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I. — La Notion du Développement dogmatique

Les explications peuvent se ramener à trois groupes, ainsi caractérisés : transformisme pur, crois-

sance organique, développement de nature spéciale dont Tanalogue est fourni par le développement des doctrines dans Tesprit humain.

1. Le transformisme dogmatique pose en principe l'hétérogénéité du donné primitif et de ses développements. Nous n'avons pas à l'envisager sous sa forme athée; ce n'est plus qu'une contribution à l'étude des superstitions religieuses, position étrangère à notre point de départ. Sous sa forme théiste, il admet une expérience religieuse, dont l'objet est le Divin, mais dont l'expression est un symbolisme plus ou moins mythologique. Le développement n'a d'autre signification que celui d'une substitution de mythologies. — Utilisée par des chrétiens ou par des modernistes soi-disant catholiques, cette notion subit des fortunes diverses, les uns regardant le Dépôt révélé chrétien comme méritant une simple préférence vis-à-vis des mj-thologies des autres religions, les autres le regardant comme une expression absolument consacrée par une initiative effective de Dieu, comme normatif vis-à-vis de ses développements mais à telle enseigne que ces développements ne puissent être érigés en dogmes, étant une simple théologie humaine. Aussi, pour en extraire la réalité dogmatique, il faut revenir à l'apostolicité littérale des expressions primitives. — A l'écart de ces positions symbolistes, mais toujours dans la ligne transformiste, Gûnther admettait que les développements du dogme, définis par l'Eglise, sont légitimes en tant que substitutions, divinement authentiquées, de doctrines rationnelles en harmonie avec l'état général de la science, aux doctrines anciennes qui ont fait leur temps.

ir. , LE DONNE RÉVÉLÉ.

D'un mot, et quelles que soient ses modalités, le transformisme admet que le sens du dogme ultérieurement défini n'est plus le même que le sens du Dépôt révélé primitif. Cette conception suppose que la connaissance de révélation n'est pas originairement fixée comme telle, que c'est un phénomène de sentiment religieux, symboliquement interprété, ou encore, comme chez Gûnther, une construction rationnelle de valeur relative, une théorie. Sa critique relève donc d'une étude spéciale sur la nature de la Révélation, de l'acte révélateur et de la connaissance qui lui correspond. J'en ai traité plus haut \ et partant, je laisse de coté cette opinion.

2. La seconde explication admet, sous tous les développements, un sens qui ne change pas. Elle prend à son compte la doctrine de Vincent de Lérins et l'expressive comparaison du germe qui se développe sans changer de nature. Ainsi va le dogme, substantiellement identique au dépôt révélé in eodem sensu et in ecideni sententid. La permanence du type primitif, la constance des principes directeurs, le caractère assimilateur des annexions, la logique du développement, la préexistence, sous forme d'anticipations dans le noyau primitif, des développements futurs, leur valeur de conservation pour l'acquis antérieur, leur vigueur d'affirmation à travers la durée, ce grand critère de tout ce qui a vraiment droit à vivre, telles sont, à entendre Ne^Yman, les notes du développement légitime. — Quant à son mode, il suit les lois inévitables de la croissance organique,

1. II< leçon, La Révélation, p. 48; — Cf. La relativité des formules dogmatiques, Revue thomiste, mars 1904, p. 49.

avec cette différence que l'Esprit de Dieu, qui a jeté la semence, ne Tabandonne pas, et veille en secret d'une manière spéciale sur son évolution. L'Église enfin, assistée de Dieu, intervient, comme un divin jardinier, par des initiatives extérieures, tantôt pour couper une excroissance nuisible, une branche folle qui menace de prendre inutilement la sève, tantôt pour redresser des développements qui ne sont pas dans les lignes de la poussée intime de TEsprit, tantôt pour sanctionner les résultats normaux, légitimement acquis, fruits de la croissance arrivée à sa maturité.

