‹ Le donné révélé et la théologieChapitre 101 sur 130 · Cf. HOGAN, Les EtU'lts du Clergé, c. v, p · texte numérisé non relu

Cf. HOGAN, Les EtU'lts du Clergé, c. v, p

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de l'esprit humain aux prises avec le donné théologique, nous ne saurions admettre l'opinion déjà mentionnée plus haut, selon laquelle tous les systèmes se valent, en ce sens quf le meilleur ne vaut rien, — sauf par aventure, — à la manière des recettes des alchimistes qui, disait ironiquement Voltaire, « en faisant de l'or — qu'on ne l'ait point — ont trouvé de bons remèdes, ou. du moins, des choses très curieuses ».

Non, les systèmes ont une valeur, et comme l'objet de leurs élaborations est le donné révélé, sous la forme authentique du donné théologiquo, ce no peut être en définitive quune valeur quelconque de représentation du Révélé. Evidemment il n'y a plus homogénéité parfaite entre le donné révélé et sa forme d'affirmation systématique, mais il y a, encore et quand même, une sorte d'empreinte, frappant la matière intellectuelle, à l'efligie du Donné divin. Et c'est là quelque chose qui parle à la foi du chrétien, si tant est, comme le dit Aristote \ que, si pou que nous puissions connaître des réalités supérieures, ce peu est plus désirable et plus estimé que toute la science que nous pouvons avoir des choses inférieures.

Au sujet de la valeur des systèmes, je vais d'abord exposer l'idée commune que l'on s'en fait aujourd'hui. Puis je tenterai de compléter ce qui manque à cette conception au point de ^'ue de la valeur spécifique du système théologique.

I. — La raison génétique des théories physiques et celle des systèmes théologiques étant à peu près les mêmes, c'est une tentation bien naturelle de

1. De parlibus anhnalium. 1. I. c. v, Cf. I Contra çentes. c. v.

les comparer et de concevoir, par analogie, la valeur des systèmes théologiques à l'instar de la valeur des théories physiques.

C'est ce qu'a tenté récemment un philosophe, doublé d'un savant, dans les passages que je vais lire.

« Veillons, dit-il. à ne pas confondre (les systèmes théologiques) avec les objets même de la foi. Mais, cela dûment posé, reconnaissons qu'il en faut. Leur rôle est celui des théories dans les sciences : coordidination des résultats acquis, suggestions de résultats nouveaux... Les hypothèses (de la théologie) appartiennent au domaine du relatif, et elles varient selon le cours des temps. Ses théories, ses explications doivent rester ouvertes et dynamiques, prêtes aux transformations et aux progrès ''. »

Et ailleurs : « La vérité s'analyse en systèmes comme la lumière en couleurs, il ne faut donc pas médire des systèmes non plus que vouloir s'en tenir à l'une des nuances du spectre. En somme, les systèmes sont avant tout des méthodes. Leur diversité a sa fonction propre, son rule utile et fructueux. Chacun d'eux agit comme un réducteur et antagoniste des autres et aussi comme réactif du réel dont il dévoile un aspect. Nous ne réalisons jamais efîectivement qu'une pensée partielle et limitée; quoi de plus nécessaire, dès lors, que de pratiquer plusieurs modes de limitation différents ^. »

« Assurément toutes les théories ne sont pas équivalentes; elles se montrent plus ou moins aptes à traduire et à véhiculer la foi. Il y en a de bonnes, il y en a de passables, et il y en a de mauvaises. »

i. E. Le Roy, Dogme et critique, p. 283. 2. E. Le Roy, Dogme et critiqua, p. 304.

Il y a sans doute dans cette page une prétention ou plutôt une méconnaissance de la Science théologique. — Pour l'auteur, tout ce qui n'est pas dogme est système. C'est inexact. Mais, cette réserve faite, l'analogie que l'on nous offre est réelle, sinon parfaite ^ : même origine : nous ne réalisons effectivement la plénitude de la vérité ni dans l'ordre de la science, ni dans l'ordre de la philosophie et de la théologie : place donc à l'hypothèse ; mêine caractère : limitation et relativité de la valeur des hypothèses — tant en physique qu'en théologie; d'où, même rôle principal, rôle de réduction mutuelle; même aboutissant, dégagement de la réalité foncière; enfin, inégale valeur de tous les systèmes. C'est, on le voit, assez complet 2.

