Isaîe, xLVi
4. Je ne prétends pas que le raisonnement de saint Thomas est la source unique ni même principale de la déOnition. Le saint docteur protesterait contre cette allégation, lui qui a tant insisté sur ce texte de saint Jean : Charitas Dei diffusa est in cordibus nostris .. pour faire remarquer l'intériorité à l'homme du don de Dieu. La théologie ne nous fait pas toujours voir que les choses sont divines, mais souvent le comment humain de leur existence seulement, ce qui se chiffre quand même par une connaissance plus réelle de ce qu'elles sont. Et c'est, présentement, le cas.
rite souveraine de TÉglise qui en a fait un dogme.
Mais, pour entrer dans le fond du sujet, demandonsnous en quoi consiste au juste cet apport à la vie surnaturelle que réalise la théologie.
Pour le mieux comprendre, il est utile de distinguer entre la théologie morale et la théologie dogmatique. La théologie morale, qui n'est rien moins qu'une simple philosophie morale, ne laisse pas, qu'on le remarque bien, d'être fondée sur des dogmes, mais ces dogmes ont généralement une portée immédiatement pratique, et. comme la vie est avant tout une action, leur influence sur la vie surnaturelle est directe : directe aussi par conséquent, l'influence de la théologie qui les explique, les interprète et les développe. La théologie dogmatique, à son tour, ne laisse pas d'avoir une valeur pratique, mais cette valeur n'est pas immédiate, elle est une conséquence, une extension à l'ordre de Topération, de vérités qui sont, directement et en elles-mêmes, objet de spéculation. C'est là une distinction méconnue par nombre d'anciens théologiens. S'appuyant sur ce principe incontesté que Dieu -ne nous communique pas sa révélation dans un but scientifique et de curiosité, ils ont conclu que toute vérité révélée était essentiellement de l'ordre pratique, que la théologie était exclusivement pratique. C'est là une erreur. Un dogme pratique, ce sera par exemple un précepte du décalogue. Une vérité spéculative, ce sera par exemple le dogme d'un seul Dieu en trois personnes ^ Evidemment le dogme pratique.
i. C'est bien vainement que Scot s'évertue à prouver que la Trinité, ou la génération du Vert>e, sont des vérités pratiques, In Sententias, Prologus, q. iv, § ad quxstionem igitur, par cette considération que la bonté et la rectitude de la charité chrétienne en dépendent. Et
doctrina de moribus, instruit la spéculation et, réciproquement, "du dogme spéculatif, doctrina fldei^ dérive ordinairement une manière de vivre, qui se traduit en leçons morales. Il reste néanmoins que le premier dénonce une ligne de conduite à suivre, tandis que le second nous renseigne sur un fait. C'en est assez pour légitimer la distinction des deux fonctions théologiques qui les prennent pour point de départ.
1. La théologie morale. — Pour surprendre la théologie morale dans l'exercice de sa suprême magistrature sur la vie surnaturelle, il est très important de ne pas confondre cette doctrine avec le contenu de ces InstitutLones morales^ de ces manuels, qui, depuis un siècle, usurpent son nom. Vous n'ignorez pas que, de temps en temps, les ennemis de l'Eglise extraient et publient quelques pages de ces manuels, et crient à la plèbe ignorante ou malveillante : Voilà la morale catholique, voilà la théologie morale de l'Eglise. Eh bien non! ces formulaires abrégés et pratiques ne sont pas la théologie morale de l'Église, et ne représentent que l'aspect inférieur de la morale catholique. Ces manuels sont un mal nécessaire, voilà tout. Dans nos écoles dominicaines on s'en passe presque totalement : un professeur expert sait rattacher ce qu'ils contiennent de substance aux articles de la Somme; les questions pratiques apparaissent alors à leur vraie place, dans la doctrine, et sont résolues comme de source, par voie de simples corol-
cela est vrai nssurément, mais cette dépendance n'est qu'une conséquence médiate. Si les trois sont ud, si le Verbe est engendré, c'est une question qui concerne directement la connaissance. L'opération, l'amour, rectifiés grâce à cette connaissance, suivront.
laires. Dans les séminaires il faut, en fort peu de temps, former, non des savants, mais des prêtres aptes à la pratique du saint ministère, des confesseurs. Or, au confessionnal, le côté laid, ingrat, négatif de la morale, le péché, occupe le premier plan. La doctrine par laquelle on forme un confesseur s'en ressent. Ajoutez qu'une telle formation, pour être utile, doit entrer dans le détail des actions humaines et vous avez cette casuistique parfois subtile et prétendument malpropre, qui constitue, pour la République de nos Primaires, le plus clair de la théologie morale catholique.
A ces calomniateurs, car c est le seul nom qu'ils méritent, on pourrait répondre, d abord, que s'ils veulent réformer et refondre la théologie morale, ils n'ont qu'à commencer, je veux dire à corriger leur vie : lorsque certains vices auront disparu, il sera sans doute facile de les retrancher des manuels de théologie morale; et, pour cette œuvre de la disparition des vices, Ton me permettra de faire une différence entre les catholiques qui s'en confessent avec le désir de s'en délivrer, et ceux qui, « buvant l'iniquité comme l'eau », ne se confessent jamais. S'ils trouvent subtils nos manuels, c'est peut-être qu'ils ne le sont pas assez dans leur examen de conscience. De plus, et il ne faut pas se lasser de le faire remarquer, il y a tout au moins cette différence entre la théologie morale des casuistes catholiques et les ouvrages auxquels on tente de l'assimiler, que ceuxci ne mettent à nu le vice que pour s'y vautrer, tandis que le casuiste catholique n'y touche que pour y remédier, pour essayer d'en faire sortir l'humanité pécheresse. Le rayon de soleil qui pénètre dans des
immondices n'en est pas moins un pur rayon de soleil. Vous le voudriez au firmament : mais comment alors brùlerait-il ces foyers de pestilence ? Pour qu'il remplisse son rôle d'assainissement, il faut bien qu'il descende jusqu'à vous.
Mais, encore une fois, la casuistique n'est pas la théologie morale, ce n'en est qu'une fonction, indispensable sans doute, comme la jurisprudence l'est à l'application des lois, mais inférieure et dérivée. D'ailleurs, même dans ces manuels si décriés par certains beaux et prudes esprits, n'y a-t-il pas d'admirables pages de principes, dont on ne cite jamais des extraits? et pour cause : c'est qu'elles sont, dans leur teneur nécessairement écourtée, le reflet des cimes radieuses où se déploie la théologie morale elle-même, et que. si le peuple venait à s'en apercevoir, il n'y aurait pas d'homme vraiment digne de ce nom, qui ne voulût tout au moins s'en informer. Et voilà qui juge définitivement, n'est -il pas vrai, nos maîtres en pruderie et en moralité : « Or, en ceci consiste le jugement, que la lumière vint dans le monde, et que les hommes préférèrent l'obscurité à la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises. Car quiconque fait le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, afin que ses œuvres ne soient pas blâmées; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière afin que ses œuvres soient manifestées, parce qu'elles sont faites en Dieu '. »
Allons donc à la lumière, et laissons ces morts ensevelir leurs morts. Celui qui douterait que la théologie morale est une lumière pour la vie de