‹ Le Don Juan de MozartChapitre 4 sur 19 · DON IL'AN · texte numérisé non relu

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la vengeance, se redresse fièrement.

«Ah! (s'écrie-t-elle) , jure de n'avoir « point de cesse que tu n'aies vengé « le sang répandu!... » — « Je le «jure! » dit résolument Don Ottavio; « je le jure à tes yeux, ainsi qu'à notre « amour! » Aussitôt, éclate la magnifique péroraison, pleine à la fois de décision et d'angoisse : « Che giura- « mento, oh Dei ! Che barbaro mo- « mento! Fra cento affanni e cento « vammi ondaggiando il cuor! »

Les deux amants se retirent. Don Juan reparaît avec Leporello. Un dialogue en récitatif rapide s'engage entre le maître et le valet.

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Le Récitatif courant, tel qu'on le rencontre longtemps encore après Mozart dans les maîtres italiens du commencement de ce siècle, entre autres dans les opéras de Rossini, n'est plus en usage de nos jours. On l'appelait « re- « citativo al cembalo », parce qu'il était accompagné (par le chef d'orchestre lui-même), sur un petit clavecin placé devant lui et adossé à la petite cabine du souffleur.

Ce genre de récitatif avait de grands avantages. Outre qu'il permettait de glisser rapidement sur toute la partie de dialogue qui ne comportait pas de morceaux de musique^ il reposait l'at-

lention et faisait ressortir trauUmt mieux la valeur des morceaux véritables consacrés à l'expression et au développement des scènes intéressantes.

Aujourd'hui, tout, dans les œuvres lyriques, est traité avec une importance à peu près égale, d'où résulte non seulement une très longue durée de représentation mais encore une monotonie qui devient promptoment une fatigue pour l'auditeur. Le rrcita- * tif pur et simple répondait ingénieusement, par son allure vive et par une sorte de familiarité musicale, à tons ces menus détails de scène qui rentrent beaucoup plus dans le domaine

de la conversation que dans celui du drame.

Don Juan vient de réduire encore une fois au silence, son valet dont les sermons l'obsèdent. « Leporello ! — « dit-il, — je crois sentir par là comme « une odeur de femme!... »

Elvire paraît, Elvire, Tamour dédaigne', le droit méconnu, l'épouse exaspérée, toujours à la poursuite de l'infidèle, et jurant de se venger si elle le retrouve. Indignation, jalousie, rage, l'orchestre dit tout cela dès la première

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mesure de la ritournelle qui précède ce merveilleux morceau : « Ah ! qui pourra « me dire où est ce barbare que j'ai « aimé pour mon malheur et qui a « violé son serment ! »

L'expression est toujours, chez Mozart, si parfaitement et si complètement juste que sa phrase musicale révèle jusqu'au geste même, jusqu'à l'attitude du personnage qu'il doit faire parler; elle en est réellement le portrait, la forme intérieure et extérieure. Cela est surtout frappant à partir de la dixième mesure du chant, où l'on croit sentir les coups de griffe de la jalousie dans les traits de violons, d'altos et de basses de cette

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instrumentation si sobre et pourtant si vibrante de justesse et de ressemblance, sur ces mots : « Ah! si je trouve le <( traître et qu'il s'obstine à me fuir, je « veux en tirer une horrible vengeance, « je veux lui percer le cœur ! »

Quel délicieux a p<n-te, caressant et sensuel, que celui de Don Juan ! « En- « tends-tu? c'est quelque belle délaissée « par son inconstant ! » Et les roucoulements de compassion libertine sur le mot (' poverina, poverina » ! et la ravissante câlinerie de l'Orchestre: <> Cherce chons à consoler ses peines !... » Sur quoi Leporello risque cette réflexion discrète :

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« Il en console ainsi, chaque jour, « par centaines 1 »

Don Juan s'approche et reconnaît Elvire.

