‹ Le donné révélé et la théologieChapitre 69 sur 130 · Philip., II · texte numérisé non relu

Philip., II

nous avons vu, et nous rendons témoignage, et nous vous annonçons la vie éternelle qui était auprès du Père et s'est manifestée à nous — ce que (donc) nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons! » A quel diapason cet enthousiasme rempli de la « vue » de Dieu, ne hausse-t-il pas l'Évangile ainsi présenté! Or, c'est là, avec des modalités d'une diversité infinie, une note fondamentale du dépôt révélé tout entier. Qu'est-ce que la plénitude de l'Etre en tant qu'Être, présente au premier éveil de l'esprit humain, à côté de cette plénitude de Réalité divine qui va présider au premier éveil de l'activité dogmatisante î

Mais, l'inévitable rançon de cette plénitude d'objet, c'est l'indétermination forcée de son expression en pensées humaines. Déjà, dans le domaine rationnel pur, pour maintenir son universelle compréhension, l'Etre en tant qu'Être devait se présenter dans un état de souveraine et dominatrice indifférence vis-à-vis des déterminations de nos affirmations de détail, qu'il contient toutes implicitement. Mais ici, c'est l'Infini qui cherche à se faire jour dans des esprits humains, et qui, ne pouvant s'objecter d'un seul coup comme il s'objecte à lui-même, consacre quelques énoncés, ou même moins que cela, quelques attitudes, rites, gestes, comme expressifs à jamais pour nous de son inaccessible grandeur!

On a relevé les nuances d'obscurité, si je puis ainsi dire, de ces énoncés sur le Divin. Tantôt c'est une contradiction non levée comme celle, par exemple, qui maintient l'unité de Dieu en réservant au Père ou au Fils des activités propres, voire même des attributs spéciaux de la Divinité. Tantôt c'est une apparence dogmatique, bientôt démentie, tel l'horizon prochain

des perspectives eschatologiques ; ce sont encore des vérités profondes engagées dans une imagerie naïve et caduque. D'autres fois, c'est une attitude prescrite et qui deviendra impraticable à courte échéance, par exemple celle-ci : in viam gentium ne abieritis; ce sont, comme il arrive à toute pensée riche et d'avenir, des indications à tirer au clair, des virtualités à réaliser, des institutions rudimentaires à développer, des préceptes pratiques qui supposent ou enveloppent une doctrine spéculative à expliciter. C'est, pour tout résumer, comme l'a si éloquemment écrit M. de Grandmaison, « l'immense afflux qu'on commençait à peine de vivre, des réalités divines, entrées naguère en contact — par la vie, les leçons, la grâce du Fils de Dieu — avec l'humanité rajeunie et tressaillante ». Et il ajoute : « Comment ces richesses inouïes eussentelles pu, au cours d'une génération, être classées, distinguées, définies, intellectuellement réalisées? Elles ne le seront jamais ^ »

Du fait de cette richesse, jointe à cette inadéquation d'expression, résulte ceci pour une conscience en éveil : d'une part que le bien suprême de l'humanité est là, qail faut s'en emparer, et c'est ce que réalise l'adhésion de la foi, adhésion pleine, totale, si l'on ne regarde qu'à la vigueur avec laquelle elle saisit le réel divin; d'autre part, que cette saisie globale, si elle sauve, si même, sur les articles fondamentaux, elle atteint du premier coup toute la précision possible ^, ne résout pas toutes les questions posées par le donné révélé; bien plus, qu'elle n'aboutit qu'à les poser avec plus d'insistance. Il en résulte que les

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