I Jean, v
-2. Ibid.
lobjet qu'elle représente; elle n'en est pas moins le symbole dune vérité absolue. Jusqu'à ce que l'Église juge à propos de la modifier en l'expliquant, elle est la meilleure et la plus sûre expression de la vérité dont il s'agit. Le fidèle adhère d'intention à la vérité pleine et absolue que figure la formule imparfaite et relative. Adhérer à la formule comme telle, d'un assentiment de foi divine, serait adhérer à ses imperfections inévitables, la proclamer imperfectible et adéquate bien qu'elle soit inadéquate et imparfaite. » Allez-vous répondre que la formule ecclésiastique est vraie absolument, que, pour la rendre croyable et accessible à tous, il suffit de l'interpréter selon les ressources de notre expérience journalière, que nous ne devons pas « chercher à persuader que ce que l'on expérimente est autre que ce que l'on expérimente » ? C'est cette inintelligente et basse conception du Réel divin et des formules qui l'expriment {que gardent encore, en partie tout au moins, certains théologiens), qui a rendu possibles les succès de la théorie symboliste. Seule une intelligence analogique du Divin rayonnant sur toutes les parties de la théologie, nous permettra de conquérir à nouveau l'ascendant sur les intelligences de notre temps, ouvertes désormais à l'idée de l'éminence divine, mais qui sont tentées de l'exagérer; — d'intercaler, entre le matérialisme des sensualistes et l'arbitraire symbolique, un procédé de proportionnement de l'esprit humain à Dieu; de rendre croyables et accessibles à tous, autant qu'elles peuvent l'être par ce côté., les choses de la foi.
Comme je préfère à cet anthropomorphisme la
compréhension profonde du mystère divin dont a fait preuve un grand théologien, à qui, certes! les positions du thomisme sur les questions de la Grâce et de la Providence étaient sacrées, et qui les a non pas reniées, comme l'ont cru certains théologiens distraits ou peu capables de s'élever au-dessus d'un certain niveau de parti, mais transfigurées par l'analogie et le sentiment du mystère divin. Je ne connais rien de plus émouvant que ce passage, où ce génie essentiellement formulateur, aux prises avec le mystère de la Conciliation de reffîcacité de la Providence avec la liberté, comme emmuré dans les parois des distinctions d'école , qu'il ne cesse cependant de juger les meilleures, les plus libératrices, laisse échapper, en plein commentaire scolastique, ce monologue dont l'accent rappelle ces vers du poète de la Libération du territoire :
Je ne suis pas délivré! non! j'ai beau Me lever. Je me heurte au plafond du tombeau.
« J'ai lu, ditCajetan, tout ce que disent les docteurs — sens divisé et sens composé, — nécessité de conséquence et de conséquent, — liberté du choix divin et indifférence dominatrice des causes libres, — mais tout cela ne saurait tranquilliser l'esprit. Car, ce qui est en question, ce n'est ni Dieu, ni la liberté, mais ceci : comment l'inévitabilité d'un événement voulu par la Providence divine peut-elle se concilier avec lévitabilité de fait et réelle qui lui est dû en raison de ma liberté?
« On dit communément : c'est prévu, c'est voulu, c'est prédestiné — donc c'est inévitable. Pour moi, sans vouloir m'opposer au torrent, sans affirmer, —
mais l'intelligence sous l'empire du Christ, j'entrevois ceci : la Providence, de soi, n'impose ni la contingence, ni la nécessité aux événements qu'elle dirige, car Dieu, dans son éminence, possède un mode de causalité qui dépasse contingence et liberté. Voilà un premier point. — Montons encore. Pourquoi Dieu, être plus excellent que nous ne saurions le penser, ne pourvoirait-il pas aux choses de ce monde, de telle sorte qu'à sa providence, ressortirait quelque mode de produire supérieur à nos catégories d'évitabilité et d'inévitabilité, de telle sorte que, l'événement accompli, aucune de ces deux combinaisons ne résulterait nécessairement, de sa providence? S'il en est ainsi, ma pensée se repose, non sur une évidence, mais devant la hauteur inaccessible dune vérité cachée... Si l'on prêchait cela, il n'y aurait plus d'erreurs parmi les chrétiens sur la Prédestination, — pas plus qu'il n'y en a sur la Trinité, dont on d^t et on écrit couramment qu'elle est un mystère pour l'humaine raison, et que la foi seule y est de mise ^ . »
Conclusion. — Le surnaturel tout entier, en dépit du langage humanisé sous lequel il nous est enseigné, placé définitivement au centre du Sanctuaire, dans le tabernacle voilé où sur la terre nous adorons la Trinité, — ce n'est pas évidemment toute lintelligence du dogme, puisque l'analogie nous en donne une connaissance distincte formelle et vraie, — mais c'en est l'achèvement ou, comme dirait Pascal, la dernière démarche.
Nous rejoignons ainsi la parole du Christ à la Sama-