»tion religieuse , ne sauraient nous faire accepter , à titre de vérités éternelles et iQdispens:ibles au salut, des tbéoria dont la genèse historique , analysée avec précision, rérèlB avec une évidence complète, à nos yeux, l'origine hn-
Cette manière de voir a également été formulée, ï propos de la préexistence, et avec la même netteté, par MM. Holtzmann et Mohuhaupt. Le résultat auquel conduit cette théorie , c'est qu'il n'y a pas de vérités éternelles et indispensables au salut. Le propre âe l'action divine parmi les hommes, en effet, c'est justement de s'exercer humainement; il n'y a pas, il ne peut y avoir un seul fragment de la révélation auquel, en cherchant bien, on ne réussisse à découvrit une origine humaine, une genèse historique. Et bI on ne réussit pas, c'est par suite de l'insuiEsance des documents, de la pénurie des renseignements et informations.
Par exemple, M. Mohnhaupt, qui rejette l'idée âfi la préexistence de Jésus-Christ, s'imagine pouvoir ériger en « vérité éternelle de salut » l'idée de la
T t ESeOOE DU CimiSTUNISUB.
\ divine. M. Mohiihaupt croU-i) que l'idée de
hlilé divine n"a pas une genèse historique qu'il
jssilile de suivre du doigt?
s laissons là les dogmes particuliers, et revenons
Kguestion gëuërale des dogmes, du dogme grec.
pincipe des adversaires de l'hellénisme eu théo-
t est donc :
Timeo Danaos et dona ferontes !
Vous ne voulez plus rien de grec? Et pourquoi? Parce que les Grecs, les Grecs antérieurs à Jésus- Christ, les Grecs contemporains de Jésus-Ghrisl. et de l'Eglise primitive, vivaient... i! y a dix-neuf siècles environ ! Les Grecs sont un a peuple historique " : donc, ils ne peuvent prétendre à imprimer une forme déQnitive à l'Evangile. Le christianisme grécisé , cela pouvait encore aller à l'époque de l'hellénisme et pour les Grecs de jadis, mais maintenant, c'est décidément ieus jeu. 1! nous faut ou bien l'essence du christiaisine dépouillée de toute adjonction htimaine, histo- [que, de toute forme contingente, ou hion l'essence du christianisme coulée dans une forme actuelle, empruntée à notre temps, à notre philosophie contemporaine.
Très bien. Mais il faut pousser plus loin l'application de ce principe. Il faut l'appliquer au judaïsme égalemeiil. Le judaïsme, tel qu'il existait il y a dixneuf siècles , n'existe guère plus de nos jours que l'hellénisme contemporain de Jésus-Christ. Les Juifs Goatuii peuple historique ; donc, ils ne sauraient pré-
tendre à imprimer une forme définitive au chriatiaiiiame. Non seiilemenl les idées des rabbins d'autrefois ne peuvent plus nous être imposées, mais ce moule hébreu, emprunté à l'Ancien Testament, où les idées chrétiennes se sont d'abord versées, n'a plus rieuA faire avec nous. Il ne faut pas alléguer la préparation du christianisme, l'inspiration. Encore une fois, les Juifs sont un peuple historii^ue. Si nous devons nous débarrasser de tout ce qu'il y a d'hellénique dans la christianisme, nous devons serablablemeiit nous débarrasser de tout ce qu'il y a de judaïque. Et il fsut dire aussi :
Timeo Judaeos et dona ferentes.
Notez bien que ce n'est pas nous qui, par un abiia de logique, arrivons à tirer cette conséquence. Un auteur anonyme , dans la lievue de Lausanne, la lire lui-même :
^^B ■ Ici In question devient fort complexe, • écrit-il; <c on
^^^ no saurait nous renvoyer purement et simplement au Nou-
^^^L veau Tcslan;ient , car la tliôologie du Nouveau TestamcDt
^^^B nous offre plusieurs types divers, tous plus ou moins enta-
^^^H chës de judaïsme. Or il faudrait saisir l'Ëvangilc, alora
^^^B qu'il s'échappait, dans sa pureté et dans sa fraîcheur pri-
^^^V mitives, de la bouche de celui c|ui l'a seul réalisé et daai
^^^M les multitudes subjuguées disaient : Jamais homme n'a'
^^^B parlé comme cet homme (1)
(I) Heviie de tliëotogie el de philosophie (Complo rendu ds | l'Ancien Monde et !o clirïstisnisme, Je M. do Prossensé), K. V. 0., 1889, p. «8.
inSO ET L'BBSBHCB n
Et donc lOLis tes élôments helléniques eL tous les judaïques exclus du christianisme !
procédé est extrêmement commode pour éliminer Tistiaiiiamece quidéplail. Y a-t-il une doctrine (tienne qui vous choque et dont vous seriez bien aise d'alléger votre Credo? Bornez-vous à montrer qu'elle a des aalécédonts dans l'hellénisme ou dans le judaïsme. 11 Taudrait que vous eussiez bien peu de chance on bien peu d'habileté pour ne pas y réussir. Et alors, du moment que cela %'ieul des Grecs ou dos Juifs, cela ne vaut plus rien ! Timco , etc.. C'est Tort simple. Et, avec ce procédé largement appliqué, on peut s'attendre à des slmpUQcations indéfiniment multipliées du christianisme. Qu'en laissera-t-on subsister ?
