‹ Le donné révélé et la théologieChapitre 72 sur 130 · Summa theoL, II» IF», q. I, a · texte numérisé non relu

Summa theoL, II» IF», q. I, a

3. Nous n'entendons pas mettre ici hors de cause les textes évangéliques connus sur lesquels très légitimement s'appuie la définition de l'infaillibilité pontificale. Nous avons en vue directement certaines modalités de la définition, celle, en particulier, qui établit une relation immédiate entre l'infaillibilité doctrinale et l'autorité suprême dans l'ordre de la juridiction. Ce point qui justifie l'infaillibilité personnelle, puisque cette autorité suprême est le fait d'une personne, n'est, semble-t-il, que virtuellement impliqué dans les textes cités de l'Écriture; la tradition, d'ailleurs, témoin l'histoire des premiers Conciles, ne le met pas dans une lumière telle qu'elle force l'assentiment à

La réception d'une conclusion théologique par la foi de la société ecclésiastique comme l'équivalent réel, l'issue nécessaire, la conséquence imposée du Donné révélé, voilà ce qui la différencie de toutes les autres conclusions théologiques, au point de vue de sa valeur pour le développement du dogme, et la met dans Tétat d'ultime disposition préparatoire au dogme défini.

Ce n'est donc pas la rigueur logique avec laquelle est démontré son bien-fondé dans le Dépôt. Il y a des conclusions théologiques de premier ordre qui ne sont pas des dogmes, comme celle de la vision béatifique du Christ ; et il y a des conclusions théologiques seulement probables, au point de vue des apparences logiques, comme celle de Scot sur llmmaculée Conception, qui ont donné lieu à des définitions dogmatiques.

Ce n'est pas davantage le caractère intrinsèque, purement explicatif, de certaines conclusions, par opposition au caractère résolument déductif de certaines autres. La valeur explicative a son influence, sans doute, mais cette influence n'est pas décisive; elle ne constitue pas pour les conclusions théologiques, en regard de la définition dogmatique quelles préparent, un principe de différentiation immédiate, un droit de plein exercice à être définies.

Ce principe de différentiation intrinsèque existe lorsque, par l'effet de causes nombreuses ^ — au premier rang desquelles il faut mettre d'abord les actes

toutes les modalités de la définition conciliaire. Cet aspect de la définition, nous semble-t-il. ne se dégageait clairement que du raisonnement théologique fondé sur l'Écriture.

i. L'examen de ces causes de la formation du sentiment commun fle>i théologiens est à étudier en particulier pour chaque dogme.

du Magistère ordinaire de l'Église, encycliques, lettres et discours du souverain Pontife ; condamnations de propositions, décisions des Congrégations, des Conciles provinciaux, des Évêques dispersés; ensuite, ce merveilleux facteur d'unification intellectuelle qu'est le raisonnement rigoureux, — la vérité énoncée dans une conclusion théologique s'est solidarisée dans la conscience de l'Église avec l'objet de foi, au point de devenir théologie reçue, j'allais dire crue. Et ce serait, en effet, une faute grave contre la foi que de la nier, une fois qu'elle est parvenue en cet état^

C'est là un principe de différentiation d'ordre social et de valeur, au fond, surnaturelle. La conclusion théologique qui en bénéficie, le doit moins à sa rigueur dialectique, qu'à sa valeur de représentation pour fixer et unir dans une même profession l'universalité des fidèles. Et cette valeur d'unification ne peut être acquise sans une disposition spéciale de la Providence, du Saint-Esprit, qui veille sur la vie du dogme de son Église.

Les Scolastiques avaient déjà noté que. dans les transformations physiques, Vultima dispositio prae'> çia était caractéristique de la forme nouvelle, même chez l'être humain, auquel cependant l'âme est dévolue, au dernier instant de sa genèse, par une action créatrice de Dieu. C'est sous l'angle de cette analogie avec la genèse humaine que nous considérons le développement du dogme. Le travail de l'esprit humain na qu'une vertu préparatoire, dispositive. Il relève

\. Cf. Vacant, op. cit.j n. 8o9-860.

de ce que les anciens nommaient la cause matérielle : son terme ultime immanent est la théologie reçue, ultima dispositio praena ; son terme ultime, transcendant, c'est le dogme défini auquel il tend comme l'élan évolutif et ascensionnel de la nature physique tend, par 1 effet d'un branle divin, vers l'âme rationnelle '' . Dans l'une et l'autre évolution naturelle ou dogmatique, la cause première, divine, du développement ascensionnel, intervient directement au dernier instant pour consacrer le résultat suprême de l'évolution qu'elle a dirigée.

Avec ce dernier trait nous avons atteint le pourquoi de la coopération du raisonnement théologique au développement dogmatique. Il n'y a pas proportion directe entre l'évidence d'une conclusion théologique rigoureuse et une définition dogmatique, mais il y a proportion directe d'un certain genre entre une théologie reçue dans l'Église comme inséparable du dogme, adoptée donc officieusement, si je puis ainsi dire, par le Saint-Esprit, et sa déclaration authentique comme dogme. La nouveauté n'existe qu'au point de vue des inférences par lesquelles l'esprit humain reconnaît le développement : elle n'existe pas pour la foi socialisée dé l'Église, régie par l'Esprit divin, dépositaire officielle du Dépôt révélé. Pour elle, il y a continuité, coïncidence, solidarité, homogénéité.

Voyons, à la lumière de cette conception de la valeur du raisonnement théologique pour le développement du dogme, la dernière phase de ce déve-

Page 1