Cette belle analogie a deux mérites incontestables. D'abord, elle tient compte de la part prépondérante de Tinfluence divine intime et extérieure dans le développement d'un germe essentiellement surnaturel, ce en quoi elle est parfaitement catholique. Ensuite elle illustre splendidement le double caractère, fait de nouveauté et d'identité foncière, que présentent les moments successifs de l'affirmation objective de la Vérité révélée. Les notes qu'elle donne pour discerner le développement authentique sont réelles et parlantes; maniées par un Newman, elles ont abouti sur certains points à des mises en évidence qui ont paru décisives et qui resteront toujours comme des modèles de travail bien fait.

Cette explication est-elle cependant définitive? Des interprétations récentes qui s'en recommandaient sont venues jeter sur elle une suspicion qu'il est difficile d'écarter. Des théories, renfermant l'essence du Christianisme, son germe donc, soit dans la Bonne Nouvelle du royaume de Dieu intime à lame, soit dans les perspectives eschatologiques qui, sous la

forme où on les considère, se sont trouvées démenties, ont ouvert les yeux des théologiens sur le vague où la comparaison de Vincent de Lérins laissait la nature propre du fait du développement. Toujours bonne, comme comparaison, pour donner l'impression d'un mouvement d'extension s'accomplissant dans le respect absolu de la loi immanente déposée dans le germe, on lui reprochait de n'être qu'une comparaison, fondée sur la donnée commune de développement vital, sans tenir compte suffisamment de la différence qu'il y a entre la vie d'un végétal et la vie d'un esprit.

Cette critique porte sur deux points principaux de la théorie. 1° La croissance organique est due à une circulation incessante. Les matériaux annexés finissent toujours par être éliminés. Dans le développement dogmatique au contraire, il y a intégration définitive des matériaux venus du dehors; les formes développées du dogme sont inséparables des idées, d'abord étrangères au dogme, qui ont servi à le développer ^ 2° Une autre différence est dans le mode de déploiement. Lç germe se développe totalement ab intrinseco, par une segmentation automatique de l'ovule primitif, par le dégagement quasi mécanique des parties qui constituent, l'embryon d'abord, puis le vivant adulte. Il se développe de lui-même et par lui-même. Le dogme ne se comporte pas ainsi. Chaque développement est le fait d'une initiative de l'esprit humain conduit par l'Esprit de Dieu, d'une intervention autonome, en regard du Dépôt révélé,

1. Cf. DE Grandmvison, Le développement du dogme chrétien, Revue pratiq. d'ApoL, 15 sept. -1908, p. 902. — Vacant, Études sur la Constitution Dei Filius, n. 851.

de l'activité de cette force vivante, extérieure au dogme, qui est l'esprit de l'homme. Que les sept notes newmaniennes soient l'indice du vrai développement, c'est ce que Ton concède volontiers: mais elles n'en sont pas le ressort, la cause explicative. Celle-ci est sui generis : l'analogie commune avec les vivants ne saurait la livrer; il faut la demander à l'activité propre de l'esprit.

3. Et c'est pourquoi une troisième explication prend son point d'appui dans le spectacle du travail tout à fait spécial qu'offre l'esprit lui-même se développant dans son ordre propre : ici nous ne sommes plus sur un terrain étranger, nous sommes sur le terrain même du développement dogmatique. M. de la Barre', et tout récemment M. de Grandmaison ^ ont mis en lumière, et adapté à cette solution, la leçon que nous offrent les sciences de la nature et les théories scientifiques.

De l'aveu des savants qui raisonnent leurs méthodes, tous les développements scientifiques supposent des données de fait intangibles et régulatrices, que jamais on n'a le droit de négliger ni d'oublier, sur lesquelles il faut finalement faire lépreuve des théories conduites selon les hypothèses les plus fécondes, des élaborations mathématiques les plus cohérentes. Généralisant ces vues et les étendant à toutes les branches des connaissances scientifiques humaines, surtout de celles dont les données premières sont fixes et obvies, les sciences philosophiques sans doute, M. Bainvel a dit : Aucune science ne fait son

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