Ce qu'on laissera subsister? Mais « la source seule vivifianie, parce qu'elle est limpide et pure, » la personne de Jésus-Christ! N'est-ce pas tout le christianisme?
Oui, assurément. Pourtant, sans nous enquérir de la réponse à cette question : où trouver cette source limpide et pure? où trouver ce Jésus-Christ? et où saisir cet évangile tel qu'il s'échappait, dans sa pureté el dans sa fraîcheur primilivea, de !a bouche du maître?— il y a une question qui doit immédiatement se poser : Admettons que l'on ait trouvé la route qui conduit sûrement au Christ historique, ce Christ est un homme, n'est qu'un homme, — un homme en qui Uieu s'est révélé sans doute, en qui le Saint-Esprit a habité d'une manière toute spéciale; mais ceux qui repoussent l'influence de la philosophie grecque, gé-
néralement rejettent aussi des doctrines coçime la divinité métaphysique de Jésus-Christ, comme la préexistence du Fils de Dieu. C'est précisément dans de telles croyances quUls dénoncent des traces de la philosophie grecque ou de la théologie rabbinique.
Jésus-Christ est donc un homme, rien qu*un homme.
Ici nous demanderons : un homme, un homme historique peut-il, plus qu'un peuple historique ^ donner une forme définitive à Tessence de la vraie et parfaite religion? Peut-il Tincarner si bien qu'il puisse passer pour en être le révélateur unique et définitif? Peut-il avoir le droit de revendiquer pour lui-même une place 9 une valeur , une autorité qui ne reviennent qu'à Dieu, aux idées de Dieu, aux volontés de Dieu? Non, non, pour la même raison que vous avez écarté les Grecs d'abord, les Juifs ensuite, il vous faut maintenant écarter la personne de Jésus-Christ. D'ailleurs Jésus-Christ est un homme ^ et, dans l'essence de la religion, il ne doit rien y avoir d'humain.
Encore une fois, ce n'est pas nous qui prenons plaisir à pousser à outrance, de conséquences en conséquences, l'opinion que nous discutons ici. Ces conséquences ont été clairement et explicitement tirées par d'autres que nous.
\^ exemple :
« Au fait, » s'écrie Fauteur aDonyme de la Revue de Lau» sanne que nous citions tout à Fheure, « y aurait-il d'autres éléments persistants, immuables dans le christianisme, que cette vie nouvelle divino- humaine , dont a vécu son fondateur et que chaque disciple est appelé à vivre à son tour,
r L'SBSRHCB DV CHIUeTUNlSMB.
tDl eitactement les mêmes i
Nous Toilà ramenés k une doctrine bien connue, dont noua avons déjà parlé à propos de l'intellectualisme : la doctrine de l'inutilité des doctrines. Ne parlez plus de dogmes, ni de faits, ni de documents, ni d'idées. Ne parlez plus d'hellénisme , ni de judaïsme, ni même de Jésus-Christ. La christianisme consiste essentiellement non pas dans la personne de Jésus- Christ, mais dans une vie; cette vie est à la fois la seule chose permanente, éternelle, la seule utile, la seule à prendre en considération. Et l'on ajoute ;
B L'EvaDgile ainsi compris est éminemment populaire. >
Singulière illusion , en vérité! Certes, le christia- Disme est essenliellomeut une vie, mais quelle vie? la vie de qui? la vie de quoi? Pour prêcher cette vie, encore faut-il être capable d'eu parler , de ia définir , ai sommairement soit-il, de louriiir des motifs pour ta rechercher, d'indiquer des moyeus pour la trouver et la développer. Les doctrines, les croyances ne sont pas la cause de la vie, soit ; mais elles en sont ta condition. L'Kvangile, compris comme une vie sans doctrines et indépendante de toutes doctrines, de tous faits, de tout élément à la fois humain et historique, l'Evangile compris comme une vie indépendante après tout de celui qui en a donné le premier modèle et qui en a été la première réalisation, l'Evangile ainsi com-
(1) Page 429.
72 LE DOQMË QRECw
pris nesl pas une vie^ d'abord, et, ensuite, il est éminemment impopulaire. Il est, par définition, intransmissible. C'est un évangile qui n'est pas viable.
2™® exemple : — Au milieu du désarroi et de la confusion qui régnent actuellement on théologie par suite de toutes les discussions embrouillées qui se sont produites sur l'autorité, rintcllectualisme, etc., etc., il ne faut plus s'étonner de rien. Et pourtant il est curieux de voir où peut conduire la tendance à déprécier le côté historique de la religion chrétienne. Elle mène parfois ses adeptes au mysticisme excessif d'une part, à l'intellectualisme de l'autre. Rien de plus dissemblable assurément que ces deux extrêmes, qui n'ont que ceci de commun, c'est qu'ils tendent tous deux à ruiner le christianisme. Ce qu'il y a de plus étrange dans l'affaire, c'est de trouver ces deux exagérations réunies dans une seule et même pensée. On sait que tel a été le cas pour Schérer. Nous pouvons encore nous en donner le spectacle dans M. G. Frommel. Voici ce qu'il écrit ;
« Par leur nature propre, les faits historiques manquent de révidence spéciale qui est indispensable à la foi. Les plus certains ne sont que probables. Leur probabilité, par raccumulation des preuves et la valeur des témoignagtîs , peut s'accroître jusqu'à friser la certitude, mais elle n'y atteint jamais. Les faits historiques les mieux prouvés ne le sont que par des témoins intermédiaires à l'égard desquels le doute reste permis. Fussent ils môme absolument prouvés, qu'ils demeureraient par essence incapables de faire autorité pour la foi, dont l'objet ne saurait, en aucun cas, être un fait historique, — à plus forte raison un
- et qui demande, pour s'établir , à discerner Btiatoire une activité divine dont le caractère initia- Fet permanent lui rende l'impression directement acr cessible (1). n
e sera pas difficile de justifiei' les deux critiques
I que nous avons adressées à l'auteur de ces ligoes :
1" Il est inlelleclualisle, sans ie vouloir assurément,
Broyant [ermemeut ne pas l'être et eu blâmant ceux
Sle sont, mais il l'est aussi authentiquement qu'on
a l'être. D'après lui, les faits historiques ne peu-
Ipas être objets de foi, parce qu'ils ne sont pas
jâas, entendez certains comme un raisonnement
malique ou comme un phénomène sensible ac-
^ parce qu'ils ne s'imposent pas à l'esprit, parce
6 ne contraignent pas l'assentiment, parce qu'ils
facient de cette évidence qui violente la liberté.
