Leçon VI, p
vérité; elle ne sort pas du dogme défini, mais, par le moyen de la science historique, elle concentre sur son contenu tout son effort ; le reporte en arrière vers les formations doctrinales qui constituent ses assises et comme les témoins de son passé, jusqu'à ce qu'elle parvienne enfin à cq punctum saliens de la Doctrine sacrée que constitue la Révélation. Tout ce travail de compénétration réciproque de tous les documents dogmatiques est dominé par l'esprit de foi. est réglé par les exigences de l'enseignement du magistère, dont le traité des Lieux théologiques détermine les canons. La théologie positive, c'est la raison croyante se repliant, grâce à l'histoire, sur toutes les modalités de son objet propre, sur son Donné non plus principal, mais total, pour se l'assimiler dans son intégralité et dans toute sa profondeur, afin qu'il soit développé avec toute son ampleur, par le moyen de la philosophie, dans la Théologie scolastique.
Est-ce ainsi que saint Thomas a compris le Donné théologique? A priori, on pourrait déjà laffirmer. Tous les théologiens, dignes de ce grand nom, furent éminents par leur orthodoxie : mais aucun, croyonsnous, n'a reçu de la conformité de sa doctrine avec l'enseignement officiel de l'Église des témoignages aussi nombreux, aussi constants, aussi pressants, aussi significatifs, de la part de ceux qui ont droit et mission de nous éclairer sur ce sujet. En ordonnant avec Urbain Y de suivre la doctrine de saint Thomas comme une doctrine vraie et catholique, en déclarant avec Innocent VI que jamais aucun de ceux qui l'ont embrassée n'a dévié du droit chemin de la vérité et que ceux qui l'ont attaquée ont été toujours suspects de n'être pas dans la vérité, de veritate suspectas, en
la présentant, avec Léon XIII, comme un modèle d'obéissance à la foi et d'admirable accord avec les vérités divinement révélées, les papes, dont je suis loin d'avoir épuisé les témoignages, ont pour ainsi dire gagé sur la tête de saint Thomas la foi de l'Eglise, qu'ils ont reçu du Christ mission de conserver et d'interpréter. Il n'est pas de catholique conscient, qui puisse se soustraire à un verdict aussi imposant, tant par l'autorité que par le nombre et la force des attestations. Il est clair que, au sentiment de l'Église, la doctrine de saint Thomas a, pour l'instruction du fidèle, quelque chose de la vertu régulatrice qui appartient en propre au donné révélé lui-même et à son enseignement officiel, qu'elle est une sorte de grand catéchisme publiquement reconnu et recommandé. A quelle cause attribuer cette singulière prédilection sinon, premièrement, à la valeur intrinsèque du donné théologique de saint Thomas? En théologie, le donné est le principe de tout.
Mais, pour en venir à la preuve directe, à quoi tient, objectivement parlant, Texcellence de ce donné? A deux causes principales, ce me semble : 1. à la conception que saint Thomas se fait de la théologie, et particulièrement de son critère; 2. à l'effective prise de possession de la matière documentaire essentielle qu'il lui a été donné d'effectuer.
1. Et d'abord saint Thomas a saisi et exprimé, plus lucidement peut-être qu'aucun théologien ne l'a fait avant et après lui, le caractère propre de la théologie. Il me faut répéter ici en son nom ce que j'ai semblé dire plus haut ^ en mon nom propre : vous m'excuse-