‹ Le donné révélé et la théologieChapitre 88 sur 130 · Leçon vn · texte numérisé non relu

Leçon vn

2. Summa theol., I P., (j. I, a. 3, c. et ad 2™. — Comment. Cajetani. n. V, XIV.

tombé dans un esprit vivant d'être travaillé par lui indéfiniment. La réflexion qui va toujours s'approfondissant, les objections qui surgissent, la nécessité de tenir constamment au courant l'accord du donné acquis avec le progrès des vérités philosophiques ou même d'expérience, la perspective des synthèses qui unifieront le savoir proprement humain et le savoir d'origine surnaturelle, toutes ces causes, et d'autres encore rendent inévitables et, jusqu'à un certain point, nécessaires pour la foi et la révélation mêmes, une doctrine qui se proposera comme tâche propre de prolonger la lumière de la révélation vers la solution de questions que la révélation ne résout pas formellement, et de construire, en coordonnant ces solutions entre elles et avec les données révélées dont elles émanent, une science unifiée, qui sera la science théologique intégrale.

Le procédé déductif s'impose à ce genre de science. En effet, son donné est donné absolument, dans tous les sens du terme. L'expérience et la raison ne peuvent pas plus y ajouter qu'y retrancher, car il est surnaturel d'objet et dorigine. Il se peut que certaines preuves inductives soient utilisées comme arguments de secours; ou encore, s'il s'agit de cette induction élémentaire, que les anciens nommaient l'exemple, il se peut qu'elle intervienne pour illustrer par des analogies humaines, une notion ou une assertion de foi. Mais ces immixtions accidentelles n'ont pas de répercussion sur la marche générale du déploiement théologique. La théologie scientifique reçoit, dans le donné théologique immédiat, qui n'est plus pour nous qu'un autre nom du donné révélé, sa fourniture totale de vérité. Son rôle est de manifester ce qui s'y

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trouve implicitement ou virtuellement, dune manière en tout cas qui échappe à notre premier regard, à notre intuition directe. C'est affaire de syllogisme. Le regrette qui voudra : nous n'y pouvons rien; il faut faire son deuil de l'idée de théologie inductive, si réjouissante qu'elle puisse paraître. D'ailleurs, je ne sache pas que l'on ait prescrit contre la légitimité des sciences déductives. Toutes les sciences à principes ou à lois, comme la métaphysique, les mathématiques, les sciences juridiques sont déductives, et les sciences inductives elles-mêmes accordent une place, de plus en plus remarquée, à la déduction^.

Les résultats de la science théologique sont- ils encore homogènes à la vérité révélée, telle est la question que l'idée générale de ces leçons nous oblige présentement de résoudre.

Nous avons déjà répondu par l'affirmative en ce qui concerne le donné théologique qui lui sert de point de départ. Il s'agit maintenant de savoir si : a) les vérités rationnelles utilisées dans le raisonnement théologique, b) le procédé logique lui-même, c) les hypothèses auxquelles on fait appel pour unifier l'ensemble des solutions dans une doctrine systématique, ne rendent pas les conclusions de la science théologique hétérogènes à son donné; si, en présence des trois motifs que je viens d'énumérer, la théologie spéculative peut encore être considérée comme une forme d'affirmation authentique et valable du donné révélé lui-même.

1. Cf. FoLGiiERA, La di'-duction dans les sciences inductives, Revue thom., mars 18ÎK), p. 5, où sont cités à l'appui Cl. Bernard, Pasteur, Vailati, Goblol, de la Barre, etc.

Pour solutionner ce problème, nous devons distinguer tout d'abord entre systèmes théologiques et science théologique. Cette distinction n'est pas tranchée au couteau. A parler concrètement, il y a des éléments ou des parties systématiques dans la théologie la plus scientifique ; et il n'y a pas de système théologique sérieux dont quelques parties n'aient une valeur de science, — tout au moins celles qui touchent de plus près au donné théologique lui-même, et en sont comme solidaires. Notre distinction a une portée qualitative ; elle reconnaît des valeurs spécifiques différentes : ce n'est pas une classification matérielle de théologies concrètement existantes. Ceci réglé, je déclare que je n'ai pas aujourd'hui l'intention de réclamer le bénéfice de l'homogénéité des conclusions au donné révélé pour les systèmes, mais seulement pour la science théologique. Et j'estime que dans ces limites cette homogénéité ne fait pas de doute. Nous verrons dans la prochaine leçon si, et dans quelle mesure, on peut chercher à étendre le bénéfice de l'homogénéité aux systèmes proprement dits.

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