VQOus, avec Vlnet, nous sommes convaincu , tout
«itraire, qu'il est contradictoire de prétendre qu'on
l'One chose évidente ou nue chose prouvée. Pour
»ir croire, il faut justement qu'il n'y ait pas évi-
I, gu'il n'y ait pas preuve, mais simplement pro-
ntë diversement appréciable, que le doute soit
tis et que la liberté reste libre de se décider
ment. Ce sont là pour nous de véritables truis-
&Les faits historiques satisfont donc à la condition
ptielle de la foi i comme l'a dit Vinet, le propre
ioses morales et religieuses, c'est I'inévidbncb.
t plus, M. Frommel réclame une autorité anti-
t eriie du protesUntitme , Eoangîle et liberlé, du.
74 LE DOGME OREC.
spirituelle, une autorité contraignante, une autorité à l'égard de laquelle le doute ne soit pas permis, une autorité qui n^ait rien à faire avec le monde de la liberté, c'est-à-dire avec le monde religieux et moral. Heureusement qu'il la cherchera longtemps. En tout cas, il ne la trouvera sûrement pas dans la conscience morale qui semble être pour lui l'autorité (1).
(1) A notre sens, l'autorité ne se trouve pas dans la conscience morale ; ce langage est impropre. Mais la conscience morale, entendue comme la raison pratique fonctionnant sous la catégorie de Vobligation, est ce qui en nous est susceptible, a mission de distinguer parmi les autorités vraies ou fausses la véritable autorité, ce qui est compétent pour en examiner les titres, en proclamer la légitimité et par suite s'y soumettre. Quels sont les motifs qui portent la conscience morale à reconnaître l'autorité et à s'y soumettre? Des motifs moraux et raisonnables, dont la présence exclut l'idée et l'objection de « coups d'état arbitraires » de la volonté, mais qui ne sont pas contraignants et laissent à la volonté humaine la liberté de la décision. L'autorité ainsi recommandée par la conscience, pour nous, c'est Dieu, mais Dieu dans ses rapports avec nous, Dieu révélé, manifesté en Jésus* Christ, donc Dieu par Jésus-Christ et en Jésus-Christ, donc Jésus-Christ L'autorité, c'est Jésus-Christ, mais Jésus-Christ tel que nous le connaissons par sa vie et sa mort, tel que nous le trouvons dans la Bible. L'autorité , c'est la Bible qui nous transmet la connaissance des discours historiques et des actes historiques du Christ, sans lesquels le Christ se confondrait avec les premières rêveries et les premières illuminations venues. Mais ici encore rien de contraignant. Comme le dit fort bien M. Frommel , les données de l'histoire n'atteignent jamais qu'une probabilité qui laisse à la liberté la faculté et la responsabilité de la libre décision. Donc pas d'autorité absolue , infaillible , imposant irrésistiblement ses arrêts. Et ce qui en nous recon-
I'ôoMb obec kt lbbbb.ncb
J OBRlgTIAIlinU.
Nous n'ignorons pas que M. Frommel suil ici Kant :
> Eant n'atlribuc aucune importance foadsmcQtale au fait hiatorique dans la constilution de la certitude religieuse. La foi liistorique est, |)our lui, une forme inférieure e percevons les faifs que ar le témoignage d'autrui, ne de la raison théorique, ^oir, pour autant, tout au son illégitimité; car la toi ique d'être renversée par
Qu'est donc lif catégorijrs de l'his-
de la
d'une façon médiate, indirecte, | Cette foi est dès lors du doma L'homme le plus frivole peut l'a moins, qu'on ne lui prouve pas historique court toujours le ri une plus exacte connaissance des évéoemen
a solidité en comparaison de celle de l'imp que? Sans doute le christianisme est né au toire , en vertu de certains faits. Il est m6mi vu la perversité humaine, la foi en une révélation historique ait été nécessaire, tout comme il semble inévitable que, vu cette raéme perversité, l'bomme envisage son devoir comme un service â rendre â Dieu, au lieu de vouloir uniquement le bien pour le bien. Mais parvenu à la maturité de la raison, l'bomme n'a nul besoin de s'occuper encora des faits au mojen desquels les vérités religieuses ou morales, qu'il a fait siennes, ont été présentées au monde. L'impotent marche avec des béquilles. Mais guéri, il les jette au rebut comme désormais inutiles. Prétendre, avec
la théologie , que la foi en une révélation historique est un
élément indispensable de la reiij^ion suprême, c'est, d'après
Eant, faire preuve de superstition {]), »
□ait l'autorité, la consciencQ morale, n'est pas davantnge absolu ni infaillible. Voilà, pourquoi il noua faut travailler à notre salut avec crainte et tremblement.
