‹ Le donné révélé et la théologieChapitre 118 sur 130 · II Cor. I · texte numérisé non relu

II Cor. I

2. Cf., dans la Revue des Deux-Mondes du 1" octobre 1909, les pages où sont racontés les derniers jours du prince Clovis de HulienloUe, l'ex-cliancelier de l'empire d'Allemagne, tlles offrent une contlrmation impressionnante, — autant qu'inattendue chez un personnage aussi positif, — de ce grand fait de psychologie religieuse.

ce que nous faisons et dans ce que nous désirons ^ Qu'en conclure? Ignorahinius etresfringamur ? Cq serait le cri du désespoir, le suicide en nous de ce qu'il y a de plus profondément humain...

Puisque aucun bien créé ne peut apaiser notre désir, ne serait-ce pas qu'il est fait pour plus que cela, pour plus même que la sèche donnée de l'existence d'un absolu philosophique, du Dieu des philosophes, être abstrait, qui nous demeure, malgré tout, étranger? Mais alors, serions-nous donc faits pour la participation de ce qui constitue en soi le Bien absolu, de la vie intime de l'Être parfait, — pour la participation à sa vie bienheureuse? Voilà l'interrogation, — car ce n'est qu'une interrogation, — qu'un homme vraiment et profondément homme, est amené à se poser. Y a-t-il une réponse?

On ne peut dire ici que poser la question soit la ré soudre, car, — pour nous limiter à cet indice, — nos efforts infructueux prouvent trop bien que, si nous ressentons l'attrait de notre Créateur, nous sommes tout aussi impuissants à le rallier que le flot, qui s'élance après le flot, et retombe toujours sur luimême dans un inlassable effondrement. Je pense ici à cette grande âme de Sully Prudhomme, si impitoyablement mise à nu dans cette analyse précise comme un théorème mathématique, que lui consacrait hier M. Henri Poincaré.

Vous le voyez, la grande question, la première question, au seuil de la vie surnaturelle, s'il nous est donné de la vivre, doit être une question de réponse,

1. cf. Summa t/teol.. I* H*, q. xxx, a. 4, Utrum concvpiscentia sit infinita?

réponse de vie, faisant écho à la réponse de mort que nous donne l'expérience d'ici-bas :

0 toi que nul n'a pu connaitre Et n'a renié sans mentir, Réponds-moi, toi qui m'as fait naître Et demain me feras mourir...

Et sans doute, l'on peut répliquer à celui qui en est parvenu là, ce mot dont Pascal cherchait à se rassurer lui-même : Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais trouvé. Mais ce ne peut être là le dernier mot. C'est un calmant dans une crise aiguë, dans un cas individuel : ce n'est pas de quoi fonder la vie de l'humanité allant jusqu'au bout d'elle-même. Pour établir dans l'humanité la vie divine, la vie humaine surnaturalisée, il faut une assurance ferme, et cette assurance Dieu seul peut la donner. La vie surnaturelle, si elle existe, doit débuter par une question de renseignement; auparavant, il peut y avoir inquiétude et inassouvissement; il ny a pas ce mouvement spon= tané, autonome, sur de lui-même, qui s'appelle la vie.

Pourquoi laisser notre misère Rêver et deviner un Dieu?

Le doute a désolé la terre ; Nous en voyons trop ou trop peu.

Brise cette voûte profonde Qui couvre la création ; Soulève les voiles du monde Et montre-toi, Dieu juste et bon.

Or, ce renseignement, dit saint Thomas, Dieu le donne, et c'est la révélation : <x C*est celui qui entend le Père et se met à son école qui vient à moi ». Dieu révèle à l'homme qu'il a sa fin dans la vision et dans l'amour de la Vérité , de la Bonté et de la Beauté

absolues, vues telles qu'il les voit lui-même, aimées du même amour qu'il se porte à lui-même. Mais, sa fin seulement? Tant qu'il est voyageur sur la terre, oui : tout cela n'est encore qu'un but éloigné, ce n'est pas la plénitude de vie que procurera la possession. Et pourtant, ce but, on peut déjà en vivre en vivant la certitude que Ton a de sa présence, l'espérance que l'on a de l'atteindre ; on peut surtout l'aimer, car on aime, même en l'absence de l'être aimé, dès lors que l'on est sur que c'est bien Lui. Dieu d'ailleurs, en nous convoquant à cet amour, nous donne la puissance, c'est encore la révélation qui l'affirme, de correspondre à son appel par sa grâce. Il communique à notre nature quelque chose même de sa nature, de ces énergies avec lesquelles il se contemple et s'aime. Et cette nouvelle vie, faite principalement de foi, d'espérance et d'amour, c'est la vie surnaturelle d'icibas.

On le voit, le punctum saliensy la première pulsation de cette vie, est une connaissance vraie du but nouveau qui se révèle. Mais cette connaissance est acquise par voie d'endoctrinement. Le seuil du surnaturel, c'est la foi, et son objet nécessairement coordonné, la vérité révélée '.

Naturellement, la révélation ne porte pas seulement sur le fait brut de l'existence et de la possibilité pour l'homme d'atteindre un but nouveau , l'association à la vie divine : elle détaille les mystères de cette vie et de cette association, les moyens d'y parvenir, et tout particulièrement ce grand moyen de salut qu'est le Verbe incarné et rédempteur. Mais, ce qu'il im-

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