‹ Le don d'enfanceChapitre 9 sur 17 · SOLITUDE · texte numérisé non relu

SOLITUDE

Il est tard; un fiévreux 'pleure, en ses nuits impures :

« Seigneur, aJi ! qu'wie enfant m'offre des grappes mûres,

Et que je puisse boire à votre verre d'eau.

L'eau des sources! les fruits d'un jardin qui soit vierge! Et qu'elle attarde un peu ses fraîches tnains de vierge Sicr ce front souverain que brûla son bandeau. »

Triste bandeau royal, et sur quelle humble tête ! Sentez-vous des respects dans la nuit inquiète? Voici le roi' des beaux pays qui ne sont pas.

« 0 les étoiles dans les arbres! les eaux pâles! Est-ce Vaille attendue, en sa robe d'opales? Ayez pitié, car je suis seul, et je suis las ;

Et donnez-moi. Seigneur, après la nuit trop lente, Uaube, le grand pardon d'une aube consolante ; laissez dormir un cœur que voies avez élu. »

Mais l'ange des tourments passés, toujours le même : « Va y laisse à la douleur, pour un plus clair poème, Ton cœur, le livre ouvert où les anges ont Uc. »

LHO'PIT^\L

Il est doux, dans la nuit des pauvres, son sourire ! Ce grand rayonnement de feux silencieux, N'est-ce pas la clarté d'im nimbe de martijre?

Vous qui m'êtes venue en cet exil des deux

OU ma faiblesse, en vain, luttait contre elle-même,

Quel ange des pardons se révèle en vos yeux ?

Vous pleuriez, n'est-ce pas, sous votre diadème? Est-ce pour mon néant que vous m'avez aimé? Mon cœur reste sans voix devant ce don suprême.

42 LE DON d'eKFANCE

J'ai sovfferttrop de nuits, et tout est consommé. Qui n'oublierait, pourtant, la fièvre et l'agonie, Sous le manteau de fleurs dont vous m'avez semé?

« Les deux, déclos pour mus, ont vie votre insomnie. Mais vous cédez enfin à l'enfant d'autrefois Parmi cette douleur que vous aviez bénie!

Vous fûtes longtemps seul, enfant, en d'humbles croix.

Ecoutez, a présent, des berceuses fidèles.

Tout le soir printanier qui chante dans ma voix.

Dormez! Et vous, Seigneur, avant les croix nouvelles.

Accordez le sommeil à mon frère brisée

Ah ! Seigneur, un sommeil éventé par des ailes, y*

l'hôpital 43

Etvous êtes partie, après ce seul Miser,

En laissant, après vous, des rayons de vos nimles

Sur ce front de douleur, maintenant apaise',

Ma sœur, ma sœur d'en Mut, descendue en mes limbes!

'RÉ'DEm'PTIO^

« Les fleurs, mon Dieu, des fleurs? suis-je donc 'pardonné? >■> Et voyez ï Un soleil convalescent lui-même Caresse tristement l'enfant qui s'est donné.

Le poète du simple et suave poème !

Il suscita pour lui ce clair printemps du Nord,

Des fleurs, de pâles fleurs, toutes les fleurs ([u' il aime.

0 jardin oublié, qui refleuris encor.

Fais sovJ'rir,fais aimer à ce doux solitaire

Des linges qu'ont glacé les suetcrs de la mort.

L'enfant, seul en son mal, se souvint de la mère ; Seul, hélas l seul encor, sans qu'une femme en pleurs Ecartât les cheveux de cette tête chère,

Poîir un muet haiser qu'eussent donné des fleurs l Seul en ce long sanglot des mêmes insomnies Sous des anges 'j^enchés qui pleurent un des leurs.

Qu'elles sont loin, ces nuits, ces nuits pourtant bénies. Ecartez les rideaux : que le soir est donc pur! Les claires voix d'enfants disant des litanies!

Et le convalescent, ivre de tant d'azur. Se rappelle, à présent, mille choses éteintes, Tout V orgueil expié dans un tourment obscur.

Les yeux longtemps baissés des anges et des saintes

Peuve7ît s'ouvrir enfin sur un frère rendu.

Plus rien que d'enfantin dans ses dernières plaintes :

EÉDEMPTION 47

« Mes lèvres ont péché; vous m'avez entendu.

Vous fûtes doux, Seigneur, a mon cœur qui s' ignore;

Me voila dans l'Eden que je croyais perdu.

Mais je suis faible encore , ah! je suis faible encore. »

CO^VdALESCE^CE

C'était un de ces soirs comme il en faut aux convalescents pour se réaccoutumer à la vie ! une de ces vesprées d'une beauté si chaudement splendide que l'âme la plus détachée de la terre n'aurait pas voulu cependant, ce soir-là, mourir !

Le soleil des pays 'perdus baise mes mains,

Ah ! lasses, cette fois, des vains fardeaux humains,

Baise avec trop d'amour mes mains pâles encore l

Les premiers battements d'un grand cœur qui s'ignore Ebranlent déjà trop mon sein convalescent, Cœur nouveau-né de bienheureux et d'innocent, Tout gauche et tout ravi devant les belles choses! Le voilà qui faiblit dans la senteur des roses, Etw-a tête, trop faible encore, et trop de chair! Défaille doucement sous les baisers de l'air En des linges neigeux qui lui sont d'autres langes. Envoyez-moi, mon Lieu, quelques-uns de vos anges, Çtu' ils soutiennent ma tête en ses ravissements, De ces anges en pleurs, de ces anges charmants Dont le sourire seul est tout un soir d'automne! (Qu'ils soutiennent ce cœur que la nature étonne, Quand il défaillira dans des parfums trop doux. Et m'aident quelquefois à rester à genoux. Mon Dieu, devant d'aussi sublimes paysages!

Ou bien ce cœur épris des eaux et des nuages. Qui devait vous aimer dans ce qu'il aimerait, Mourra de trop d'amour devant cette forêt.

Page 1