(1) Elude sur ia réuélalion chrélienne, par Tli. Rivier, p. G5-6e.
Mais noua estimons que Kant a tort doublement: il Ee trompe en ce qui concerne les faits historiques, dont le caractère moral et religieux nous parait incontestable, et en ce qui concerne les conditions de la certitude religieuse; il se trompe en ce qui coocerne l'impératif catégorique lui-même, Kant a proposé des postulats au nom de l'm'dre moral , mais en considérant la réalité de cet ordre moral iui-mêma comme absolument certaine , en vertu de l'impératif catégorique. Avec M. Renouvier, nous faisons porter la foi non seulement sur les postulats de la moralité, mais sur la réalité nnême du devoir et de l'ordre moral ; noua faisons intervenir la volonté libre jusque dans l'acceptation ou le rejet du devoir lui-même; noua estimons qu'en face de l'idée de moralité, Is sujet se trouve dans cette alternative : lui accorder ou lui refiiseï- une valeur, affirmer ou non l'objeclivitè de l'obligation morale. Il est sûr que beaucoup de gens se révoltent contre cette « profonde altération du Kantisme " qui, disent-ils, dépouille l'idée du devoir de sa certitude absolue, et fait du devoir non phiB ïaliquitl incojicussum , mais un aliquid concussum , un objet intellectuellement briinlant qui ne se fixe que par la foi et par notre volonté de parier en sa faveur. — Mais il nous semble, quant à nous, que cette conception répond mieux à. la réalité des faits : ne voit-on pas constamment l'impératif catégorique discuté par les philosophes? Kt surtout il nous semble que cette conception est plus morale : et c'est pour ce motif que nous l'acceptons.
2° Evidentialiste , déterministe , intellectualiste ,
M. Frommel — arrange cela qui pourra — est en même temps hyper-myslique , par réaction exagérée contre ce qu'il appelle « l'excessive prèponUéraoca que noua accordons à l'histoire. «Certes, nous croyons avec lui à l'activité présente, continue du Christ, à l'union mystique du Sauveur avec les croyants. Mais enfin nous nous imaginons que si le Christ historique , par quelque calamité , difficile à imaginer sans doute, était enseveli daus l'oubli, le Christ céleste ne tarderait pas k devenir un fantôme; el nous nous figurons que si le Christ céleste agit à l'heure actuelle sur et dans les âmes, c'est principalement par les paroles historiques et par les œuvres historiques du Christ terrestre. C'est le Christ historique qui est la source de la vie religieuse el la base de la théologie chrétienne (1). — Sans doute encore, nous croyons avec M. Frommel à la souveraiueto de Dieu et à la paternité de Dieu et à la filialité divine de l'homme. Mais nous y croyons à cause du Christ historique, et si Jésus-Christ n'était pas ué, mort et ressuscité il y a dis-ueuf siècles, il est à présumer que M. Frommel lui-même n'y croirait pas.
3"eïemple: ~ Dans un opuscule relativement récent, qui a fait assez de bruit, que nous avons déjà cîlé et que nous citerons encore , M. Sabatier a écrit ces lignes :
■ Faites un effort de pensée , supposez un moment le
(1) The Modem Chvrch du 25 aoftt 1892 présente sur co sujet d'oxcoUentes observations dans un article intitulé Ctiriat in Heart and Hislory.
Christ Tenant au sein d'une race, d'une civilisation , d'une langue différentes, apparaissant, par exemple, en CLioe oti dans l'Inde de Manou et de Bouddha : n'cst-il pas évident que la premifere forme de l'Evangile eût ùlé tout autre , et ne sentez-vous pas, par cette hypothèse même, le caractère historique et contingent de celle qu'il a revêtue m Israël (1}?»
M. Godet a très justement répondu :
<c M. Sabatiei' demande ce qu'il serait advenu du chris» tianisnie primitif si son auteur cilt paru en Inde ou en Chine. C'est à peu près comme ai l'on demandait ce que serait une pèche si elle avait crû sur un prunier ou sur un pommier. En faisant cette question, on semble ignorer que l'apparition de Jësus-Cbrist est le fruit organique d'une longue préparatiop au sein d'un peuple choisi pour ce glorieux enfantement, et que le peuple dont il est sorti était, comme dit Jean, son ches soi, divinement disposé à l'avance (Jean. I, H). Il y avait harmonie préétablie entre la révélation religieuse donnée â ce peuple et la révélation parfaite qui en devait être le couronnement, — Tel arbre, tel fruit, a dit Jésus. — Tel fruit, tel arbre, pouvons-nous dire aussi. Il y a, dans cette parole du professeur de Paris, aa scepticisme naïf à l'égard de l'Ancien Testament qui peut faire sourire les curieux, mais qui attriste ceux qui ont reconnu la divinité de l'arbre à celle du fruit (2). ■
Ce n'est pas tout. M. Sabalier compare les paroles de Jésus-Christ à un germe ;
> Dans le grain de blë,
c le germe vivant que nul
(l) De la vie inlime des dogmes, p. 59.
