LA MORT DES ENPAKTS
JoncJie de fa moisson ces berceaux funéraires D'oîi s'en iront en 'paix les anges révélés ; Quand la mort maternelle endormira ces frères, Mon cœur, triste à jamais, les aura consolés»
L'cAI^È
Vous avez oublié le frère qui vous pleure,
Et son rêve et son deuil penchés sur vos sommeils,
0 ma sœur d'autrefois lasse de mes pareils!
Mais où sont vos fertés d'hermine qu'on effieure? Et ces soirs fraternels, qui fleuraient le tilleul ? Hélas ! loin de votre âme, et je m'en souviens seul.
Car je me les rappelle avec les mêmes larmes. Moi seul aurai connu l'extase des regards : Je vous ai vu dormir en vos cheveux épars.
G6 LE DON d'eNFAKCE
Et la douce ombre, alors, qvA nous tomhait des charmes ! Et qu'ils fleurent longtemps au fond du souvenir, Ces rameaux que vos mains n'avaient pu retenir!
Mains frêles, mains d'infante, encor vierges d'échanges, Et quiy lasses des lys cueillis 'par ce heati soir, En l'ingénu sommeil les avaient laissé choir»
0 sourire endormi d'enfant qui rit aux anges, Souffle digne des fleurs, parfums d'un sang bien né. Seul trésor qui tentât les songes de l'aîné!
Frêles riens qu'elle oublie^ hêlas! comme on s'oublie, Vivez dans ce seul cœur mort de son seul espoir, Qu'il soujre bien par vous, en ses heures de soir!
Je me suis enfermé dans ma mélancolie :
Si quelqu'un de mortel vit pleurer m£s vingt ans,
Ce sont deflèresfleiirs mortes depuis longtemps.
LE "REfKDEZ-VOUS
AU the spîrit deeply dawning in the dark nf hazel eyes...
Tennyson.
Vous croyez viirre encor, morte pour qui vous aime, Vivre, vos lys épars, et vos joyaux perdus ! Mais, puisqvJen votre amour vous n'êtes plus la même, L'Amour^ triste et serein, dit que vous n'êtes plus.
Celle que vous étiez vous survit dans le rêve. J'étreins ses mains d'enfant; J'écoute ses aveux. Est-ce le même soir que ce beau soir achève ? Je pense respirer les fleurs de ses cheveux.
Les cœurs, depuis longtemps, battaient sans se le dire. s»
D'^ja les yeux parlaient assez ; déjà les voix, Dociles à l'amour comme une bonne lyre, Etonnaient de leur chant Vécho distrait des bois.
Mais tm soir s'en venait, plies beau, plus solitaire ; Déplus calmes rayons moururent sur les prés. Nos voix qui murmuraient, qui donc les fit se taire? Nous baissâmes nos yeux qui s'étaient rencontrés.
Ce seul regard livrait le trésor des pensées! Vos secrets étaient miens, les miens étaient à vous. En ce profond regard nos âmes fiancées Avaient eu leur premier et leur seul rendez-vous.
Voilà donc les baisers qtte tu m'avais promis ! Fuis-moi dans le trépas, sans les adieux d'un cygne , Tu n'atcras pas vaincu ce cœur qui se résigne.
Les leaux astres couchés que tes yeux endormis ! Que l'aube en était pure aie jardin de mon rêve, Et faisait bien penser au, bonheur qui se lève!
Quand la mort effeuilla tes roses, m'aimais-tu ? Ah! n'importe; que les ténèbres te soient douces ! Pleines de lits de fleurs, pleines de bancs de mousses.
Plus douces que mon cœur, faible cœur qui s'est tu,
Et n'osa te troubler, reine, en ta rêverie.
Mais plein d'humbles trésors qui t'eussent attendrie !
Qîù'il te soit pardonné; tu ne le savais pas. Nul ne soupçonnera ces joyaux de mon âme. Ten eussé-je parlé si tu n'étais ma Dame?
Hélas! ne rien trouver dont ton cœur ne soit las ! En quels songes plus beaux me fuis-tu ? Quel mirage T appelle? Est-ce déjà le sublime voyage ?
