‹ Le donné révélé et la théologieChapitre 105 sur 130 · Leçon IX · texte numérisé non relu

Leçon IX

cest, n'esl-il pas vrai, une susceptibilité ombrageuse à Tendroit des supériorités tyranniques : il est urgent de se prémunir contre elles en proclamant bien haut ce qu'elles doivent ne pas être pour nous. Tout autre est l'attitude normale du catholique. Il n'a pas peur des supériorités dont rÉglise répond : il sait qu'elles ne peuvent être que bienfaisantes. S'agit-il de saint Thomas d'Aquin, dont Pie X, après Léon XIII, recommande si énergiquement l'étude, un catholique conscient ne ramasse pas pour la millième fois le mot généreusement prêté au P. Lacordaire, et dont on nous rebat chaque jour les oreilles : « Saint Thomas est un phare : il n'est pas une borne ^. » C'est entendu une fois pour toutes ; nous n'ignorons plus ce que saint Thomas doit ne pas être? D'ailleurs, avions-nous jamais douté de ce truisme? Mais qu'est- 11? voilà ce qui est intéressant pour nous, catholiques. Un phare, dites-vous. Cela va : mais pourquoi et en quoi? Que doit être pour nous saint Thomas?

Doit-il être simplement le grand Classique de la Théologie-, celui qui apprend mieux que d'autres à penser la foi catholique , jusqu'à ce que u nourri de la moelle du lion », on puisse le faire par soi-même? Ou bien verrons-nous dans son œuvre le grand monument du passé, dont on s'inspire pour faire mieux, « une étape, un abri d'un jour, comme la tente du nomade sur la route du désert^ »? — Ou bien

4. Ceci est la version vulgaire. Si le P. Lacordaire a dit quelque chose de semblable, je croirais plutôt ù cette autre version ; Saint Thomas est un phare : il n'est pas un dieu-terme. Elle porte en soi comme une résonance d'authenticité lacordairienne. Mais l'autre trappe plus fort.

2. Th. B. François, L'Encyclique Aeterni Patris, Extrait du Sillon,

3. L. BiROT, Panégyrique de saint Thomas d'Aqxiin, 9 mars 4897

saint Thomas est-il, non seulement '/ le premier des maîtres es sciences sacrées », mais le Maître^ toujours actuel, de la Théologie de tous les temps? Sa doctrine s'impose- t-elle à la pensée théologique, non certes dans tous ses d»'tails et dans ses moindres conclusions, mais dans ses idées maîtresses et dans l'organisme de son ensemble, comme l'expression la plus parfaite que puisse prendre la Théologie catholique.

Nous acceptons cette dernière solution > et nous allons essayer d'en manifester le bien-fondé en étudiant dans lœuvre théologique de saint Thomas les trois éléments essentiels de toute théologie que nos précédentes leçons nous ont amenés à reconnaître et à préciser ; nous examinerons successivement :

1" Le donné théologique de saint Thomas ;

2^ Son genre d'argumentation ;

3° L'organisme systématique de sa théologie.

Sur chacun de ces sujets, ce que pense l'Église attirera tout d'abord notre attention; nous y verrons un énoncé de solution autorisé, qu'il nous faudra ensuite justifier par des arguments objectifs, en harmonie avec le but apologétique que poursuivent spécialement ces Leçons. 11 n'est pas, en effet, dénué d'intérêt pour la foi que la valeur théologique de saint Thom.as soit démontrée égale à l'autorité que

iSeinainc religieuse de Toulouse . » Q\i'y a-t-il donc à prendre dans saint Thomas d'Aquin... U y a la lumière! Il y a l'iaspiration.le souffle, le mouvement d'une pensée puissante, qui éveillera, guidera, entraînera la nôtre: Il y a les rayons du Soleil, l'aile de l'Ange, la force immense du grand bœuf muet. » M. Birot concède d'ailleurs qu'il y a tout de même aussi chez saint Thomas l'éternelle et vraie philosophie « qui cachée sous les termes, en jaillira comme l'étincelle, au choc de notre respectueuse critique '... Nous attendons toujours l'étincelle...

lui reconnaît officiellement et que toujours proclame l'Église. Les choses en sont encore au point qu indiquait, dit-on, Bucer : toile Thomam et dissipabo Ecclesiam. Défendre saint Thomas, ce n'est pas faire œuvre personnelle, c'est s'acquitter de l'office d'Apologète catholique.

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