I.Ddhem, La théorie physique. I, c. i
à la poussée venue de l'expérience et du réel. Ce sont en vérité, de faux universels ; commodes cependant, en ce quils résument et totalisent quantité de faits dans une unité notioanelle. Nous les retrouverons plus tard au service de l'expression de certaines vérités dogmatiques.
B. Affirmations notionnelles unwerselles. — Les notions que ces affirmations mettent à contribution sont pour tout philosophe de vieilles connaissances. Voici les noms de quelques-unes : substance et mode, cause et effet, puissance et acte, existence, nature, personne, relation, quantité, qualité, etc. Spontanément, l'intelligence voit dans ces notions quelque chose qui étant tout à fait universel, touche à la structure même de l'être universel; spontanément aussi, elle s'en sert pour formuler des principes qu'elle conçoit comme évidents par eux-mêmes, comme exprimant des nécessités qui tiennent à l'être même des choses, au rebours des liaisons expérimentales ; spontanément toujours, sur la base de quelques-unes de ces notions, la contingence, par exemple, envisagée comme propriété du réel fini, elle bâtit à l'aide de ces principes, pas d'effet sans cause, relation du contingent au nécessaire, etc., des inférences qu'elle juge absolument probantes et dénonçant sans coup férir des fonds de réalité inaccessibles à l'expérience, comme celle d'un Dieu première cause, premier nécessaire.
Or tous ces produits spontanés de l'activité intellectuelle seront justifiés ultérieurement par une critique métaphysique rigoureuse. D'où, pour tout ce donné notionnel, un caractère spécifique du plus haut intérêt. D'une part, il est en continuité avec les principales catégories métaphysiques, avec les prédica-
ments suprêmes dans lesquels a priori s'explique irréformablement, devant l'esprit humain, l'objet qui le fonde comme esprit humain, à savoir la réalité de Tétre en tant qu'être ; — d'autre part, ce même donné notionnel n'excipe actuellement pour se justifier, que du fonctionnement spontané de l'intelligence, aux aguets de ce qui est apte à remplir l'être. A ce dernier point de vue, on peut dire que notre donné spontané, notions, principes, inférences immédiates et nécessaires, est un donné, lui aussi, de sens commun, c'est-à-dire d'instinct intuitif, non raisonné et analysé, qui porte sa preuve en lui-même, et qui est dans l'ordre intellectuel ce qu'est dans l'ordre de l'expérience le sens commun positif et centralisateur de toute la sensibilité percevante. Et c'est, en effet, sous ce nom de Vérités de sens commun que l'on dénomme ordinairement tout cet ensemble. Il s'agit évidemment d'un sens commun proprement humain, intellectuel, puisqu'il forme et élabore ses notions en vue de l'idée d'être, caractéristique de l'affirmation humaine.
Cette continuité, cette homogénéité réelle des données de sens commun et des catégories métaphysiques est un fait de la plus haute importance pour notre sujet, puisqu'elle manifeste la possibilité, pour tous les hommes sans distinction, d'atteindre, par le jeu spontané de leur intelligence, à des expressions du réel dans lesquelles une analyse rigoureuse manifestera des notions absolues et irréformables. C'est à lui que nous devrons de pouvoir tous atteindre avec vérité, par des termes de sens commun, le sens des formules dogmatiques qui sont exprimées dans des termes métaphysiques.
Troisième Degré : les affirmations notioxnelles
RÉFLÉCHIES, ANALYSÉES, NECESSAIRES. — A. LeS notions premières. — Les notions premières sont la troisième et dernière expression possible du réel d'intuition. S'emparant de la définition nominale des plus compréhensives notions établies par l'intelligence spontanée, Tintelligence réfléchie entreprend de les réduire à la notion suprême de Tètre par une analyse rigoureuse et dont tous les chaînons seront soudés devant l'esprit, en pleine lumière d'évidence. Soit le mouvement^ « le devenir », donnée concrète suprême du sens commun expérimental. Pour ceux qui arrêtent le processus mental à l'intuition sensible, cette donnée caractérise irréductiblement le Réel. C'est la célèbre durée du Bergsonnisme. Pour ceux au contraire, qui regardent le droit d'affirmer l'être comme la caractéristique de l'homme, ce n'est que matière d'analyse ontologique. A ce point de vue, le devenir n'est pas premier : l'être qui devient se partage, devant même l'intelligence spontanée, dans les deux notions d'être en puissance et d'être en acte. Par le fait même, en effet, qu'il devient, un être proteste d'une part qu'il n'est pas encore ce qu'il sera ultérieurement, et d'autre part, qu'il n'est pas un pur non-être, mais seulement un non-être relatif, le nonêtre de ce qu'il sera tout à l'heure. Ce qu'il sera tout à l'heure nommons-le acte ou perfection, — le nonêtre relatif qu'il est actuellement, nommons-le puissance. Voilà le devenir rattaché à l'être. Il n'est pas l'être à l'état parfait : il n'est pas non plus le néant, et partant, il est déjà de l'acte, de la perfection; mais la perfection, l'acte relatifs d'un être en train de s'actualiser pleinement : c'est l'acte de l'être im-
parfait comme tel, c'est Tacte de l'être en puissance en tant qu'il est en puissance. Voilà ce que l'intelligence spontanée voit tout de suite, sans se Tanalyser, et ce sur quoi elle fonde le principe de la relation de tout imparfait, en train de s'actualiser, à l'être parfait qui est son terme.
La déduction en effectuera la preuve. L'être objet naturel de Tintelligence est signifié à celle-ci, comme subsistant, ens, to ov; sans cela il ne serait pas l'Être complet, total, parfait. Or il doit l'être, puisque sa signification est de totaliser, dans une unité conceptuelle absolue, toutes les déterminations positives du réel, existant ou possible ^ Mais par cela même que l'affirmation humaine le reconnaît tel, subsistant, parfait, elle nie de lui toute détermination qui le restreindrait, toute imperfection. Car les deux notions de perfection ft d'imperfection sont corrélatives. L'être dégage ainsi, devant l'esprit, deux notions, deux explications de lui-même, toutes prêtes à rattacher à sa signification foncière toute? les données de même coupe que l'esprit, travaillant sur les objets issus de l'intuition sensible, amènera à bonne portée. Or telles sont, nous l'avons montré, les données de puissance et d'acte, dans lesquelles s'est formulée l'analyse du devenir, cette donnée concrète suprême du sens commun positif. C'en est donc fait. Le regard intellectuel va des notions issues de la déduction a priori aux notions déterminées a posteriori. La correspondance éclate. La soudure se fait. Puissance et acte, ces conditions du devenir, sont désormais des concepts incorporés à l'être comme tel, puisqu'ils s'en