(5) Le chrélien émngétique, 20 mars 1891; le Nouveau Test-il des dogniBSÎ p. 109.
scalpel ne peut saisir et isoler, il y a une certaine mntière, UD peu de fécule nécessaire au germe lui-même pour se manifester et produire aes effets. Or, cette matière exterue, D0U9 pouvons l'aoaljaer, elle se résout en azote, en glucose, en albumine, en chaux, etc.. De la mÛmc manière . dans les paroles du Christ , le perme vivant , la puissance créatrice de l'Evangile, par le seul fait que le Christ a Été un Hébreu, l'héritier de sa race, <]a'\l a parlé un dialecte sémitique, se trouve nëce3!>airemeDt amalgamé avec un peu de fécule hébraïque. »
Cette distinction n'enlève-l-elle pas toute autorité actuelle, toute valeur présente aux paroles de Jésus- Christ? Que reste-t-il des paroles de celui qui a dit : le ciel et la lerre passeront, mais mes paroles ne passeront point? Nous n'objecterons pas h M, Sabatier que, d'après ses déclarations, les paroles de Jésus-Christ ne peuvent plus être acceptées par nous telles quelles , qu'il s'agit de faire un triage, un triage non plus dans les récits mêlés de légendes, pour séparer le vrai et le faux, le réel et le chimérique, mais dans les paroles authentiques elles-mêmes de Jésus-Christ ; un triage non pasmêmeentre lesparoles de Jésus-Christ relalivesauï choses e%tra-religieuses [matières de sciences, de critique, plus ou moins étrangères à la foi) et les paroles proprement religieuses, mais bien dans les paroles même de Jésus relatives au domaine religieus, dans les déclarations reconnues par nous spécifiquement religieuses. Nous ne demanderons pas non plus à M. Sabatier ce que plusieurs sans doute seraient tentés de lui demander : Suivant quelles règles opérerez-vous cette sélection, sinon d'après des règles établies par vous?
80 LE DOQME GREC.
C'est donc vous qui devenez les juges de cela même que vous reconnaissez être religieux dans les paroles de Jésus-Christ, c'est vous qui décidez ce qu'il faut conserver de cet élément religieux , ce qu'il en faut rejeter. Y a-t-il quelque chose dans la partie directement spirituelle de renseignement de Jésus-Christ qui répugne à la pensée contemporaine, c'est-à-dire à votre pensée? Rien de plus facile que de vous mettre à l'aise. Il n'y a qu'à s'écrier : « fécule! » et tout est dit.
Non, nous ne tiendrons pas ce langage à M. Sabatier. Car enfin un triage implique la conservation de certains éléments faisant autorité à côté du rejet de certaines portions déclarées caduques. Que le triage soit dangereux , c'est possible. Il faudrait toutefois examiner s'il n'est pas nécessaire. C'est une question dans laquelle nous ne voulons pas entrer. Nous nous bornons à noter qu'avec un triage, il resterait encore quelque chose des paroles de Jésus-Christ, tandis que, pour M. Sabatier, il ne reste rien.
En effet, qu'importent lies paroles de Jésus-Christ? On l'observe expressément, elles ne sont qu'une « manifestation locale et historique, par conséquent contingente , de la vie éternelle. » C'est la vie éternelle seule qui importe! Aussi bien, quand Tépi de blé a poussé, quand la tige commence déjà à porter la future moisson, qui se préoccupe encore de la semence d'où provient l'épi? qui va creuser la terre pour contempler cette semence et ses racines? C'est l'épi, c'est le fruit qui attirent les regards , fixent les attentions, accaparent l'intérêt et les préoccupations. De même,
ET l'bSSBNCK ou CHftrBTIANlSHK. 81
'ëé SbDl tes élucubrations des dogmalicions contemporaies qui doivent être intéressantes (nous entendons celles des dogmaticiens contemporains qui sont « dans le mouvement •) et non plus les paroles de Jésus- Christ. De ces dernières , 1" « évolution » a tiré tout ce qu'il y avait lieu d'en tirer, il n'y reste plus désormais que des enveloppes coriaces dont nous n'avons que faire maintenant.
On dira que notre auteur pose ■ les faits rédempteurs et rénovateurs » de l'Hyangile « eu dehors de l'évolution dogmatique. » Lorsqu'on lui demande co qui reste d'éternel et de permanent dans cette évolution , il répond : « Il reste la révélation de Dieu dans la personne historique de Jésus-Christ, n il reste « l'apparition historique de Jésus-Christ. » Mais, encore un coup, une apparition historique, une personne historique, des faits, tout cela... c'est historique, c'est local, n'est-ce pas? Et ne nous a-t-on pas appris que toul ce qui est local et historique est par là même contingent, c'est-à-dire dépourvu de valeur permanente? Les faits i-édempteurs et rénovateurs de l'Evangile, la personne historique de Jésus-Christ , l'apparition historique de Jésus-Christ, tout cela est contingeut, accidentel, momentané; tout cela est plein de a fécule. » Tout cela enveloppe le germe, il est vrai , mais ce germe que « nul scalpel ne peut saisir et isoler; > ce principe de vie, cet esprit, ce je ne sais quoi enflii d'immanent, — élément mystique et pratique (l), élément proprement
(1) Ces deui adjectifs appartienneat-ils à la métne catégorie crebplogique, au même ordre de faits et do facnlléB T L'u:
82 LE DOQMB OREC.
religieux qui vient de rexpérience ou de la piété de l'Eglise , — ce je ne sais quoi se crée sans cesse de nouvelles enveloppes. Et non seulement on ne peut dire définitivement ce qu'il est, puisque ce serait l'enfermer dans une formule intellectuelle définitive, mais il ne réussit même pas à conserver la permanence dans Tincognoscibilité et , comme nous l'avons vu , il est emporté lui aussi par l'évolution irrésistible et universelle qui entraine et entraînera toujours tout sur un océan sans rivages. M. Sabatier Ta dit : « Tout change autour de nous (1). » Tout, l'élément religieux et mystique comme le reste. Et tout change fatalement (2).
ressortirait-il pas du sentiment, et l'autre de la volonté ? Dans une psychologie qui veut être attentive et doit être rigoureuse, est-il permis de confondre le mystique et le pratique dans un même élément ?
