Leonis XHI Acta, Rome, 1881, p. ti^iS
6. Cf. l'Encyclique Communium rerum du 21 avril 1909, pour le VI1I« Centenaire de saint Anselme.
pas inutile de lui donner, dès maintenant, sa « note théologique ».
Avant d'entrer dans le sujet de cette leçon, consacrée au Donné théologique, il est nécessaire de nous entendre sur le sens de ce mot : la théologie. Pour aller droit au fait, je profite de la liberté qu'a tout professeur de déterminer le sujet dont il traite et d'exclure ce dont il n'entend pas parler.
Je n'appelle pas théologie l'histoire comparée et critique des religions : C'est de l'histoire, mélangée de psychologie, de considérations linguistiques, d'ethnologie et, que sais-je?... parfois, d'apologétique.
Je n'appelle pas théologie l'histoire critique des doctrines juives et chrétiennes, dénommée abusivement histoire des Dogmes, comme si un dogme, la vérité fixe par excellence, pouvait avoir une histoire. Je ne nie pas, remarquez-le bien, que, antérieurement à la définition dogmatique, certaines doctrines théologiques ne préparent la matière du dogme, ni qu'une fois le dogme proclamé, certaines doctrines n'en procèdent. Il y a donc une histoire des doctrines qui précèdent ou suivent le dogme, et cette histoire est de l'histoire tout court, non de la théologie. Mais le dogme lui-même, objet de foi, n'a pas plus d'histoire que la foi, grâce surnaturelle identique en tous.
h' Exégèse critique et ses différentes branches, et de même ce que l'on nomme « théologie biblique », mot qui recouvre une doctrine encore assez mal définie, semble-t-il ', ne sont pas davantage de la Théo-
1. Cf. A. I.EMûNNYER, Didletiii de Théologie biblique, Revue des sciences philos, et théoL, t. I, p. 130 (janvier 1907}.
logie. Ce sont de pures sciences humaines dont Tobjet ne coïncide que matériellement avec une partie de l'objet qui sert de point de départ à la Théologie.
La théologie positive, si l'on entend par là un exposé purement critique, j'insiste sur ce mot, établi au moyen de la science historique, des preuves fournies par l'Ecriture et la Tradition, en faveur des aftlrmations dogmatiques de l'Eglise, nest pas davantage de la Théologie , au sens propre du mot ; et il en est de même delà Théologie historique, si toutefois on n'y voit qu'une tentative pour justifier par l'histoire les dogmes de l'Église catholique. Il est d'ailleurs une autre manière d'entendre la Théologie positive ou historique, et j'y reviendrai tout à Iheure.
Toutes ces sciences ne sont que des sciences rationnelles, parce qu'elles se donnent pour objet, non de mettre en lumière le donné révélé comme tel, mais de dégager les aspects phénoménaux de ce donné, lesquels ne sauraient prétendre à représenter, dans toute son intégrité, sa réalité.
Quest-ce donc qui constitue, à proprement parler, l'œuvre caractéristique de la Théologie r* Le voici :
Prendre pour premier objet et principe de son travail les vérités contenues dans le Donné révélé, soit primitif, soit dérivé, je veux dire tel qu'il ressort des définitions de l'Église, le Dogme en un mot, — et se proposer d'en faire sortir par voie de déduction rationnelle, toutes les virtualités, toutes les conséquences, tous les rapports que soutiennent les vérités qu'il contient, soit entre elles-mêmes, soit avec les vérités rationnelles, toutes les aptitudes enfin à former une systématisation d'ensemble.
