‹ Le donné révélé et la théologieChapitre 49 sur 130 · Luc, xxi · texte numérisé non relu

Luc, xxi

Inutile de multiplier les exemples de ce premier genre. Ils sont infinis et forment, sans doute, par leur ensemble, la trame même du dogme chrétien défini.

Le droit du sens commun des fidèles à reconnaître dans sa vérité le sens de l'Eglise dans ce premier groupe de formules dogmatiques est donc de toute évidence. A la réaffirmation de sens commun des conciles correspondent légitimement les réaffirmations de sens commun des fidèles. L'enfant du catéchisme est ici à la hauteur du sens de l'Église, et celle-ci est à niveau de l'Évangile. A priori, le truchement du sens commun est justifié sur ce premier terrain : c'est son domaine propre.

Deuxième cas. — Les assertions révélées se présentent sous la forme d'affirmations notionnelles, générales, sans cependant Têtre assez pour relever des catégories nécessaires de l'être. Exemples provisoires de ces notions : la conception symbolique du Xoyoç. les idées cosmologiques dune époque, celles, par exemple, qui localisent les cieux au-dessus de nous, les enfers au-dessous. En ce cas, les affirmations définissantes de l'Église seront de deux sortes.

Elles seront d'abord, comme précédemment, de pures réaffirmations dans les termes consacrés par l'usage qu'en a fait le prophète inspiré. C'est ici que la doctrine du noyau et de l'enveloppe trouve à se placer. Le contenu est divin, cela est sûr. En répétant les termes qui l'enveloppent, nous ne saurions nous tromper absolument. Et c'est pourquoi TÉglise, qui ne fait pas profession de psychologie ou de cosmologie, n'éprouve pas le besoin de changer ces

formules : le Christ est descendu aux enfers; il est assis à la droite de Dieu; — pas plus que celle-ci : Le l6'(oç est devenu chair. Elles ont contenu pour l'esprit de l'évangéliste ou du prophète, utilisant les catégories do son temps, une réalité mystérieuse qui demeure réelle pour nous qui n'admettons plus la physique des anciens, et qui considérons comme contingente l'idée du l6yo(i, celle du moins qu'admettait la philosophie alexandrine^ A ce point de vue. elles ont droit à être réaffirmées dans les termes traditionnels et consacrés. — Mais, et c'est là le second acte de l'Eglise, il faudra aussi les traduire, car, les livrer telles quelles, serait mettre sur une fausse voie des intelligences qui n'ont plus les mêmes conceptions, et qui ne sauraient d'ailleurs rentrer dans des moules qui ne s'imposent pas à r intelligence humaine (comme le font, au contraire, les catégories de l'être, cette troisième série de nos expressions mentales du réel). Ce serait aussi s'exposer sans défense aux incursions de la critique l'ationnelle. ({ui, prenant pour l'expression adéquate de la vérité catholique l'affirmation symbolique du prophète, ne manquerait pas de prêter à toute une partie du Dépôt révélé une signification qu'il n'a pas. Ce serait enfin laisser prise à des déductions théologiques fautives, qu'elles viennent de théologiens catholiques comme cela est arrivé, semble-t-il, au temps de Galilée, ou de leurs adversaires, comme cela se produit tous les jours.

Le critère de cette mise au point est d'ailleurs

i. Saint Thomas n'en retient, pour l'attribuer en propre au Fils, que 'idée d'émanation ou génération immatérielle. Si(mma theol., I» P., q. XXXIV, a. 2. ad 3=.

tout trouvé. Puisque les notions symboliques et les catégories scientifiques sont originairement des données de sens commun, transposées ensuite dans le domaine notionnel ', il n'y a qu'à revenir pour les entendre, soit aux données de sens commun qui ont fourni la base de leur extension notionnelle, — soit, lorsque cela est possible, aux faits positifs, qui ont donné lieu à ces traductions.

l'^^'^ Exemple. — Les affirmations de sens commun qui sont à la base des notions peuvent souvent être restituées sans peine. Prenons comme exemple la notion du Xoyoç incarné. Le Xc'yo; incarné nous offre moins une doctrine alexandrine systématique, adoptée comme telle, que la simple image de la pensée intérieure, émanant spirituellement de la puissance intellectuelle puis se matérialisant dans la parole. Or, il n'est pas difficile de trouver dans le Dépôt même de la révélation, en termes de sens commun, le fait originel visé par cette comparaison. Nous avons mentionné plus haut les récits de saint Luc qui visent le même fait que l'incarnation du Xoyot;. Nous pourrions ajouter le tableau si saisissant que nous donne du même fait l'apôtre saint Paul dans l'Épître à ceux de Philippes : « Le Christ Jésus, dit-il, alors qu'il subsistait dans la forme de Dieu, ne s'attacha pas jalousement à l'égalité avec Dieu — (voilà bien, en termes de sens commun presque vulgaire, l'équivalent du Xo'yo; qui était auprès de Dieu, apud Deum] ; — mais il s'anéantit lui-même en prenant la forme d'esclave , en devenant semblable aux hommes. Et se présentant avec l'extérieur d'un

Page 1