‹ Le donné révélé et la théologieChapitre 110 sur 130 · Revi'.e thomiste, mars · texte numérisé non relu

Revi'.e thomiste, mars

titue. Dans quelle mesure saint Thomas a-t-il pu s'acquitter de ce labeur? Sa documentation et ses méthodes d'exégèse justifient-elles la considération qui s'attache à son oeuvre? Incomparablement solide sous le rapport de la sûreté, a-t-elie une valeur de bonne tenue scientifique?

Il m'est impossible en quelques minutes de traiter ce sujet comme il mériterait d'être traité. Je Tai fait d'ailleurs jadis, bien que sommairement encore, dans une série d'articles de revue, où j'ai eu, sans le chercher ni le vouloir, l'occasion d'attirer le premier l'attention sur certaines fantaisies documentaires d'un critique universellement estimé alors comme théologien positif, et à qui Ion venait même de faire l'honneur d'inaugurer une Bibliothèque de théologie positive, aussi orthodoxe d'intention que scientifique de procédés ^ Comme mes conclusions d'alors faisaient la part des choses d'une manière très large, je n'ai pas eu à les modifier dans ce quelles ont d'essentiel. Et les voici en substance.

J'accorde que saint Thomas n'a pas eu à sa disposition les méthodes de l'exégèse critique telle qu'on l'entend aujourd'hui ; qu'il n'était ni linguiste ni historien. Il ne possédait pas non plus une littérature patristique complète et critiquement établie. Non, rien de semblable aux collections des Pères du xvii^ et du xviii® siècle, à la patrologie de Migne, aux éditions des Pères grecs de Berlin, des Pères latins de Vienne, pour ne nommer que les contributions les

1. La documentation de saint Thomas, Revue thom., mai 1903; — Les procédés exégétiques de saint Thomas, ibidem, septembre 1903; La Relativité des formules dogmatiques, ibidem, janvier et mars 1904. — Discussions avec M. Turmel, ibidem, mai, septembre, novembre 1904; mai 190.J.

plus massives ; pas de Bardenhever, pas de Nomenclator litter avilis y pas de Denziger-Bannwart. En revanche, nombre de textes apocryphes. En un mot, et comme on l'a dit, et je ne récuse pas cette sentence, c'était la science et l'appareil scientifique de son époque.

Assurément, si la Théologie positive était une science historique, après une pareille confession, il ne me resterait qu'à évacuer cette chaire. Mais la théologie positive sainement entendue, n'a rien de ce qui fait la faiblesse de l'histoire des doctrines ou des dogmes. Son avoir positif fondamental, c'est de l'enseignement de l'Eglise qu'elle le reçoit, et c'est grâce à cette première dotation qu'elle peut en toute vérité se dire théologie, c'est-à-dire discours sur Dieu effectué sous la lumière de la vérité divine. Son office spécifique, c'est de comprendre le contenu de ce positif premier à l'aide du positif que lui apportent la documentation et les méthodes scientifiques qui la mettent en œuvre. Même en remplissant cette tâche, elle n'oublie pas l'origine , plus ou moins inspirée de Dieu, des sources avec lesquelles l'histoire la met en contact, et c'est, en définitive, pour le rayon de vérité divine qui en émane, qu'elle les pratique et les vénère. Aussi, sans rien abdiquer de la rigueur des méthodes, elle n'en attend pas tout, et leur résultat obtenu, elle se préoccupe de l'interpréter d'après son critère supérieur. De ce point de vue théologique, l'intégralité de la documentation et son intelligence strictement scientifique, si elles sont toujours infiniment précieuses, perdent leur importance capitale, leur vertu exclusivement décisive. Pour s'être mis en contact avec un moins grand

nombre de documents, l'avoir théologique du théologien positif nest pas compromis, car ce n'est pas sur le nombre des documents qu'il se fonde. Il lui importe plus pour la tâche qu'il poursuit d'être mis en contact avec les documents fondamentaux, qu'avec tous les infiniment petits qui lui permettraient de retracer la courbe complète du développement dogmatique dans le passé. L'apocryphe lui-même ne met pas en péril son intelligence du dogme, car le théologien a dans la doctrine de l'Eglise de quoi rectifier ses erreurs ; si la contribution qu'il apporte çà et là est conforme avec la doctrine de l'Église, cela ne saurait enlever rien de foncier à la connaissance de l'objet de foi assurée par d'autres voies et moyens ^ . D'ailleurs souvenons-nous avec saint Thomas que l'autorité des Pères n'a pas en théologie la valeur d'un fondement irréfragable : cela est réservé à l'Écriture et à l'enseignement officiel de l'Église. De toutes ces considérations il appert qu'avec une science et un appareil scientifique imparfaits, saint Thomas a pu produire, en communion avec le sens de l'Église et le sentiment commun des Théologiens de son temps, une doctrine sans lacune essentielle. Il suffisait pour cela qu'il eût à sa disposition les documents les plus importants et qu'il en ait pu acquérir une intelligence vraie. Les a-t-il eus? C'est la question. Or, dans les contributions ci-dessus mentionnées, je crois avoir mis en évidence les points suivants.

La documentation de saint Thomas comprend d'a~ bord la documentation courante des milieux les plu s

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