‹ Le donné révélé et la théologieChapitre 15 sur 130 · LIVRE PREMIER LES NOTIONS · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER LES NOTIONS

La question de la valeur de l'affirmation humaine semble étrangère au sujet de ces leçons : mais ce n'est là qu'une apparence. Les énoncés révélés, en effet, le dogme, la théologie viennent se greffer sur l'esprit humain. Leur origine est divine; leur forme effective est celle d'affirmations humaines. Sans doute, si tout le monde s'entendait sur la portée de l'affirmation humaine, nous pourrions nous dispenser de ces prolégomènes métaphysiques, dont l'austérité n'est point appropriée aux exigences d'une leçon d'ouverture. Mais peut-on hésiter en présence de déclarations comme celles qui ont retenti durant ces dernières années et dont je vous demande la permission de relire avec vous quelques extraits? « Si l'on suppose, a dit un critique bien connu, que la vérité, en

i. Leçon I.

tant qu'accessible à Tintelligence humaine, est quelque chose d'absolu, que la révélation a eu ce caractère et que le dogme y participe ; que ce n'est pas seulement l'objet de la connaissance qui est éternel et immuable en soi, mais la forme que cette connaissance a prise dans l'histoire humaine, les assertions (du petit livre) sont plus que téméraires, elles sont absurdes et impies. » Et voici les paroles d'un savant : « Le grand désaccord entre les Scolastiques et nous porte sur la notion même de vérité. La leur est statique : ils se représentent la vérité comme une chose, ils lui accolent tout naturellement les épithètes : éternelle et immuable. Nous croyons, au contraire, que la vérité est vie, donc mouvement; croissance plutôt que terme... Toute proposition, dès lors qu'on l'isole et qu'on l'arrache au courant de la pensée, tout système, dès lors qu'on le clôt, et qu'ainsi on l'érigé en absolu, par Jà même deviennent erreur ».

Il est clair. Messieurs, que si je devais accepter ces arrêts sur la valeur de l'affirmation humaine, je n'aurais quà renoncer à cette Défense de l'homogénéité de la vérité révélée sous ses diverses formes d'affirmation.

Il est donc indispensable, avant d'entreprendre notre œuvre apologétique, de nous donner un esprit humain : j'emploie à dessein, bien qu'à regret cette expression. A dessein, parce que, pour traiter honnêtement cette question d'épistémologie, ce n'est pas une leçon qu'il faudrait, mais quelque vingt ou trente. A la lettre donc, et quelle que soit la valeur des preuves que j'esquisserai, — aux yeux de ceux qui savent, — je me donnerai un esprit humain. — A regret, d'abord, parce que la brièveté amène la concentration

des idées, laquelle est rennemie des clartés faciles. Ensuite, pour cette raison que donnait récemment le Rédacteur du programme d'études, si bien compris, que vient de publier la Reçue de Philosophie \ à savoir que, dans l'étude du problème de la connaissance, rien ne doit inspirer plus de méfiance que les solutions en bloc. Il est vrai que Ton citait, à Tappui, ce mot de Fustel de Coulanges, de nature à rassurer plutôt un étudiant en philosophie depuis longtemps jubilaire : Une vie d'analyse pour une heure de synthèse.

Voici, résumées en deux assertions fondamentales, les idées que j'ai l'intention de proposer à votre examen dans cette première leçon.

I. — Tout homme affirme sans cesse. C'est un fait d'histoire naturelle humaine. L'affirmation est dans la nature de Thomme. Or, ce fait, si on le prend dans toute sa généralité, c'est-à-dire comme le fait pur et simple d'affirmer, n'est explicable, n'a de sens que s'il existe une Réalité absolue, la réalité de l'être.

II. — Nos affirmations concrètes, dont le détail constitue le plus clair et le plus important de notre vie mentale effective, sont comme un effort pour incorporer, disons mieux, pour restituer, en connaissance de cause, les objets de notre intuition sensible, ou que nous abstrayons de notre intuition sensible, à l'absolu de ce réel premier. Cet effort n'aboutit parfois qu'à des réussites incomplètes : c'est le cas des lois expérimentales, dites lois scientifiques; d'autres fois, il aboutit vraiment; mais le résultat obtenu ne se justi-

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