AIR
Ceux quin'ont pas entendu le célèbre ténor Rubini, le contemporain de Lablache et de M'"''Malibran, ne peuvent se faire idée des transports qui accueillaient jadis cet air fameux : « Il mio tesoro intanto... » C'était du délire, et
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l'illustre virtuose y était toujours bissé. Il faut dire qu'il y était incomparable comn:ie chanteur, et je n'oublierai jamais le silence religieux dans lequel on l'écoutait. On eût impitoyablement conspué quiconque se serait permis de souffler mot. Ah! c'est que, dans ce temps-là, on ne venait pas au théâtre pour y causer, mais pour y écouter de la musique admirable et supérieurement exécutée par des chanteurs qui étaient de grands musiciens. Je ne serais pas surpris que cet air « Il mio tesoro » ait été écrit à la demande ou, tout au moins, à l'intention d'un virtuose en faveur du temps de Mozart. Ce n'est
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pas que l'expression et la forme n'en soient délicieuses et ne respirent toute la liberté d'une véritable inspiration musicale ; mais le milieu et la fin de l'Air présentent des vocalises que l'on ne s'explique guère que par le désir de faire briller le chanteur. Le morceau n'en est pas moins d'un sentiment exquis et d'un charme sans égal. La rentrée de la mesure 18 à lamesurel'j par le tour mélodique de la partie vocale sur la tenue des cors est une tiuuvaille. Ici, le décor change à vue et représente uncimetière danslequel se dresse, sur un socle élevé, lastatue de marbre du Commandeur. Don Juan entre en scène.
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Pour échapper, sans doute, h quelque poursuite, ou pour se défaire des importunités d'une belle, il a escaladé le mur du cimetière en riant aux éclats.
« Ah ! ma foi ! » — dit-il, — « en voilà « une bien bonne! Ciel! la belle nuit! « Elle est plus claire que le jour et faite « pour la chasse aux filles! Je voudrais « pourtant savoir comment l'affaire « s'est passée entre Leporello et Dona « Elvire. » — Paraît Leporello. « Ah!
« seigneur! J'ai bien pensé avoir les « os rompus à votre place! » — Ah!
« bah ! » — dit Don Juan ; — « allons, « allons! ce n'est rien. »
Au même instant, une voix sépul-
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craie, accompagnée par des accords lugubres, retentit dans le cimetière.
« Avant l'aurore, tu auras cessé de « rire 1... >>
Nous sommes maintenant en plein drame jusqu'à la lin de l'œuvre.
« Qui a parlé? » — dit Don Juan.
— « Ah! monsieur?» — répond Leporello, — « c'est, bien sur, quelque âme « de l'autre monde qui vous connaît à «fond!... » Et la vùi.x. sépulcrale continue : « Audacieux impie ! ne trouble « pas le repos des morts ! »
Ces deux appels de la statue glacent de terreur.
A la psalmodie de la voix déjà funèbre
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par elle-même et par les harmonies qui la soutiennent, vient s'ajouter la sonorité particulièrement sinistre due à l'apparition des trombones dont Mozart se sert ici pour la première fois dans son orchestre, et qui, combinés avec les hautbois, les clarinettes et les bassons, produisent une impression effraj'ante.
« C'est, sans doute, quelqu'un du « dehors qui se moque de nous! » dit Don Juan imperturbable. Puis, levant les yeux : « Hél mais... n'est-ce pas la « statue du Commandeur que j'aper- « çcis là? Leporello! lis un peu cette inscription!... » — Leporello, lisant et balbutiant : « J'attends ici la punition
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do mon assassin. » — « Eh bien! >» — dit Don Juan, — « dis-lui que je l'attends ce soir à souper I »