(1) Page 17.
(2) Dans un article publié par la Revue chrétienne du !•' octobre 1890, sur Nos Facultés de théologie et les futures Universités , M. Sabatier s'exprime de la manière suivante : « Depuis la fin du dix-septième siècle, c'est-à-dire depuis l'extirpation violente du protestantisne , une chose essentielle a manqué à la pensée française : c'est l'intelligence de la religion en tant que puissance intérieure et inspiratrice. Le divorce a été complet. Nous avons eu une piété catholique sans lumière et une vie intellectuelle sans piété et sans profondeur. De là vient en particulier l'aridité et la maigreur de notre philosophie française, essayant de se constituer dans le sensualisme ou l'éclectisme , et presque étrangère , sauf chez Maine de Biran, aux grands problèmes qui agitent la pensée allemande vers le même temps. Toute philosophie sans inspiration religieuse est vide et étroite. Et comment en aurait-il
Z" exemple : — Il nous est fourni par les Sociilés morales d'Amérique el de Grande-Bretagne (1) qui, issues de l'unitarisrae, représentent comme le dernier terme d'une évolution du libéralisme religieux soua l'influence kantienne avant la débâcle finale des négations complètes et irrémédiables. Ces sociétés nous apparaissent comme l'aboutissement logique de l'école qui
été autremont? Sons quelle forme nos philosophes, nos ccri- Tains, nos logislateurs ont-ils connu la religion, sinon sons la forma d'nne institution extérieure infaillible et dominatrice? Le conflit est irrémédiable entre cotte religion d'autorité et l'Bsprit moderne dont l'autonomie intérieure est la force et la loi. Ce qnc nous pourrions et devrions apporter à cet esprit moderne, à cette culture scientiUque, c'est l'idée de la rés,lilé d'une religion inférieure qui est une inspiration, d'une foi de conscience qui est une liberté , d'un esprit religieux gui juge de toul, qui profile <ie (ouf, qui comprend lout, BANS s'ABsnjETTiB i RIEN DB CONTJHGBNT, et qui seul est véritatlement le sol vivifiant de la pensée et de ta science. OIi le génie français retrouvera-t-il la révélation de cotte religion intérieure et libre qu'il a oubliée, sinon dans la vie scientiSqne mâme de noire protestantisme fleurissant et fructifiant devant Ini T » {p. SSO-ÏOI). Si c'est sur une pareille religion que M, Sabatier compte pour remédier à l'aridité, au vide, k la maigreur et à rétroitosse do notre philosophie française, il est permis de douter que les années grasses vionncnt de quelque temps pour ccllo-ci. Le o génie français » aime la clarté et la précision : les Irouvera-t-il dans cette religion k la mode de LosaîQg et de Strauss, affranchie de tout ce qui est contingent, essentiellement vague et nuageuse, qu'on voudrait que cous lui présentions ?
(1) Cf. à ce sujet notre discours sur los Soeiélés pour la eu!- Iwra morale (séance publique de rentrée de la Faculté de théologie prolpslanto de Monlauban, 12 novembre 1S9I).
84 LE DOGME QREC.
se pose en adversaire aprioristique de tout élément .1 grec dans le christianisme. Voici comment s'exprime M. Salter dans un discours prononcé à la Société pour la culture morale de Chicago, le !•' avril 1883, sur la base du mouvement moral :
a Le judaïsme est une religion de race, une reUgion pure, élevée, mais pourtant une religion de race , et même une religion à laquelle un homme qui n*est pas né juif se sent peu attiré. Le christianisme est plus universel ; mais il est fondé sur Jésus de Nazareth et limité par lui. Certes, je ne voudrais pas que personne me surpasse en vénération sincère pour cette figure unique, pour cette image mêlée de majesté et de douceur, qui a jeté un vif éclat à travers les siècles , et qui est restée rarement sans influence , lors même que ses sectateurs se sont montrés le plus fanatiques et le plus bigots ; cependant la vérité me force de convenir aussi que Jésus ne fournit pas de base assez large et étendue pour le présent et Tavenir. fiien plus, Jésus lui-même s'appuie sur des fondements plus profonds dans la raison et la conscience des hommes , et sur ces fondements nous pouvons aujourd'hui nous appuyer avec autant de vérité que lui ; nous y pouvons bâtir avec autant de calme , avec une foi aussi inébranlable, une espérance aussi ferme que lui ou ses disciples ont pu faire il y a dix-huit cents ans. >
On le voit : la personne de Jésus-Christ ne fournit pas de base assez large et étendue pour le présent et pour Tavenir. EL pourquoi cela? parce que Jésus est un être humain et historique, et qu'un être historique, humain, ne saurait prétendre à servir éternelle-
ment de lien aux hommes, ne saurait conalituer l'ei seoce de la religion (1).
