‹ Le donné révélé et la théologieChapitre 29 sur 130 · Autour d'un petit livre, p · texte numérisé non relu

Autour d'un petit livre, p

soit de la présence de Dieu, soit de sa Providence, soit de sa Paternité, soit du pouvoir salutaire et expiateur de Jésus-Christ sur les âmes, soit de la communion des saints, du pardon des péchés, des espérances éternelles, — expérience qui remplit et inspire Tesprit du prophète et, spontanément, se traduit et s'exprime par les catégories et les images que cet esprit met à sa disposition ^ . »

Il y a, à la source de cette manière d'entendre la révélation, spécialement la révélation chrétienne, une confusion regrettable, ou plutôt une ignorance de ce dont il s'agit.

Il est fort vrai que la révélation est ordinairement donnée à un individu, il est exact qu'elle revêt ordinairement dans cet individu, la forme d'une expérience personnelle, mélange d'émotion et de perception, dont l'objet est la réalité divine. ^lais cela est commun à toute expérience religieuse y compris à iîelles qui constituent plutôt des aberrations que des valeurs religieuses.

Ce qui constitue formellement la connaissance prophétique de révélation, c'est sa valeur de destination à la Société religieuse, c'est sa portée normative garantie. Elle n'est pas tant un phénomène individuel que la manifestation d une Providence divine sociale. C'est ainsi qu'elle se présente dans l'Écriture sainte, d'un bout à l'autre de l'histoire de notre révélation, et saint Paul est dans la logique de cette histoire, lorsqu'il nous livre cette notion du Charisme prophétique qui, à l'entendre, n'est donné à quelquesuns que pour V utilité de l'Église.

4. Through Scylla and Charybdia, p. 314. Cf. Revue prat. d'Apol. Juillet 1907, p. 301, 537, S38, tiH note.

Permettez-moi de vous lire les passages les plus saillants de cette page d'authentique théologie. A la vérité, il ne s'agit pas absolument pour saint Paul de comparer le Charisme social de l'inspiration prophétique à l'expérience religieuse individuelle telle qu'on l'entend aujourd'hui, mais seulement à une forme très originale de cette expérience qui portait dans l'Église primitive le nom de don des langues. Sous le bénéfice de cette réserve, le parallélisme est frappant et les critiques de saint Paul atteignent, ce n'est pas douteux, la conception moderniste.

« Recherchez la charité. Désirez cependant les dons spirituels, surtout de prophétiser. Car celui qui parle en langues, ne parle pas aux hommes mais à Dieu. Personne, en effet, ne le comprend ; mais, en esprit, il dit des choses mystérieuses. Or, celui qui prophétise dit aux hommes des paroles qui édifient, exhortent, consolent. Celui qui parle en langues s'édifie lui-même, mais celui qui prophétise édifie l'Eglise... Or, cela étant, frères, si je viens à vous parlant en langues, quel profit en retirerez-vous à moins que mon discours ne procède d'une révélation ou de la science, que ce ne soit une prophétie ou un enseignement?... Si la trompette n'émet qu'un son indistinct, qui se préparera au combat? Ainsi en est-il pour vous. Si, par le moyen de la langue, vous ne prononcez pas une parole intelligible, qui comprendra ce qui est dit?... Je remercie Dieu de ce que je parle en langues plus que vous tous. Mais, dans l'assemblée, je préfère dire cinq paroles avec mon intelligence pour en instruire d'autres, que dix mille paroles en langues^ ».

i. I Cor., XIV, i-9 et 18, 19. Traduction de A. Lemonnyer, Paris, Bloud.

Appliquons ces principes à notre sujet et nous comprendons qu'il ne suffît pas, pour réaliser la notion de connaissance prophétique de révélation, de dire que ce n'est « ni la chair ni le sang qui ont révélé son objet, mais le Père qui est au ciel », car cette intervention divine peut s'être exercée, comme chez les glossolales, pour le bien individuel et le salut de celui qui en est le bénéficiaire. C'est là, toutes proportions gardées, le cas de l'illumination de foi ou de contemplation mystique.

Je ne conteste pas, qu'on le remarque bien, le caractère surnaturel de tels phénomènes : vraiment ils nous mettent en communication avec la réalité divine, vraiment ils sont d'origine divine, et par là ils se distinguent de ces états d'excitation de toute nature, jusqu'à ceux qui sont causés par la boisson ou la danse, dans lesquels certains psychologues, cités par James \ ont vu les premiers linéaments de la religiosité. Non, le rapport réel au divin, « l'origine divine », est la caractéristique indispensable de toute activité humaine vraiment religieuse. Mais, lorsqu'il s'agit du salut et du perfectionnement individuels, les facteurs moraux sont décisifs. In actu fidei principalitatem habet i>oluntas, dit saint Thomas, ce qui, sans doute, n'exclut ni la nécessité d'une présentation intellectuelle du véritable objet de la foi, ni les motifs de crédibilité, mais marque l'importance majeure des facteurs individuels dans l'acte de foi. On sait d'ailleurs combien les théologiens sont larges pour fixer le minimum d'objet à croire explicitement exigé des simples et des infidèles. Il suffît,

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