‹ Le don d'enfanceChapitre 16 sur 17 · LETTRE A HORATIO · texte numérisé non relu

LETTRE A HORATIO

Tout ce qui doit la perdre est ce que f aime en elle. Quel charme est la tristesse, et quel philtre est la mort ? Car elle est/aible et triste, et n'a que ce trésor. Ah! pour me la briser c'est trop d'une parole ! Ne lui parle pas ! Laisse à l'ombre qui l'étiolé Une fleur des grands bois que flétrirait le jour !

De combien de pitié se mêle un tel amour? J'en veux pour seuls témoins tes yeux qui l'auront vue. Mais souviens-toi de moi, devant cette inconnue ! Songe à moi, songe à nous, et songe a nos liens ; Fais-lui doux des regards quÀ ne sont pas les miens.

LES ^OCES IKGÉUSCUES

A Charles Van Lerberghe.

— Loin de ton front d'enfant Vinutile couronne! Que tant de 'purs trésors ne me soient plus secrets ! Car tu ne sais, vraiment, quel joyau, te couronne En cette royauté de tes cheveux défaits.

Voilà tous les apprêts d'une joie enfantine. Mais que tu cèles mal un angélique effroi! 0 mon rêve tremblant d'une sœur orpheline, Laisse-rnoi dénouer tes mains jointes vers moi.

— Ces mains jointes vers vous, les voici dénouées. Savez-vous quelle folle a peur entre vos bras, Quelle petite file, aux lèvres enjouées?

0 mon maître, voyez ! vous ne le saviez pas.

— JEn tes mots virginaux une reine s'ignore.

Un songe, s'il chantait, sans doute, aurait ta voix, La voix de jeune sœur, et que j'entends encore. Est-ce elle qui berçait mes sommeils d'autrefois ?

— Hélas ! et je ne suis qu'une fille ingénue, Sans autre diadème a monfront préféré

Que la frêle beauté dont vos yeux m' ont vêtue ; Votre seule pitié m' a faite a votre gré.

Pardonnez a mes yeux ce qu'ils ont de trop tendre. Vous n'auriez jamais su qio'ils rêvassent de vous, Mais mon cœur trop épris n'a pas voulu m' entendre l Et j'attends a vos pieds les pardons de l'époux...

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