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doutable. plus imposantes encore, s'il est possible, vu la présence du personnage mystérieux qu'elles expriment avec tant de puissance.
Obstinément incrédule, effrontément impie et sacrilège, Don Juan commence à comprendrt' qu'il n'L'st plus temps de rire etqu"on nese joue pas de la justice divine. Cependant il rlifrche à faire, jusqu'à la fin, bonne contenance. <( Ahl « ah 1 » — dit-il, — « je n'aurais jamais « cru celai Allons, Leporello! qu'on « serve vite un autre souper! » — « Halte! » — répond le Commandeur.
— « Celui qui se nourrit du pain céleste <■ n'a plus besoin du pain terrestre !
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« D'autres soucis plus graves m'amè- « nent vers toi 1 » Et, tandis que Leporello perle la sueur froide : « Parle!» dit Don Juan, — « Que veux-tu? que de- (( mandes-tu? » — Ici commence une effrayante progression harmonique, devant laquelle on comprend que le cœurleplus résolu tremble d'épouvante.
Harmonies lugubres, rythme écrasant, instrumentation fantastique et sinistre, toutcontribue à donneràce réquisitoire suprême une autorité inexprimable.
<( Tu m'as invité à souper, » — dit la statue, — « je viens t'inviter à mon « tour; viendras-tu souper avec moi? »
— A partir des mots « Tu m'as invité à
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« souper », l'Orchestre procède par périodes de quatre mesures dont la succession ressemble au soulèvement de vagues immenses qui montent, montent, montent toujours, prêtes à engloutir le coupable.
Par un sforzando puissant sur le premier accord de chaque période, Mozart a su donner l'impression d'une mer houleuse dont les flots se gonflent, dans un majestueux crescendo, pour déferler sur la plage avec un bruit solennel. Devant celte tempête, on devine que tout va être fini pour le blasphémateur à qui la fuite n'est plus possible. « Hé a bien! oui, » — dit-il enfin résolu-
ment, — « oui! je viendrai! » — «Donne- « moi donc ta main en gage! » — répond la statue. — « La voilà! » —dit Don Juan. Aussitôt, comme par une secousse électrique, l'orchestre s'ébranle, se désordonné, se tord dans des convulsions effroyables qui annoncent que le dénouement est proche. « Repens- « toi! » — crie la statue. — «Non! » rugit Don Juan. — « Ilepens-toi ! » — «Non ! » Cette lutte atroce, cette horrible agonie sontd'une peinture sublime et navrante; c'est le désespoir du damné sous l'étreinte de l'inexorable justice.
Ecumant de rage, épuisé de fatigue.
Don Juan tombe enfin comme foudroyé
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aux pieds do la statue qui, avec une lenteur tragique prononce la sentence suprême :
Hélas! Il n'est plus fpmps.
Au même instant, sortent, comme d'un cratère enflammé, des spectres épouvantajjles qui enferment Don Juan dans une ronde infernale. " Ciel 1 » — s'écrie le damné, au comble de l'épouvante, — <( qu'est-ce que cet abîme de « feu?... Qui donc me dévore ainsi les '( entrailles?... » Et le chœur des fantômes répond : « Rien n'est assez pour tes crimes 1 » Don Juan expire enfin au
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milieu d'un véritable incendie musical, double apothéose de la justice céleste et du génie humain.
Là se termine, du moins au théâtre, cette œuvre colossale dont la partition comprend encore plusieurs très beaux morceaux qui complètent l'immense final du second et dernier acte tel qu'il est sorti de la plume de Mozart, mais qui, après l'effet foudroyant de la scène qui les précède, sont un hors-d'œuvre au point de vue dramatique et n'offrent plus qu'un intérêt purement musical.
C'est par Leporello, seul témoin oculaire, que les autres personnages du drame apprennent la fin tragique de
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Don Juan. Don Ottavio supplie Dona Anna de consentir à un hymen si longtemps différé. Elle demande un délai d'une année encore pour son deuil. Quant à Lcporello que la mort de son maître laisse sur le pavé, il songe à chercher une place dans quelque hôtellerie. Le tout se termine par une moralité, en forme de fugue, sur cette pensée : « Ainsi finit quiconque « fait le mal. »
Tout cela est évidemment bien froid après les impressions profondes par lesquelles on vient de passer, et la loi même du drame l'emporte ici sur les beautés musicales, quelque saillantes
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qu'elles puissent être. Pour qu'un génie aussi vaste et aussi délicat que celui de Mozart n'ait pas fait justice do ces superfétations, il faut admettre que, de son temps, le public avait besoin d'une conclusion morale explicite en plus de celle qui ressortait des faits eux-mêmes, et que, peut-être aussi, on était désireux de savoir ce que devenaient les autres personnages de la pièce une fois délivrés de celui qui avait été la cause de leurs souffrances. Quoi qu'il en soit, l'intérêt allait en décroissant; donc, théâtralement parlant, la cause était jugée, et, selon toute probabilité, elle l'est aujourd'hui sans appel.