(1) On nous permettra do citor ici quelqnos lignes récemment écrites par M. Ph. Bridel : a Le ressort interne de ce mouvement (le christianisme libéral) était la pensée que I& religion, vérité éteruello et absolue, ne saurait être placée dans la dépendance d'an fait hïstoiïque et particulier; que l'Evan- 'e Ame et Dieu, que Jésus l'eût [né à ses disciré elle ment too-
gile, expression du rapport normal e
peut, sans doute, découvert pour soe pies , mais qi difiè, bien m o de Jésus. L'éi
ignoré jusqu'à 1 propre compte, puis ens rapport ne peut avoir é icoro produit par te fait même de l'existence n question s'inspirait de la célèbre distinction marquée jadis par Lossing entre la « rtligion chrétienne, » qui fait de Jésus l'objet de l'adoration, et la i religion de Jésus, u celle qu'il doit avoir pratiquée lui-même. Au dire de Leasing, cette dernière peut être absolument vraie et digne de demeurer à jamais le patrimoine àe l'humanité: mais la premiers est caduque, par cela seul qu'elle attache une importance décisive à une personne historique, liant ainsi des vérités nécessaires h des faits contingents et, comme dit le célèbre écrivain, « suspendant l'éternité à des toiles d'araignée. Il Mais on sait ce qu'il est advenu des représentants de ce christianisme soi-disant affranchi du joug des fajls contïnaprés avoir hissé ii leur mât le pavillon de )ir, au bruit du canon, fait pour jamais leurs i fermes de l'histoire évangélïijue, ont tourné :el océan sans rives et sans fond qui s'aple,.. En utt mot, et sans citer de noms pro- ^e fût, l'école qui voyait la religion cet Evangile en somme indépendant ngélique et qu'elle nommait voloncette école a fait banqueroute. Pluit abandonné graduellement tout ce
l'idéalisme, ( adieux aux terres fermes leur proue vers cet océs pelle le panthéisme,.. En près , quelque facile que suprême et définitive dant des faits de l'histoire év.
tiers le théisme chrétien, sieurs de ses adhérents o
qui leur r
e christianisme et finalement ji
C'est donc là que conduit la con dam nation apiiorislique du dogme grec.
Mais examinons en elle-même l'idée fansse qui, 6B dernière instance, inspire celte' attitude.
Il y a, au fond de cette hostilité contre l'helléuiame, ainsi motivée , une conception erronée de l'action divine. On considère la philosoptiie grecque comme un produit naturel de l'esprit humain , et l'on ne veut' pas que ces spéculations humaines viennent se mêler
de chrétien; d'autres ont senti le besoin de rain plus solide, et il n'est pas difficile de constater qu'Ut mouvement important se produit en ce sens au milieu i protoiit autisme libéral, en France comme en Allemagne i (U foi en Jésus de Naifireili peut-elle constituer la religion <U\ finitiae ? article publié dans la Revue clirélienne du t" seiH tembre 189!, p. 165-166). Cl. Ibid., p. 175-176 : « 6o!oa DftvÙ Strauss, l'idéal de rhumaaité ne peut s'éti'e réalisé dans n: personne hiGtorigue , aucun individu ne peut nvoir été , ni t pourra jamais être l'HoiRine-Dieu; pour manifester la plènt tude du type, il faut la totalité des exemplaires de la ruA aeul l'ensemble de l'humanité constitue l'Homme. Dieu, l'Espif divin incarné... Dans son fameux ouvrage de 167? : Dur ait und der neve Otsube, Strauss en vient à nous déclarer, sad ambages, qu'il n'y a d'autre disinilé que celle du grand ToO qui déploie éternellement ses formes cbangeantos et vainli et il B le courage de nous engager à vouer notre adoraticB notre amour, à ce monstre s
que pour revenir toujours sur ses pu, fils pour en engendrer
îTaDgile , pur produit de la révélation divine. On a que le propre de l'intervention de Dieu, c'est tementde s'exercer d'une façon naturelle, historiique, par les lois même de la nature, par l'homme.
La vraie conception du miracle est la conception anthropomorphique (I), Sans doute, l'action de Dieu agissant librement dans le inonde et sur l'homme, *3e la même façon que l'homme agit sur les choses et sur ses semblables, arrive ainsi à produire des eEfets qui ne se seraient pas produits tout seuls, par le simple jeu ordinaire des lois naturelles et par la simple activité libre de l'homme. Mais ces effets, surnaturels «n ce sens , sont naturels en un autre sens; car Dieu se sert, pour les produire, des lois déjà existantes qu'il a établies et qu'il sait employer de manière ix leur faire fournir ce qu'il a en vue.
Ajoutons que historique et exclusivement humain, purement naturel ne sont pas des expressions absolument synonymes , pas plus que historique et contingent^ rfépouruu de valeur permanenle. L'histoire est le .canal habituel des révélations de Dieu , Tinstrument . coutumier de l'action divine. El il est souverainement moral qu'il en soit ainsi : le grand moyen d'action de Dieu sur l'humanilé, c'est et ce doit être l'homme. Si on creuse cet ordre de considérations, on se lOonvaincra qu'on n'a pas le droit d'assurer d'auance ligne tout ce qui vient des Grecs est pernicieux. Et que ' savez-vous si justement la philosophie grecque n'a
(1) Cf. l'Appendice II [Philosophie et science) où sont présentées rjuclqucB consiUéralions sur lo surnaturel.
