‹ Le donné révélé et la théologieChapitre 104 sur 130 · Surnma Theologica, W Pars · texte numérisé non relu

Surnma Theologica, W Pars

plus premier. Être fin ultime, n'est-ce pas encore de l'être? Et pareillement, le désir intervient aussi à son rang dans cette systématisation. Mais il n'influence plus tout son déploiement: lui-même est influencé, dominé par les lois de l'être, dont la première est que l'être fini ne tend pas, de lui-même et directement, vers rÈtre absolu, qu'il ny a pas de désir naturel, inné, de l'Absolu tel qu'il est en lui-même. La nature et le surnaturel sont distincts a priori du fait de notre hypothèse — et toute la théologie des secours divins s'en trouve conditionnée.

Ces deux hypothèses doivent-elles être mises sur le même rang? Je ne le pense pas. Autant que nous en pouvons juger par notre intelligence, le bien, l'action, le désir, sont essentiellement de l'être, et un certain mode de l'être : il nous est impossible de dire que l'être est essentiellement un mode du bien, de l'action. La conception ontologique déborde en universalité la conception dynamique, elle l'englobe et n'est pas englobée par elle.

Et cependant l'organisation des réalités théologiques en vue du bien premier, la conception dynamiste de la théologie, renferme quelque chose que la théologie ontologique ne peut réduire. E pur si jnuo^'ey pourrait répondre le théologien dynamiste. C'est très bien, vous intellectualisez l'attrait du bien, et le mouvement qu'il provoque, mais en l'analysant vous le déformez. Il y a quelque chose dont vous ne parvenez pas à vous saisir : c'est le dynamisme vivant qui les relie.

Que répondra le théologien ontologiste à ce reproche? S'il est clairvoyant, il concédera qu'il en est ainsi, qu'il y a du réel inadéquatement rendu dans son

système, et c'en sera assez pour qu'il se rende compte quil n'exprimé qu'imparfaitement, sur ce point ajouté à beaucoup d'autres, le Mystère divin. Mais cela ne suffira pas pour lui faire abdiquer la primauté de Ce qui est, sur ce qui, étant bon, ne représente qu'un aspect de l'être.

Peut-être en serait-il autrement si l'homme pouvait vivre les réalités autrement que par son intelligence d'abord, si un ensemble systématique s'offrait à nous pour être goûté à la manière d'une musique que l'on ne comprend qu'en sympathisant avec elle toute, si la Théologie pouvait se noter en termes d'attraits divins, en neumes de désirs et d'aspiration, si quelque nouveau Raymond Lulle , plus heureux que l'ancien , réussissait à faire accepter son a arbre de la Théologie d'amour ». Mais c'est là un espoir sans lendemain. La théologie systématique est affaire de vérité et notre vérité est affaire de représentation, et, partant, de dissection intellectuelle. Et voilà pourquoi tant que les réalités entreront en nous par le chenal de l'intelligence et ne seront communiquées au cœur qu'en dépendance de cette première mainmise spéculative, nous devrons donner la première place au premier occupant, au seul immédiatement renseigné^; nous devrons reconnaître la primauté du système théologique qui se campe d'emblée dans le point de vue de l'être, objet adéquat, sous la raison de vrai, de linlelligence humaine, et, de là, organise l'ensemble de la théologie en fonction de TÊtre divin.

•1. J'ai fait valoir ailleurs les motifà établissant que cette saisie de la réalité par l'intelligence est plus parfaite que celle qu'accomplit la volonté. Cf. dans la Revue thomiite, septembre 1899, l'article intitulé Les Ressources du Vouloir, pp. ISC et suiv.

Dans le monde des philosophes, on garde encore le souvenir du discours de Wundt : Ce que Kant doit ne pas être pour nous, — Wass soll luis Kant nicht sein. Il me semble qu'une question analogue se pose actuellement au sujet de saint Thomas d'Aquin. Elle est tout indiquée pour résumer et comme incarner, dans une figure typique, le cours de ces Leçons qui du Donné révélé nous ont conduit, sans solution de continuité, vers les dernières ramifications de la Théologie.

Évidemment, mon point de vue différera de celui du psychologue de Leipzig, La question que des catholiques peuvent se poser au sujet de saint Thomas n'est pas identique à celle que des philosophes se posent à l'endroit de l'un des plus grands d'entre eux; elle ne saurait lui être qu'analogue. D'abord Wundt parle, à des philosophes, d'un philosophe, tandis que le sujet général de ces Leçons demande que je vous entretienne de saint Thomas théologien. Mais ce n'est là qu'une différence matérielle : voici l'essentielle : Ce qui passe naturellement au premier rang des préoccupations des philosophes contemporains,

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