‹ Le donné révélé et la théologieChapitre 34 sur 130 · Swnma theoL, II» II»V q. CLXXIII, a · texte numérisé non relu

Swnma theoL, II» II»V q. CLXXIII, a

pensable, d'une étude de rHomogénéité de la vérité révélée sous ses dilîérentes formes d'affirmation.

Nous nous sommes d'abord libérés de l'alternative, dans laquelle on voulait nous enfermer, entre une notion grossière, anlhropomorphique, de la révélation, et la notion minimiste, qui en fait une expérience individuelle, aboutissant à un donné révélé relatif et sans vérité fixe.

La Révélation chrétienne est une grâce intérieure sans doute, mais socialeeinon individuelle. Ce qu'elle communique doit être, par suite, ifidéfiniment transmissiblcy sous sa forme originelle, à l'humanité, à laquelle l'Esprit de Dieu, Qui locutus est per prophetasy le donne, une fois pour toutes, par l'organe d'hommes inspirés. Et partant, l'inspiration doit tomber, non pas sur le sentiment humain, emmuré let toujours équivoque dans son expression, mais sur V affirmation humaine seule capable d'absolu et de fixité.

Etait-il possible de donner une explication psychologique, à la fois intelligible et cohérente de la connaissance prophétique ainsi entendue? Nous l'avons tenté avec saint Thomas pour guide.

Nous sommes partis de ces deux présuppositions :

1° Que la connaissance prophétique ne nous donne pas une vue directe du divin ; qu'elle se réalise par le travail ordinaire de l'esprit humain, comportant une acquisition objective et un jugement sur ce donné.

2° Que Dieu, malgré sa transcendance, est intérieur à sa créature, qu'il agit profondément sur toutes les modalités de l'être et de l'action, qu'il Lui est parfaitement loisible d'agir sur nos esprits aussi

bien par la voie objective que par des motions ou inspirations subjectives.

Dès lors, sans sortir de l'immanence psychologique, nous avons été amenés à concevoir dans riiomnic inspiré, sous l'action divine spéciale jaillissant à la racine de son agir, d'abord une évolution psychique aboutissant à faire affleurer les images, les notions, les liaisons dimages et de notions, correspondantes (analogiquement, cela va sans dire"* à l'aspect de la réalité divine que Dieu veut révéler à l'humanité; puis, mettant en relief la valeur d'expression de ces signes mentaux, la projection de la lumière divine qui renforce notre lumière naturelle; enfin, réagissant sous l'éclairement divin de l'objet mis à sa portée, soutenu par la grâce divine qui le proportionne à des clartés supérieures, l'acte d'intelligence du prophète, qui conçoit, affirme mentalement et dénonce extérieurement en termes appropriés, cela même que Dieu voulait dès le principe lui voir affirmer pour le bien de l'Humanité.

Rien n'est violent, tout a une valeur psychologique dans cette explication, qui est, cette fois, l'explication authentique de la </ théologie savante ».

A l'issue de la connaissance prophétique ainsi interprétée, se rencontre un donné révélé fixe et absolu, grâce au double absolu qui a contribué à le formuler : 1° à l'absolu dont sont capables certaines affirmations humaines ; 2"^ à l'absolu de l'action divine qui a coopéré à fournir ses matériaux, et de la lumière divine qui les a éclairés jusqu'à ce que fussent affirmés, énoncés et dénoncés les divins oracles. La vérité révélée fait donc plus que participer à labsolu de

certaines aflirmalions humaines ; elle y ajoute les garanties absolues de la science divine se créant une issue par l'inspiration dans le processus psychologique du prophète, jusques, et y compris, la formulation extérieure de cette vérité. Dans ces conditions, il devient possible d'aborder TEtude de l'homogénéité substantielle de la vérité révélée sous ses différentes formes d'affirmation.

Dans notre prochaine leçon, nous en ferons une première vérification en étudiant cette première forme d'affirmation de la vérité révélée qui s'appelle la formule dogmatique.

Un dogme est une assertion révélée, définie par l'Église, proposée et imposée par son magistère infaillible à la foi des fidèles.

Cette notion, communément acceptée, sinon dans ces termes, du moins dans des termes équivalents, par les représentants de la doctrine catholique 2, soulève de nombreux problèmes apologétiques. De ces problèmes je n'aborderai que celui qui va droit à notre sujet : Le donné révélé et les formules définies par l'Eglise sont-ils substantiellement identiques?

Vous n'ignorez pas la doctrine moderniste sur ce point. Elle s'est formulée d'une manière très complète, très nette dans le dernier ouvrage du Père Tyrrell : Entre Charyhde et Scylla. La présente leçon se réfère spécialement à la forme que les idées modernistes sur le dogme ont revêtue dans cet ouvrage ^. Nous n'attachons d'ailleurs aucune importance à ce choix. Notre but est d'exposer brièvement un état d'esprit : la réfutation n'est qu'occasionnelle.

i. Leçon III.

2. L. DE Grandmaison, QiCest-ce qu'un dogme? Bulletin de lilt. ecclés., oct. 1905, p. 8; cf. Le développement du dogme chrétien, dans Revue prat, d'ApoL, lï janvier 1908, p. 621 et suiv.

3. Spécialement c. i et xii. Aux idées de M. Tyrrell il faudrait joindre, si l'on en faisait ici l'étude critique, les idées d'A. Sabati^r et de son école : M. Tyrrell suffit pour le service que nous lui demandons.

Nous ne parlerions pas de M. Tyrrell si les idées ne gagnaient toujours à être mises en relief en s'opposant à leurs contraires. C'est aussi bien la méthode perpétuelle de saint Thomas d'Aquin.

Voici, très simple, le plan de cette leçon :

1° De l'accusation de « théologisme » portée par les modernistes contre la notion catholique du dogme, ot du moyen d'y échapper selon les modernistes ;

2° Réponse ordinaire des théologiens catholiques à cette accusation ;

3° Examen critique de cette réponse. Son bienfondé et ses lacunes ;

4° Tentative pour justifier à priori cette réponse et la rendre ainsi définitive.

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