Icireparaîtle récitatif. Après quelques explications embarrassées — et embarrassantes — Don Juan s'esquive, laissant Doua Elvire avec Leporello. « Hé ! Madame, — dit le valet, — « ne vous « faites pas tant de peine I Vous n'êtes « ni la première ni la dernière de ses «aventures! Vous voyez ce livre? Eh « bien! c'est le catalogue de toutes

« ses maîtresses : tenez, lisez avec

« moi ! ))

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Il faut suivre, pas à pas, cet air magistral, si justement célèbre et qui fourmille de détails humoristiques et do jovialité railleuse.

Quelle finesse et quelle sobriété d'instrumentation !

Rien que le quatuor à cordes au début, etpas un vide dans cetteharmonie toujours si complète des seconds violons et des altos encadrés entre les réponses des premiers violons et des basses.

'\ la seizième mesure apparaissent

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les cors dont la fanfare, mêlée au rire des flûtes et des bassons, souligne, avec une sorte de vantardise de tréteau, cette énuméralion de filles et de fendîmes séduites, pendant que la gamme descendante des premiers violons en slaccnio se reproduit à chaque série des prouesses de cet infatigable coureur : six cent quarante par-ci, deuxcent trente par-lù, cent en France, quatre-vingt onze en Turquie; mais en Espagne! Oh! en Espagne, mille et trois ! Et dans l'orchestre, c'est tout de suite un étalage de gloriole, et une accumulation de nuances dans ce fabuleux total ; et des villageoises, et des

caméristes, et des comtesses, et des baronnes, et des marquises, et des princesses, et des femmes de tout rang et tout âge 1

Et quel petit aboiement moqueur des instruments à vent, pendant cette inépuisable revue! quelle addition goguenarde de toutes ces bonnes fortunes de palais ou de carrefours I quelle face enluminée de joie triviale dans ce serviteur bavard, et pourtant quelle distinction musicale dans la peinture de cette trivialité !

Mais voici venir un Andante plein de grâce et de cajolerie sur une description d'un autre genre, celle des différents

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attraits dont le noble galant a besoin pour varier ses plaisirs et réveiller ses désirs.

Avec quel art admirable (j'en ai déjà fait la remarque plus haut et j'aurai, souvent encore, l'occasion de la refaire), avec quel art admirable Mozart sait concilier la pbysionomie propre à chaque détail et la déduction rigoureuse qui constitue l'unité logique de sa phrase musicale !

Il y a là, ce me semble, une analogie frappante avec cette perfection et cette souplesse de modelé qui se rencontrent dans les chefs-d'œuvre de la pointure et do la statuaire ; tout y est scrupulou-

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sèment observé, et rien n'y trouble la tranquille pondération de l'ensemble.

Celte seconde partie de l'Air est un exemple frappant et continu des délicatesses innées, des scrupules involontaires dont fourmille l'innocence désintéressée du génie, et de cette sûreté d'instinct qui fait spontanément la part exacte, si fugitive qu'elle doive être, à chacun des traits dont se composent l'intérêt et la mobilité de la vie, et dont l'ensemble échapperait aux elîorts les plus soutenus de l'observation consciente. Suivons, pas h pas, cette surabondance de fidélité aux détails, jointe ù tant de placidité dans le

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contour général et dans l'unité si franche du morceau. « Chez la blonde, il « apprécie généralement la grâce ; chez « la brune, la constance ; chez la blan- « che, la douceur.» Seize mesures suffisent à Mozart pour dessiner un portrait achevé de ces trois sortes d'attraits.

Que de souplesse, que de grâce dans les huit premières mesures si tranquillement posées sur la pédale de tonique, et quelle ravissante diversion momentanée sur l'accord de sous-dominante, à la fin de la sixième mesure, pour revenir de suite (et avec quelle aisance!), par l'accord de dominante de la septième mesure, à la conclusion

sur la tonique de la huitième mesure ! Huit mesures pour une phrase mélodiquement et harmoniquement complète et parfaite, en elle-même et comme portrait! Quel privilège, entre tant d'autres, que cette rapidité dans le coup d'œil et cette concision dans le langage qui permettent au génie de dire tant de choses en si peu de mots et de ne rien omettre d'essentiel à la perfection du portrait! Dans les quatre mesures qui suivent et qui sont consacrées à « la brune », quelle fermeté d'attitude! comme cette « brune " est résolue et bien campée! Et dans les quatre autres mesures, consacrées à

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