‹ Le donné révélé et la théologieChapitre 56 sur 130 · Summa TheoL, I\ q. m. a. 4, ad · texte numérisé non relu

Summa TheoL, I\ q. m. a. 4, ad

essence; car ils n'ont pas toujours existé, — et, par suite, je sous-entends dans leur constitution même, un morcelage, une concrétion comme dit saint Thomas. Or rien de cela ne convient à Dieu, qui n'a pas de cause, qui possède tous ses attributs à Fétat parfait et sans division. Et cela nous le savons, par la démonstration de l'existence de Dieu, car c'est en tant que cause première, et donc sans causalité antécédente, que Dieu est exigé par le monde; c'est pour échapper au scandale d'une multiplicité et d'une imperfection à la source première des choses que l'intelligence est requise de le poser. Rien donc, de ce que nous connaissons ici-bas, ne peut nous donner une idée adéquate de l'existence réelle de Dieu. Le mot est, entendu dans le sens où nous l'appliquons aux créatures, ne saurait déterminer Dieu, même comme existant. Plutôt que de dire : Dieu existe, si j'étais obligé d'entendre ce mot dans le sens où je rapplique aux créatures (d'une existence donc réellement distincte de l'essence), je devrais dire : Dieu n'existe pas.

b) Mais nous savons, dit saint Thomas, que cette proposition que nous formons au sujet de Dieu : Dieu est est véritable, et cela nous le savons par ses effets. « Est véritable », qu'est-ce à dire? Cela veut dire évidemment que nous savons qu'elle est exclusive de sa contradictoire : Dieu n'est pas. Mais comment le savons-nous, puisque l'être de Dieu, son existence (c'est tout un) nous échappe? — Si notre concept de l'être n'était pas analogue, s'il n'avait comme un pied dans les deux mondes de l'être, nous ne pourrions, en efTet, jamais le savoir : jamais nous ne pourrions prononcer en connaissance de cause que

Dieu est, en excluant la contradictoire. Le principe de causalité, s'il n'était fondé sur l'être analogue, s'il n'était lui-même un analogue, ne nous donnerait jamais qu'une cause du môme ordre, univoque, si supérieure fût- elle. Mais l'être en tant qu'être est capable de se réaliser dans l'absolu — et le principe de causalité participe à sa propriété. Dès lors, d'un univers qui ne porte pas en soi la cause de son existence, nous concluons légitimement à une cause de lexistence, qui n'est pas nécessairement comprise dans le monde contingent , qui peut appartenir à l'ordre absolu, qui même doit y appartenir, du droit même que l'ordre du contingent possède, de ne pas rester une existence inexpliquée. Cette reconnaissance obligée dune cause de ce monde contingent, déclanche, pour ainsi parler, la possibilité qu'a l'être en tant qu'être de se réaliser dans un monde autre que le monde contingent. Puisqu'un tel monde est postulé par la réalité finie, la possibité de réalisation transcendentale de Vipsum esse a de quoi se réaliser, et nous pouvons savoir et dire en toute çérité, comme le déclare saint Thomas, quil existe, que Dieu est. Le caractère analogique de la notion que nous avons de l'être pur fonde la vérité de la proposition Dieu est. Il reste que nous ne connaissons pas en luimême le mode de cette existence, mais nous savons que la réalité de cette existence ne nous échappe pas, car elle est une des réalisations possibles de l'être analogue, elle est son analogue supérieur; et l'analyse des effets de Dieu accessibles à notre expérience, exige que nous concevions cet analogue comme effectivement réalisé.

Certes, la méthode que nous venons de décrire

n'est pas, de tous points, satisfaisante pour nos intelligences telles qu'elles sont. Nous voudrions démontrer l'existence de Dieu, comme on montre du doigt Notre-Dame, ou tout au moins comme on établit, par ses effets caractéristiques, l'existence d'une cause du même ordre. Ce n'est pas possible : et c'est là, pour notre esprit avide des secrets du Divin, une terrible épreuve. Mais, enfin, le résultat est appréciable puisque lorsque je dis : Dieu est, pourvu que je n'entende pas caractériser Dieu par l'existence telle que je la conçois, je suis sûr et certain que ma proposition est fondée en réalité; et cela je le sais en connaissance de cause. Comment donc? Ce n'est pas que je connaisse en soi la réalité qui fait que Dieu existe. Mais je me rends compte parfaitement des causes qui font que cette proposition Dieu existe est véritable; et ces causes sont au nombre de trois : la capacité de l'être analogue à se réaliser dans l'absolu, la capacité du principe de causalité à étendre ses exigences aussi loin que l'être analogue, enfin la contingence des effets finis qui exige que cette double capacité se réalise effectivement.

Désormais, contre l'agnostique je sais qu'en affirmant l'existence de Dieu, je suis dans la vérité ; contre l'anthropomorphiste je sais qu'en affirmant l'existence de Dieu, je ne me fais pas un Dieu à ma taille (ce qui est une seconde manière de le nier), car mon affirmation, pour vraie qu'elle soit, n'atteint pas le mode absolu et ineffable avec lequel l'être en tant qu'être se réalise en Dieu, mais seulement le fait de cette réalisation.

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