Article cité, p
objet : elle le suppose : et Tobjet ne change pas du l'ait du progrès de la science : il est donné d'emblée, encore que Ton n'en saisisse pas du premier coup les éléments et les modalités. Le progrès se tient du côté de la connaissance de l'objet ; il consiste dans la manière meilleure de s'en emparer, dans la connexité qui se découvre entre les éléments saisis dans l'objet, dans les rapports de ceux-ci avec d'autres objets'. On ajoute à ces coïncidences cette autre particularité des développements scientifiques, quïls sont moins le fait d'un savant isolé que d'une collaboration sociale, dune mise au point opérée en commun par une société d'esprits, se corrigeant, se stimulant et finissant par s'unir dans l'approbation d'un résultat, qui, sil est perfectible (la science ne connaît pas d'arrêts absolus), ne laisse pas d'être acquis, en sorte que tout développement ultérieur devra sy référer. De ce point de vue, le développement scientifique n'apparaît plus comme la marche en avant, en ordre déployé, d'un germe imparfait, mais comme un retour constant de la connaissance, dans une réflexion commune, vivante, associée, sur un objet donné, à la fois matière du travail, point de repère des élaborations scientifiques, et canon sanctionnant les développements acquis.
A présent, nous avons une analogie explicative du développement dogmatique. Sans doute il y a des différences à faire. Le donné révélé, tel qu'il est déposé dans les assertions normatives des prophètes, des apôtres, des écrivains inspirés, est un objet de connaissance déjà dérivé, non premier. Il recouvre à
1. Le magisterio vivo cl Iradilione, p. 145. ^'ous traduisons.
létat latent le mystère de TÈtre divin, Tobjet véritable connu de Dieu seul. Ce n'est pas un objet ordinaire et univoque comme le donné scientifique. Par suite, le travail de lesprit humain sur cet objet, ne doit pas être un labeur purement humain, mais une réflexion plus profonde que la réflexion humaine, même socialisée, une réflexion aidée et assistée par l'Esprit qui seul connaît les secrets de Dieu; par suite, enfin, la consécration définitive du développement acquis nappartient pas à l'évidence (même partagée par toute la communauté, même présumée comme l'effet du Saint-Esprit) de la correspondance de ce développement avec le Dépôt, mais au verdict de l'autorité divine qui régit la société des esprits chrétiens, seule capable, de par las'sistance divine, de percevoir et de promulguer authentiquement la solidarité dune affirmation humaine avec la Réalité divine.
Sous le bénéfice de ces réserves, qui nous rappellent que la comparaison instituée n'est qu'une analogie, nous comprenons, à la lumière de ce que nous expérimentons dans le travail scientifique, ce qui peut se passer dans le travail dogmatique. Il y a de part et d'autre un donné premier, intangible et plénier, gros de toute la réalité des développements et les débordant toujours, saisi dans son ensemble par une intuition fondamentale. Puis, sous l'influence de cette intuition, une « fermentation », comme dit le P. Allô, de tout ce qui se remue dans l'esprit humain, la formation d'innombrables synthèses qui prétendent à exprimer la diffusion normale de l'objet primitif et qui, pour réaliser leur prétention, se réfèrent sur lui constamment; enfin le retour à l'objet, demeuré immo-
bile, de ses enrichissements présomptifs, pour recevoir de lui, dans une vue claire de la correspondance entre le donné et ses développements, la sanction définitive.
Cette fois, semble-t-il, nous n'avons pas simplement une comparaison commune, nous touchons le pourquoi. Lesprit va, sans heurt, du développement scientifique au développement dogmatique. Il perçoit une même loi, une même idée directrice dans les démarches mentales qui les produisent, les différences à faire étant faites. Il semble que l'on ne puisse aller plus loin dans l'explication.
A. Et cependant, il y a peut-être un pas à faire.
L'analogie du développement scientifique donne sans doute le comment de la permanence identique d'un donné, à travers les progrès de l'esprit humain, mais ce comment elle ne le donne que comme un fait qui, ayant ses entrées légitimes, que personne ne conteste, dans la science, peut être transféré dans la pensée dogmatique. Mais cette transposition estelle facultative, ou bien s'impose-t-elle, de par les lois inéluctables de l'esprit humain, dont les affirmations dogmatiques, étant à forme humaine, représentent une des manifestations?
Pour ma part, c'est de cette dernière façon que j'entends les choses. Le développement scientifique tel qu'il vient d'être décrit et le développement dogmatique tel que le conçoivent les théologiens dont j'essaie d'interpréter la pensée, ont une racine commune qui est la structure même de l'affirmation humaine.
L'affirmation humaine ne va pas à la dérive comme le prétendent ceux qui assurent que la vérité n'est
pas plus immuable que l'homme lui-même, quelle évolue avec lui, en lui et par lui^ Elle trouve la raison première de sa mise en exercice dans la présence réelle de tout le réel, offert à sa première et fondamentale intuition sous la dénomination confuse, à force de plénitude débordante, de l'être en tant qu'être. Dès lors, notre vie intellectuelle ne saurait avoir qu'une signification : redire en détail ce qui a été donné primitivement en bloc ; déterminer ce qui est à coup d'intuitions soigneusement éprouvées. En face de cette marée montante des affirmations d'expérience, de sens commun, d'analyse philosophique, lEtre se comporte à la fois comme un foyer d'attraction, comme un point de mire, et comme un critère régulateur. Telle est, dans son fond, la vraie coupe de l'esprit humain, force plus disciplinée, plus endiguée que ceux qui ont intérêt à se libérer dun dogmatisme quelconque ne le confessent d'ordinaire, car ils sentent instinctivement que, le primat de l'être une fois admis, leur liberté absolue de penser est compromise, que l'obligation de ne dire que ce qui est est la mort du libertisme intellectuel et des romans d'aventures philosophiques extraordinaires 2.
Il n'est pas étonnant que les sciences humaines reproduisent en petit, à l'occasion d'une partie, d'une appartenance spéciale du Réel total, la coupe typique de lesprit humain, dont elles sont les légitimes promotions. Dès lors, on doit retrouver à leur tête ce conditionnement dominateur de l'objet, du fait, du donné. C'est par là qu'elles ont contact avec la réalité. Et voilà l'explication de ces trois moments du