LA MÈRE
C est la même douleur, plus seule et plus amère! Pourtant, elle ne sait quelle rude fierté Refoule dans ses yeux les larmes de la mère. Et la console encore, en son adversité.
Et, soudain, attirant sur sa frêle poitrine Son fils, presque orphelin, comblé de tristes dons, Elle étreint longuement cette tête enfantine Que ceignent, à ses yeux, d' ineffables rayons!
LIiKCOïï^iKUE
Ce n'est pas devant toi que je me suis prosterné, mais devant toute la souffrance humaine... DosTOiEwsKY ; Le Crime et le Châtiment.
C'est l'hiver et la nuit, dmis la ville qui dort. Inconscient et seul, comme on va vers sa mort, Tai voulu posséder cette triste inconnue Bans les pauvres et vains secrets de sa chair nue, Et mes yeux, qui rêvaient d'un paros animé, Se disent qu'à présent tout rêve est consommé.
58 LE DON d'eNFAKCE
L'éternel vêtement et la douleur fatale
Nous ont fait cette chair chrétienne, veule et pâle.
Et qui saisit, pourtant, sans être la beauté ;
Et, malgré les dégoûts d'un amour acheté, \
Tadmire, en ce moment, la femme m'fprisable, )
Pour toute la douleur dont sa chair est capable. ^
La douceur des baisers qu'elle donne fait mal : }
En vain elle ne veut livrer que l'animal,
Sa bonté se réveille, avec d'étranges plaintes,
Et je serre sur moi, dans toutes ses étreintes.
L'ange prédestiné qu'elle était en naissant.
Ainsi je suis vaincu dans ma fange et mon sang.
Mais qu'on se sent meilleur après cette défaite !
La claire illusion que l'âme s'était faite
En égalant son rêve à de jeunes souhaits
A vu se révéler, enfin, d'autres secrets !
Mes yeux, pourtant, mes yeux sont pleins de douces larmes;
J'ai senti que j'aimais, devant ces sombres charmes,
Et je ne sais aussi quelle fraternité
Pour cette triste chair qui n'a point résisté.
L 'inconnue 59
Ah! femmes, maintenant brebis ! Troupeau docile Parqué dans le respect d'un sinistre évangile, Parmi d'amers plaisirs j'ai découvert en vous Tout ce qu'auront jamais d'attirant et de doux Les vices, la laideur, la fièvre et la folie. Noirs calices que ceux dont vous buvez la lie! La nausée et l'ennui d'un délice connu^ Le peuple lâche et laid, par ses lois contenu, Assouvissant sur vous sa haine originelle, Et l'inutilité d'une croix éternelle!
Lc4 mOnT "DES EKFcAÏÏ^CTS
Visite les enfants dans la maison des fièvres. Ce sont les mêmes lys glanés par tm beau soir. Tout ce qu'exhalera la pâlefieur des lèvres A ses destins marqués dans un nouvel es^mr.
Fraternels nouveau-nés fanés avant d'éclore, En des langes heureux soyez les bienvenus! Ils meurent, et ce soir de fête les ignore : Reconnais-toi, mon cœur, dans tous ces inconnus.
Mais rien n'illumina les limbes de leitr vie, Et tes yeux las, au moins, connurent le matin. De plus tristes que toi te cèlent leur envie : Montre-leur ton passé, tel qti'un Eden lointain.
La vision des sœurs errait en ce parterre. Que de beaux yeux baissés, dont le seul souvenir Attarde des clartés dans ton soir solitaire! Tu t'en allais; ceux-ci n'espèrent plus 'partir.,.
Mais avant le sommeil qui leur donne de naître, Accorde cette grâce au silence des pleurs : 0 printemps des préaux surpris par la fenêtre! Ils veulent bien mourir, mais en baisant des fleurs.
Retourne à tes forêts, comme a des délaissées, 0 le fils oublieux, qu'elles ont trop aimé! Et rapporte des fleurs pleines de leurs rosées Dans les plis d'un manteau, qu'elles aient parfumé.