‹ Le donné révélé et la théologieChapitre 77 sur 130 · Summa theol., V P., q. I, a · texte numérisé non relu

Summa theol., V P., q. I, a

même, demande de la part de ceux qui ont pénétré la connexité de la conclusion et les principes un assentiment individuel, au fond de foi divine?

Si Non, la théologie n'a plus pour la foi qu'une valeur accidentelle et de curiosité. C'est de « l'extrinsécisme », comme Ton dit, d'un mot qui dans la bouche de ses inventeurs, lorsqu'il s'agit des choses religieuses, est la pire des condamnations.

Si Oui, la Théologie a pour la foi une valeur essentielle. Son objet spécificateur n'est pas, sans doute, le divinement révélé, mais c'est, selon l'énergique expression de saint Thomas, le divinement révélable, dwinitus revelahile. 11 n'y a entre l'objet de la foi et l'objet de la théologie qu'une différence dans l'état du révélé, ici l'état actuel, là le virtuel ^

On peut révoquer en doute cette homogénéité des conclusions théologiques avec le donné divinement révélé pour deux raisons, — en corrélation avec les deux éléments constitutifs de toute science, à savoir : le donné dont elle part, le procédé dont elle use pour exploiter ce donné.

Le donné théologique, dira-t-on, ne peut être le donné révélé cru de foi divine, et cela pour deux raisons : d'abord la théologie est une science humaine. Aucune science humaine ne prend son point de départ dans un donné humainement invérifiable 11 faut donc à la source de toute science humaine une évidence humaine. Nous devrons donc tout d'abord

1. Omnia quae sunt divinitus revelabilia communicant in una ratione formali objecti liujus scientia;. Summa theoL, I* P , q. I, a. 3; in corp. Cf. ad -2"™. Voir sur ce sujet la dissertation de Schaezler, De naturd theologix, spécialement a. H, n. G. Introd. in S. Theologiam, Ratisbonne, 1882, p. 13.

étayer en raison le donné révélé pour lui donner le caractère de donné scientifique que réclame la théologie, Tappuyer, par exemple, sur la science apologétique. En second lieu, la théologie, si elle est une science humaine, doit être une science exacte. Or, pour avoir ce caractère, il est nécessaire qu'elle détermine dune manière exacte les principes révélés dont elle part. La foi qui ne regarde que la question du salut, peut se contenter d'une détermination approximative : la bonne foi supplée, au besoin, la part manquante de vérité spéculative. Pour que la théologie soit une science exacte, il faut un inventaire intégral et précis, qui nécessite la mise à contribution de diverses sciences rationnelles, histoire, critique, linguistique, épigraphie pour ne citer que les principales. Mais alors, le donné théologique, conditionné d'une part par la science apologétique, d'autre part par les sciences que nous venons de nommer, n'est plus le donné révélé pur. C'est un donné naturel et scientifique, et la science théologique qui s'origine à un tel donné ne saurait prétendre à l'homogénéité substantielle de ses conclusions avec le donné révélé, puisque rhomogénéité fait défaut dans le point de départ lui-même. Les conclusions théologiques sont un sousproduit de l'industrie humaine.

Quant au procédé scientifique, il atténue, semblet-il, la valeur de la révélation que l'on suppose aux principes dont il part, d'abord, en raison de la certitude des lois logiques du raisonnement qui n'est pas du même ordre que les certitudes de la foi, — puis, en raison des propositions rationnelles qui seront fatalement utilisées, nombre de celles-ci d'ailleurs n'étant pas d'évidence commune, mais de valeur

probable ou d'origine systématique, — enfin, en raison précisément des différentes hypothèses qui seront fatalement à la clé de la coordination des preuves entre elles. Il ne semble pas vraisemblable qu'à l'issue d'une élaboration semblable, on ait encore affaire à du donné révélé. Pejorem semper sequitur conclusio partent.

Je n'ai pas essayé de dissimuler la force des objections. A quoi bon? Plus les deux cornes du taureau apparaîtront solides, plus nous gagnerons à en avoir raison. Seulement, au rebours des us et coutumes de tout bon toréador, je suis obligé de les saisir l'une après l'autre. A la première objection répond Tobjet précis de cette leçon : le donné théologique. A la seconde objection, répondront les deux suivantes : la science théologique, les systèmes théologiques. Enfin saint Thomas viendra montrer, par son exemple, comment on peut simultanément avoir raison des deux. Ce sera lui, si vous voulez bien, qui sera notre toréador.

LE DONNÉ THÉOLOGIQUfJ

Le Donné théologique, dans son acception la plus large, est constitué par le Donné révélé. Écriture et Tradition, pris dans le sens où l'entend l'Eglise et qu'elle a officiellement approuvé. Ainsi compris, il s'impose à toute théologie vraiment digne de ce nom, aussi bien à la « Positive )> qu'à la « Scolastique ». C'est dans ce sens que M^^ Mignot s'en est servi dans son Discours de Toulouse sur la Méthode de la Théologie, où, dit-on, il a, le premier, inauguré cette expression-.

Mais il est une acception plus étroite et plus formelle de ce vocable. « La Théologie, remarque justement M. Vacant, entendue dans son sens strict, a pour objet les conclusions théologiques, c'est-à-dire, non point les vérités révélées, mais les conséquences qui sont virtuellement contenues dans ces vérités et qui s'en tirent par déduction. Mais, pour arriver à la plupart de ces conclusions, il faut que le théologien se rende parfaitement compte de ce qui est contenu dans la révélation..., il faut qu'il en établisse solidement la révélation. » De là, pour le théologien sco-

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