Un éminent théologien, dans un article plus récent encore, a adapté de la manière la plus heureuse la pensée de M, Le Roy à la description des systèmes théologiques. Voici le morceau le plus significatif de son intéressant mémoire ^.

« Nos dogmes ont souvent deux faces ou plus, l'hérésie consiste souvent à nier l'un des aspects du mystère, qui paraît inconciliable avec l'autre ; d'où, pres-

1. Il y aurait à faire des réserves spéciales au sujet de cette affirmation que les systèmes sont des méthodes. Voir sur ce point, le Bulletin de Théologie spéculative de la B.evi(e des Sciences philos, et théologiques, octobre 1909.

2. n faut évidemment tenir compte ici de la différence profonde qui sépare les prétentions des théories scientifiques et le but des systèmes théologiques. Ceux-ci sont explicatifs; ils entendent donner les causes vraies de leurs conclusions : les théories scientiûques prétendent seulement classer les phénomènes, dans un but surtout pratique : elles ne sont pas vraies, elles sont commodes.

3. J. Baisvel, Comment emeigner la théologie dans les grands séminaires, rapport présenté au Congrès de l'alliance des grands séminaires, 21-22 juillet 1908. Etudes. 5 octobre 1908.

que toujours, deux hérésies opposées autour d'un même dogme. L'Église, qui a conscience de l'idée dogmatique, et qui en prend d'autant plus nettement conscience devant les négations opposées, frappe tour à tour à droite et à gauche sur ceux qui nient la thèse et sur ceux qui nient l'antithèse, sur ceux qui nient que Jésus est homme et sur ceux qui nient qu'il est Dieu ; sur ceux qui donnent tout à la grâce, sans sauvegarder le libre arbitre, et sur ceux qui donnent tout au libre arbitre, sans sauvegarder la grâce. Elle ne se préoccupe guère de faire la synthèse scientifique, ni de concilier les antinomies apparentes. Elle laisse cette tâche aux théologiens — et les systèmes théologiques sont d'ordinaire un effort, non pour faire l'accord entre choses contraires, mais pour montrer la rencontre, dans une synthèse supérieure, d'éléments en apparence contraires.

« Dans cet effort, tel théologien prend position dans une des tours de la forteresse et, de là, bataille contre les ennemis; tel autre, dans la tour en face — et il arrive qu'en défendant sa tour, celui-ci semble abandonner l'autre ou même tirer dessus. Que l'on ne croie pas que l'effet soit nul ou pernicieux. Chaque système met en relief un aspect du dogme, et le système opposé lui sert à se distinguer lui-même de l'erreur où il pourrait tomber. Il a fallu peut-être quelque chose comme le molinisme pour montrer l'écueil du thomisme, qui serait l'erreur de Calvin ou de Jansénius ; et quelque chose comme le thomisme pour mettre Molina en garde contre celle de Pelage. En revanche, grâce à Molina, les thomistes se soucieront davantage du libre arbitre, et, grâce aux thomistes, Molina se rappellera mieux que rien ne se fait sans la

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motion divine. L'étude des systèmes est ainsi l'un des meilleurs moyens d'étudier le dogme et d'en voir les multiples aspects '. »

Voilà qui est aussi bien observé que joliment et finement décrit. J'y trouve, comme dans la théorie de M. Le Roy, l'idée du mystère, de l'inadéquation humaine à la vérité totale, donnée comme origine des systèmes, — le caractère de limitation des hypothèses — le rùle réducteur des systèmes. J'y trouve en plus une opposition d'antinomies comme cause occasionnelle des systèmes. Je n'y trouve pas (peutêtre est-ce un simple oubli-?; celle de Tinégalité des systèmes.

IL — Il est temps que je dise ce que je pense de tout cela.

Je ne puis qu'approuver pleinement la manière dont il est rendu raison, dans cet exposé, de l'origine première des systèmes. Si en effet, par le dogme et la science théologique, nous parvenions à saisir dans sa plénitude adéquate la vérité révélée et toutes ses virtualités, il n'y aurait pas de système. Leur rôle est bien de remplir les blancs laissés entre les grandes lignes du dogme et de la théologie.

Je tombe également d'accord au sujet de la limitation des théories, et de la relativité des hypothèses qui en est la cause, puisque, en matière de systèmes proprement dits, il ne s'agit pas d'hypothèses définitivement explicatives, qui feraient la preuve des choses, comme le sont, en Science théologique, le

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