Cf. Vacant, op. cit., n
forces de Thomme capables de fournir urx renseignement, sont requises par la foi elle-même de s'aboucher au Réel divin, de transcrire, d'adapter, d'expliquer, de développer, selon le mode connaturel de notre pensée, ce qui se remue d'implicite, de virtuel dans le Dépôt de la Révélation.
Et voilà, mise en place, la cause psychologique profonde du développement du dogme. C'est l'entrée en jeu. sous le gouvernement de l'Esprit de Dieu, d'une force autonome. 1 esprit humain lui-même, qui, par l'intuition en bloc de la foi à lui départie, se trouvant mis en possession des données riches, mais encore inexplorées dans leur détail, de la Révélation, cherche à en prendre une possession mentale intégrale. Qui donc a dit que le développement du dogme s'opérait par des infiltrations effectuées selon la ligne de la moindre résistance, par des pressions mécaniques, exercées du dehors par l'autorité, par des irruptions d'éléments étrangers dans une pensée débile et incapable de leur résister; que la pensée primitive finissait par être annexée aux mouvements de pensée qui se succèdent autour d'elle et à former un amalgame, un syncrétisme incohérent? Cela n'est pas vrai! Il y a, en tête du mouvement progressif dont vit le dogme, une force vivante, autonome. Dans l'ordre naturel de l'afTirmation humaine, l'intelligence munie de l'intuition fondamentale de l'Etre, s'ébranle et met en mouvement, comme autant d'instruments pourvoyeurs, toutes ses facultés d'intuition du détail afin de pouvoir acquérir une connaissance diversifiée et systématisée du Réel. Pareillement, dès son début dans l'ordre de la révélation surnaturelle authentique, l'esprit de l'homme, enrichi par tout le Donné révélé
entrant globalement en lui, grâce à une intuition de foi infuse et, sur nombre de points, confuse, met en action, comme autant d'instruments, toutes ses ressources natives pour prendre une conscience plus pleine, plus distincte, plus actuelle du trésor en la possession duquel il vient d'entrer.
Deuxième phase. — La fermentation mentale.
Nous comprenons maintenant la valeur de cette expression de ferment dont on a proposé de se servir, de préférence à celle de ger^me^^ pour signifier la manière dont l'esprit entre en jeu sous l'action de la vue de foi qui l'a mis en possession du Divin. Cette vue d'ensemble des réalités révélées est, en effet, comme le ferment qui travaille la pâte, en sinsinuant partout, non pas pour se mélanger à sa matière dans laquelle il est comme dissous, mais pour l'élever à sa hauteur, pour l'imprégner de sa qualité propre. C'est en cela, et en cela seulement, que tient la métaphore.
Mais laissons les métaphores et étudions en termes précis ce qui se cache sous celle-ci : ce sont d'abord les actes par lesquels l'esprit réaffirme, avec l'insistance de celui qui comprend mieux, mais dans les mêmes termes, les vérités révélées; ou encore les actes par lesquels il les définit en termes plus précis, plus techniques, mais équivalents. Ce ne sont pas là, à la vérité, des développements puisque ce quji est réaffirmé ou précisé existait déjà formellement (quoique implicitement dans le second cas), sous une autre forme. Nous avons parlé de ce progrès de l'expression de la vérité révélée dans la troisième leçon de
1. A. Gardeil, La place de saint Thomas d'Aquin, Paris, lîKhJ, p. o-tî.
2. B. ALLO, Germe et Ferment, Rev. des se. ph. et th., jauv. 1907.
ce Cours, à propos des transformations que font subir aux assertions primitives les définitions dogmatiques ' . Le cas typique d'un développement proprement dit du dogme nous est fourni par la définition des vérités obtenues par voie de conclusion théologique-. Il semble, en effet, que la conclusion diffère, par son contenu même, du donné auquel elle s'origine. Car dans tout véritable raisonnement, il y a passage dun virtuel à Tactuel, de la puissance à l'acte. Or, dans bien des cas, on peut adhérer à une vérité sans adhérer, avec la même certitude du moins, à toutes ses conséquences. Cela est vrai spécialement dans le cas qui nous occupe. On doit adhérer de foi divine à ce qui est révélé; mais si, par le procédé du raisonnement humain, lequel n'a qu'une certitude naturelle, on déduit, d'une vérité révélée, une conséquence quelconque, cette conclusion est certainement d'une certitude inférieure à celle de la foi; et, par conséquent, si légitime soit-elle comme conclusion théologique, elle ne saurait jamais prétendre à offrir un développement du dogme exigeant de soi le même absolu d'adhésion surnaturelle. Si nous ajoutons, qu'en plus de la pure forme du raisonnement logique, interviennent la plupart du temps dans l'argumentation théologique des propositions de pure raison naturelle, la difficulté s'augmente encore. Bref, on ne voit pas comment de tels développements peuvent être homogènes au Donné révélé ; comment un semblable procédé peut être l'instrument loyal et efficace de la foi cherchant à se manifester ce qui est latent dans son propre objet. Il n'y a plus, ici, objet de foi, dogme. C'est de la théologie.