‹ Le donné révélé et la théologieChapitre 45 sur 130 · IV. — Ce qui rend absolue et définitive la réponse commune · texte numérisé non relu

IV. — Ce qui rend absolue et définitive la réponse commune

Jusqu ici, en effet, nous avons considéré les énoncés dogmatiques et leur interprétation, comme s'il sagissait de choses abstraites, de propositions logiques. C'était nous laisser quelque peu abuser par la manière dont les théologiens modernistes exposent le « système théologiste «. En réalité le dogme n'est jamais isolé, comme une vérité abstraite, et qui vaut par soi. N'ayant pas l'évidence des principes philosophiques, il ne tient debout, devant l'esprit, que par l'affirmation vivante qu'en fait l'Eglise, prolongeant à travers tous les temps l'affirmation du Dieu révélateur. La vérité dogmatique n'est avérée pour le fidèle qu'en vertu de la parole de Dieu qui l'a en-

1. cf. Ret. thom.f nov., déc. 1908, p. 599 st., art. cit. du P. Gariigou- Lagrange.

gendrée comme vérité, de la proposition de l'Église qui a reçu de Dieu la mission de conserver cette parole divine dans toute son intégrité, de la redire avec toute son autorité. Au point de vue de l'existence concrète, on pourrait donc dire, sans tomber dans le paradoxe, qu'il n'y a pas de dogme, mais seulement des affirmations dogmatiques proposées et reçues. Et voilà pourquoi, cherchant une philosophie des formules dogmatiques, nous devons revenir à la philosophie de l'affirmation humaine.

Il n'y a pas, en effet, de fossé infranchissable. « déquivocité », pour employer le terme technique, entre les affirmations humaines et les affirmations dogmatiques. L'affirmation de l'Église est divinement garantie en matière de foi; mais, pas plus que l'inspiration, l'assistance du Saint-Esprit ne change la structure de l'affirmation humaine qu'elle utilise. L'affirmation du fidèle est divinement motivée, elle aussi, mais cela ne l'empêche pas d'épouser les manières d'être de toute affirmation humaine'. Le secours divin donne au dogme l'infaillibilité : mais c'est à l'affirmation de forme humaine qu'il actionne, qu'il faut demander le secret de sa structure et de ses modalités.

Or, cette structure ne&t plus pour nous de Tin connu. L'affirmation humaine, disions-nous dans notre première leçon, est capable de vérité absolue. Elle dispose, pour atteindre le réel, de trois séries de données mentales : d'abord les données du sens com mun expérimental, reliées immanquablement avec le réel par des constantes qualitatives fixes, en fait

. cf. Hiunma IheoL. W 11 ,q. L a« 2.

indestructibles; — ensuite les notions générales, abstraites spontanément par Tintelligence du Donné de sens commun expérimental; les principes et les inférences issues de ces notions; — enfin, les concepts généraux, fruit de la réflexion sattacliant aux notions spontanées, les analysant, découvrant en cer taines d'entre elles des appartenances nécessaires de lélre, des catégories; les principes analytiques issus de ces concepts sous l'action réductrice du principe de contradiction, loi de l'être en tant qu'être; les raisonnements métaphysiques rigoureux, construits à laide des concepts généraux et des principes analytiques \

Données de sens commun expérimental, notions, concepts généraux, tel est le triple clavier d'expressions mentales dont dispose TafTirmation humaine pour définir le réel. 11 est naturel, indiqué, fatal, que les hommes assistés de l'Esprit divin qui constituent l'Eglise enseignante, emploient ces trois ordres d'expressions pour définir ce qui nous est livré par la révélation, concernant la Réalité divine. Selon l'aspect sous lequel s'objectivera le Divin dans l'alTirmation prophétique, ils utiliseront des jeux d'expressions différents : s'il se présente sous l'aspect de faits, ils auront recours aux expressions mentales du sens commun expérimental; s'il s'offre comme un donné capable d'être notionalisé ou qui l'est déjà, ils feront appel, selon les occurrences, aux notions de rintelligence spontanée, ou aux concepts généraux. Et, de là, résulteront des assertions dogmatiques de modalités différentes, sous la garantie uniformément infaillible de l'Esprit divin qui utilise, pour

Page 1