Mais tu ne m'entends plus, et je t'appelle encor ! Ainsi, tu m'as laissé, sans quelque mot suprême Qui me fût doux et triste et me dît que l'on m'aime!
Ainsi, sans un adieu, dans l'ombre et dans la mort! Et je ne sais déjà quel vent d'inquiétude bouffie autour de mon deuil et de ma solitude.
SOiK "DOUX T^\'RLE'R
Son doux parler m'était une chère musique ; Et près d'elle, et parmi la senteur angélique Qu'épandait, ce soir-là, sa présence éthérée, Le cœur, tremblant, disait :
« Sœur naguère ignorée.
Et trop céleste, hélas ! pour ti être pas un songe, Ne vous en allez pas trop vite, cher mensonge l »
Alors, en souriant, et comme font les mères, Elle apaisait mon front entre ses mains légères :
« Encore, ô mon enfant, cette peur enfantine ? Mais ce front que ridait la mémoire chagrine, L'ai-jefait moins morose avec les mains d'une ombre? Un clair matin de mai se lève en ton cœur sombre : La voix qui te console est-elle d'un fantôme? Si tu ne m'en crois point, ah! respire l'arôme De ma beauté terrestre l Entr' ouvre enfin ces tresses Et ces voiles! Egare, aujourdliui, tes tendresses, Tu, n'en flétriras 'point la neige de mes ailes, Par ce jeune parterre aux frêles fleurs mortelles; Et, tandis qu'un tel soir est sur notre vallée. Dépense le trésor de ma beauté voilée! »
Ainsi chantait alors la douce voix éteinte!
Et l'âme d'une enfant était dans cette étreinte*
Mais la nuit s'en venait des horizons d'automne,
S'en venait des grands bois, moins profonde et moins bonne
LcA SŒUTi QUI iJ\C'EST "PLUS
Et ce fut leur amour, ce doux, ce seul silence. Quand elle vit son cœur, et toute celle enfance ! A peine gémit-elle : « Hélas ! et vous aussi? »
C'était comme ton parfmn des champs après les fièvres. Ce deuil des yeux avec ce sourire des lèvres. « Sans doute, pensait-il, des anges sont ainsi. »
Et c'était un beau soir, triste et tendre, d'automne. Elle s'abandonnait comme une fleur qu'on donne, Une humble et belle fleur, quelque lys dédaigné.
Cher cœur grave, resté prof ond comme l'enfance, Offensé dans ses lys et content de l'offense ; Plus riche mille fois de ce qu'il a donné!
Chère enfant! cet automne allaita vos simplesses, Quand, de vos lentes mains, vous dénouiez vos tresses Pour mêler vos cheveux de ses dernières fleurs.
Ce fut tout votre amour, chère enfant, chère sainte,
Ce silence d'im soir en cette longue étreinte.
Rare comme ces fleurs, lointain comme ces pleurs! i
LES TqAUVRES
Mon cœur est éperdu des étangs et des bois, Comme s'il les voyait pour la première fois ! Mais je me sens troublé d'une étrange science, Et mon cœur est pensif, malgré ce don d'enfance.
Et j'évoque un tableau de tout ce que je suis! D'humbles gens de jadis, pâles de mes ennuis. Et sans plus d'amertume en leur âme docile. Revoient erfln les champs, aux portes de leur ville.
La nature est meilleure a qui Va mérité l
Ils vont, comme en un songe, en sa sérénité,
Et les vallons, pour eux, sont pleins depriinevères.
Après cet hiver morne en d'obscures misères,
Oh ! l'haleine des fleurs au large des grands bois!
Pense à tes nuits, mon cœur, pense aux jours d'autrefois :
Ils ont fui, comme toi, la nuit de leur jeunesse^
Et c'est la même joie et la même tristesse...
Tant ils osent peu croire a ce bonheur nouveau! Tant le pur et le clair baiser du renouveau Ne leur semble toujours qu'une grâce accordée l Voila bien la campagne en voile d'accordée, Mais dans leur horizon se dressera toujours Le jaloux souvenir des clochers et des tours.
Ah ! des fleurs! Pour ces fronts, que flétrirent mes fièvres, Les plus fraîches des fleurs, comme déjeunes lèvres! Tous ces pauvres d'esprit sont bien selon mon cœur!