Ce n'est là, dira-t-on, que la théologie scolastique. Vous oubliez la théologie positive. — Je n'oublie rien, et je manifesterai tout à l'heure la place réservée dans cette description du labeur théologique à la Théologie positive, qui, pourvu qu'on ne la considère pas comme cantonnée dans ce point de vue phénoménal que dégagent la critique et l'histoire, est de la vraie et authentique théologie. A la vérité, la théologie positive, entendue dans son sens plénier, et la théologie scolastique ne forment pas dans le genre Théologie deux espèces distinctes et que l'on puisse séparer. Ce sont les parties intégrales d'un même tout spécifique. Si rudimentaire qu'apparaisse le raisonnement utilisé dans la théologie positive, il n'en existe pas moins : si sommaire que soit la part réservée au choix scientifique des documents dans la théologie scolastique, elle n'en est pas moins nécessaire K Une théologie scolastique qui ne débuterait pas par une théologie positive serait aveugle ; une théologie positive sans théologie scolastique pour relier ses éléments, la mettre en communication avec le monde des idées rationnelles, la défendre, serait une théologie paralysée ^. Une métaphysique,
1. ScHAEZLEP., Introd. ad S. TheoL, c. i, a. I, n. 4 qui cite Petau, Dogmata, Proleg., c. iv, n. 10. Cf. Revue Thomiste, janvier 1903, Cocox- MER : Positive ou spéculative.
2. Et c'est pourquoi l'ancienne Théologie ne connaissait pas la séparation des deux théologies, la positive et la scolastique. Saint Thomas dans les questions dogmatiques, commence toujours par établir soigneusement, avec les ressources documentaires et les procédés exégétiques dont il dispose, le positif de sa thèse. H est tels articles de sa Somme ihcologique qui se maintiennent dans les lignes de la théologie positive. Et ses inévitables sed contra, même dans les questions purement théologiques, sont toujours un rappel de cette base fondamentale. Dans l'article cité (P P., q. I, a. 8), le saint Docteur manifeste la raison qui rend cette élaboration du positif dépendante de la Théologie rationnelle, à savoir le caractère de métaphy-
science suprême, pour être complète doit elle-même se charger de la tâche scientifique qui regarde ses principes. Or, telle est la Théologie '.
Dans ces prolongements rationnels du Donné ré- Yélé, extrême aboutissant du travail théologique, dans ces affirmations de caractère scientifique, et qui ne font partie ni du dépôt primitif même implicite, ni de l'enseignement infaillible de l'Eglise, la vérité révélée se retrouve-t-elle encore? Constituent-ils pour elle une forme d'affirmation normale et valable en soi pour tous les fidèles, qui, par exemple, s'impose à leur respect, à leur obéissance, à leur étude de fidèles^ sinon à leur foi — qui enrichisse cette foi par de nombreux éclaircissements — qui. parfois
sique de celle-ci. Cano dans le Xll« livre de ses Lieux Théologiques, c. XII, tout en maintenant que le rôle spécifique de la science Théologique [cognitio per causas) est de prolonger la révélation en mettant en évidence ce qu'elle renferme d'implicite et de virtuel par des conclusious tliéologiques, mentionne la nécessité incombant au théologien de s'occuper des problèmes dans lesquels le principe même de la théologie, c'est-à-dire le positivement révélé, est mis en question (Cf. A. Gardeil, La notion du lieu théologique, p. 34). C'est annexer à la théologie rationnelle une partie positive. On voit donc que, sans contredire l'idée d'une théologie positive constituée en doctrine spéciale, il ne faudrait pas aller jusqu'à la séparation totale d'avec la scolastique. Il y a fonctions diverses d'une même essence : la théologie. La spécialisation n'a pour raison d'être que l'abondance actuelle des matériaux à élaborer positivement, et la complexité des méthodes scientifiques utilisées dans ce but. C'est un phénomène de division du travail. En droit et théoriquement, la métaphysique surnaturelle qu'est la Théologie étend son dom.aine aussi bien dans la région du positif que dans la région des déductions, laissant d'ailleurs à toutes les sciences qu'elle utilise, histoire d'un côté, logique de l'autre, leur fonctionnement normal et le libre jeu de leurs méthodes, sous la réserve des corrections et des approbations Anales d'après le critère supérieur du .Magistère ecclésiastique. Finalement, c'est la partie rationnelle qui donne la détermination spécifique ultime, car c'est elle qui réalise l'acte propre de la Théologie : déduire les conclusions des vérités révélées.