‹ Le donné révélé et la théologieChapitre 126 sur 130 · s. Jean^ m, 19-21, Iraduclion Calmes · texte numérisé non relu

s. Jean^ m, 19-21, Iraduclion Calmes

lame n aurait qu'à lire la morale théologique de saint Thomas, et, en particulier, cette admirable Secnnda pars de la Somme que la verve des critiques du xvii« siècle, si impitoyable pourtant à l'égard de la scolastique, avait respectée et couverte d'éloges. Je nomme, il le faut bien, les critiques du xvii® siècle : ils sont les derniers qui aient su lire et comprendre saint Thomas avant de prononcer. Depuis, on critique toujours, mais on ne lit plus, ou, si on lit, on montre aussitôt que l'on n'a pas compris.

La lumière de la vie de l'homme c'est la vérité sur sa Destinée. Peu m'importe que certains philosophes s insurgent contre cette assertion, qu'ils décrient la morale du bonheur, forme détournée de la morale de l'intérêt et de la jouissance, disent-ils, et vantent uniquement la morale du devoir pour le devoir. Le « globe des terres ^>, comme parle saint Augustin, persiste à ne pas comprendre pourquoi le bonheur serait l'antagoniste juré du devoir, et il demande une solution plus compréhensive. C'est cette solution que saint Thomas a mise en tête de sa morale, dans ce traité de la Béatitude, dont le titre déconcerte parfois les philosophes non avertis, enclins à se scandaliser. Qu'ils se rassurent ! La béatitude dont on parle n'est pas la jouissance correspondant à un désir quelconque. Ce qu'il y a d'essentiel dans le bonheur, tel que l'entend saint Thomas, c'est sa qualité, La jouissance en est une conséquence. Elle s'ajoute à lui « comme à la jeunesse sa fleur », disait Aristote, mais ce n'est pas son désir qui conditionne la conduite. Ce qui doit commander l'appétit humain du bonheur c'est le Bien, le Bien qui est la fin dune nature intelligente et libre, capable donc de vivre quelque chose de ce

qui constitue la vie divine, dont elle reproduira ainsi l'image. Si l'homme sait séprendre de ce noble idéal, s'il consent à lui consacrer toutes ses activités et si, dans cet effort et dans l'acte conquérant qui le couronne, il est heureux, quel philosophe conscient des vrais principes du devoir pourrait y trouver à redire? Et voilà la clé de voûte de Tédifice moral de sain! Thomas. Il montre d'abord en philosophe et avec une rigueur métaphysique qui ne laisse rien à redire, la nécessité de nature qui met toute notre conduite dans la dépendance du Bien parfait, de Dieu ' ; puis passant à son office du théologien, il recueille la formule sacrée dans laquelle est décrite par l'apôtre inspiré de Dieu l'aboutissant final de toute vie humaine non manquée, réussie, et donc surnaturalisée. « Nous savons que nous serons semblables à Dieu, car nous le verrons tel qu'il est ^. »

Voilà déterminé l'Idéal moral suprême, le seul vrai, l'unique, le Premier ^Ioral. Vers cet idéal vont converger maintenant toutes les ressources de moralisation que l'homme détient par sa nature, toutes les ressources aussi que Dieu suscite en lui ou met à sa disposition pour le proportionner à l'œuvre de la rectification de toute sa vie en regard de cette plénitude du Bien qu'est Dieu,

Saint Thomas entreprend de démonter par l'analyse chacune des pièces dont l'ensemble constitue le dynamisme de l'homme surnaturalisé; ce sont d'abord les douze articulations de l'acte humain, ce morceau

1. Sujnma theol, I« II®, q. i, ir, a. 8. Cf. A. Gardeil," Les exigences objectives de VAclion. Revue thomiste, mai et juillet 1898.

Page 1