LE EÊVE BU VOYAGE
Et nous irons aussi vers la ville des cygnes, Parmi des oiseaux fiers qui vous reconnaitronf. Voilà le saint rosaire entre les mains bénignes, Et ton respect, mon Dieu, sur les neiges du front!
Neige des fronts, candeur des linges, lys et neiges! Les fleurs frêles d'un sang que rien ne trahit plus; Et le bon souvenir menant ses blancs cortèges. Et l'oubli des baisers que l'Amour eût voulus.
C'est là toute la ville où nous irons ensemble! Et nos baisers plus lents, et notre amour plus doux, Dans cette ville en deuil, dont le deuil nous ressemble^ Hélas! au bord des eaux malades comme nous.
Le silence, les cloches, le silence encore! Et, pour en recueillir la douceur qui se meurt, En nos cœurs rapprochés, un seul cœur quisHgnore, Et ce dédaigneux cygne ivre de sa langueur.
0 fille des beaux soirs, au songe plein de cierges, Qu'elles sont selon nous, les fleurs de ton avril! Tes vierges et tes lys meurent comme les vierges. Et n'auront jamais su leur charme puéril.
0 souche des vieux lys, lourde de fleurs plus belles, Je veux les lys des prés, des cloîtres et des eaux ; Pour le front d'une enfant pareille a tes agnelles Tu n'as rien de trop clair dans tes jardins royaux.
LcA T>d\.mE qAU voile
Nul ne vous aura vue, ô vierge, en vos pensées ;
Nul n'aura dépouillé de son divin secret
Le bleu voile de fleurs et d'astres qui vous vêt.
Mais mes peines d'antan, quel chant les a bercées? Une voix qui m'a dit les étangs et les bois! Quelle voix les eût dits, si ce n'est votre voix?
Oh ! malgré tout le beau mirage qui vous voile, Et ce prestige amer d'un univers en fleur, C'est un même désir qui gémit en mon cœur!
Et je 'pleure, et quel enfant fleure l « 0 Ba7ne au voile, Ne vous dérobez plus en des voiles jaloux A Vohscur pèlerin qui rêva tant de vous.
Toute pure, et toute en esprit, vous êtes belle ! Qui consola, pourtant, mon cœur déshérité? Votre beauté l'a fait moins que votre bonté.
Vos yeux sont-ils voilés? Leur regard vous révèle l
Vous les vêtez en vain d'étoiles et de fleurs,
Malgré vous-même, ô vierge^ on voit qu'ils sont en pleurs.
Dépouillez ces rayons qui nous cèlent la femme ! Que je vous parle enfin en de purs abandons, Que je puisse baiser la main qui fait les dons.
Mais de quel chaste trouble a frissonné votre âme? Hélas! vous rameniez le voile constellé Sur ce front de déesse un instant révélé, »
UcATTEL VERS LES "BOIS
Euryanthe, mon lys, je t'épargne les fleurs. Tes cheveux sont tressés des feuilles de la veille : Une Jiaie au printemps n'a pas d'autres senteurs.
Descendons vers les bois : c'est l'Eden qui s'éveille. Ils sont beaux jusqu'aux pleurs, ces jardins inconnus ! Mais eux, dans ta beauté^ voient une autre merveille.
Viens, partout égarés, et partout bienvenus!
Si tu foules des fleurs trop pleines de rosée,
Mes baisers, tout à l'heure, essuieront tes pieds nus.
— Je suis lasse, il est vrai, comme une fleur brisée. Emmène néanmoins une enfant qui veut voir l
Il suffit, qu'en passant, la brise m'ait baisée,
— Oh ! toits les bancs de mousse oU tu pourras f asseoir ! Les calmes abris verts, faits a tes lassitudes,
Où cJianteront pour toi les berceuses du soir!
Reconnais la patrie en ces sollicitudes. C'est elle, ce jardin, ce feuillage et cette eau, Dont le rêve longtemps trompa nos solitudes.
Mais nos rêves, pourtant, n'avaient rien d'aussi beau.