SB LE DOOME onic.
pas été uD moyen dool Dieu s'est servi pour pi l'humanité à mieux comprendre sa révélation oti lui permettre de formuler de la façon la plus certaines vérités ou certains faits?
Qu'on le comprenne bien pourtant, nous ne vwloQS pas aboutir par là et nous n'aboutissons pas aofl plus à la glorification pure el simple du fait accompli. Nous ne prétendons pas que tout ce qui est , est bien par cela même qu'il est, et que nous devions accepter en bloc le Cbristianisme tel qu'il se présente à nous, uniquement parce que c'est ainsi qu'il se présente à nous. Nous ne perdons pas de vue le facteur souverainement important de la liberté humaine. Dieu agit, agit puissamment, et son but constant, c'est la réalisation du bien moral en ce monde, c'est la rédemption de l'homme. Mais Dieu n'est pas seul à agir, l'homme, agit aussi : il peut s'opposer aux desseins de IHen, contrecarrer ses efforts. Dans l'histoire d'Israël, dau le milieu mâme de Jésus, dans les annales de l'EgliM chrétienne, partout, nous trouvons des exemples évidents de cette opposition de l'homme à Dieu. Donc, tout en étant persuadé qu'il est fort possible que li philosophie grecque ait été un instrument employi par Dieu, nous devons être également convaincu qu'il est fort possible que cette philosophie, veuant de l'homme, ait abouti , contre l'intention de Dieu , ■ corrompre le Christianisme, Les deux ordres de coûsidêrations, vrais tous deux , se contrebalancent , M nous imposent à priori cette solution : c'est qu'il faui étudier les faits sans aucune décision préalable aprioristique pour ou contre la philosophie grecque, ç'
DOOME OnEC ET LUaSLJNCE [)U ClllirSTrANISUE. 89
ll'il faut examiner le Christianisme à la lumière de noire conscience ot de notre raison éclairées par l'Evangile et guidées par le Saint-Esprit; c'est qu'il fautTOii dans l'ensemble et dans le détail ce qu'il y a en soi de bon et de mauvais. Si les éléments prétendus grecs sont mauvais et condamuables en euxmitnes, il ne faut pas hésiter, certes, à s'en défaire, il est clair qu'ils ne vieuneiil pas de Dieu. Mais, pour oser dire qu'ils sont tels, il faut les avoir soigneusement pesés et discutés : ce n'est qu'au terme d'un tel travail qu'on a le droit de conclure en prononçant un jugement sérieux.
Donc , il serait nécessaire , pour juslifier une condamnation générale de l'influence de la philosophie grecque sur l'Evangile, d'avoir établi que celte philosophie est de tous points et radicalement mauvaise — thèse qui n'est pas évidente et dont il s'en faut qu'on ait donné la liémonstrallon (1).
(l) Comme l6 dit fort bien M. Grolillat, n il faudrait nous «voir prouvé Crois points : 1' Que In iiiëtapbysir[tio grecque a au toujours tort; 2' Que notre soi-disant métaphysique n'est pal puisée dans renseignement apostolique ; 3' Que la métaphysique grecque et platonicienne disait ce qu'on lui fait iite. a — n Non, Messieurs, a continue M. tîrelillat, a la doctrine cjirètienne de l'incarnation, p&s plus que la doctrine cbrétienne do la résurrection, ne sont des emprunts faits à U métaphysique grecque ot platonicienne. Celle-ci fut ou panthéiste ou dualiste, mais n'eût jamais admis l'union porsonaelle d'un être divin avec une chair liumaine. Ce sont les gnostiqnes et non pas les partisans do la Kénoso qui furent les héritiers légilimcs du platonisme... Si uns balaillc sur des Urnes pouvait avoir quelque résultat, ce serait le lieu d'op-
LE DOQUE QHSO,
Rem arquons-le d'ailleurs, le rejet apriorislique de l'heiléniBine mène eo somme à une sorte de contradiction.
On repousse les produits de l'influence grecgoâ parce que ce sont des produits naturels, humaiot historiques. Et oq les repousse pour conserver le M ractère divin, surnaturel, éternel du christianiami Mais le christianisme ne peut être surnaturel qu'à t condition d'être historique, il ne peut être divin quï la condition d'être humain. Si on ne veut admellre dans !e christianisme que les choses qui sont éternellement vraies, il est clair qu'on doit en proscrire Ist choses qui sont arrivées à un moment précis. Et il eet clair qu'on doit en proscrire toute intervention direcW: et spéciale de Dieu daus le temps el dans l'espace pout se révéler, pour parler, pour agir. Car enfin, dans It supposition où Dieu s'est révélé, c'est apparemmeni qu'il a dit aux hommes quelque chose qu'ils ne con-
poser BU platonisme dont on nous dit infecté , lo mismo contomporEda dont l'irrésistible influonce cbez nos opposants : !e transformisme, qui préfère aux iob veutions créatrices des principes supcriourB les promotic lentes et latentes des protoplasmes. C'est sous l'action, iaec sciente sans doute, du principe transformiste, qu'à l'amoiiF Père donnant aon Fils unique au monde, et descendu du ciel sur la terre pour remonter de la terre ciel, se substitue le produit, bien i)ue miraculeux encore,' la nature humaine ; l'offrande faite à Dieu par l'humanité is enfants. Ce igue tous retranchez ainsi'
-onez, c'est la folie de Dieu ! ■> [Exposé,
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Apolog.,