I. — L'introduction des propositions rationnelles
Reprenons, l'une après l'autre, les trois difficultés signalées plus haut. Leur examen partagera cette leçon.
L'obstacle, le plus directement opposé au maintien du caractère supérieur de vérité révélé dans les conclusions théologiques, semble venir de l'introduction de propositions rationnelles dans un très grand nombre d'argumentations théologiques.
On dira par exemple en théologie : Lorsqu'un être physique dans tout ce qui le constitue actuellement est changé en un autre être, il y a changement d'une substance en une autre ;
Or, dans la Consécration eucharistique, il y a changement de tout ce qui constitue le pain et le vin en corps et en sang du Christ ;
Donc, il y a transsubstantiation.
La mineure est impliquée dans la lettre même de la formule de l'Évangile : Ceci est mon corps, ceci est le calice de mon sang. C'est ainsi, d'ailleurs, que la comprend l'Église. Mais la majeure fait allusion à la théorie philosophique de la substance.
Que vaut la conclusion?
Ce que vaut, dira-t-on, la majeure utilisée. Or, elle appartient à une philosophie périmée; tout au plus a-t-elle une simple probabilité; et, en tous cas, elle est incapable, fût-elle apodictique, en vertu de son caractère de vérité humaine, de conduire l'esprit à une conclusion qui mérite autre chose qu'un assentiment de raison. Pejorem semper sequitur conclusio partejn.
Examinons les trois aspects de cette difficulté : philosophie périmée, simple probabilité, incapacité radicale des assertions philosophiques introduites dans les raisonnements théologiques à transmettre à leurs conclusions une valeur de révélation.
A. Les propositions rationnelles adoptées par la Théologie scolastique appartiennent à la philosophie scolâstique. Or « la scolastique a sans doute été à son heure la philosophie nouvelle, mais il y a six cents ans de cela, et aujourd'hui rien ne pourra faire
qu'elle ne soit pas la philosophie dïl y a six cents ans... Les philosophes contemporains ne veulent nullement proscrire la philosophie scolastique; ils savent très bien qu'elle fut à sa date la philosophie tout court... Mais ils ne sauraient accepter qu'on leur impose ce moment de la philosophie comme l'expression ne varietur de la vérité, comme la norme définitive et indiscutable de ce qui doit être à jamais pensé' ».
Nous avons déjà rencontré ces critiques à propos de l'expression du dogme en formules précises et scolastiques. La réponse que nous avons faite alors conserve ici toute sa valeur. Voici en substance cette réponse : Les propositions rationnelles utilisées par la théologie sont de deux sortes : les unes sont, en effet, de valeur transitoire et toute relative. Il n'est pas question d'édifier avec elles ce que nous avons nommé la science théologique. Ce serait verser dans le scolasticisme. Mais, sous ce vêtement de circonstance, il y a deux sortes de vérités qui ne sont d'aucune époque, et qui jamais ne dateront tant que l'homme se définira un animal raisonnable ; ce sont les vérités d'expérience universelle ou de sens commun expérimental d'une part, et d'autre part les notions et les principes de sens commun intellectuel en continuité avec l'analyse de l'être en tant qu'être. Inutile de répéter ici, ce que j'ai justifié ailleurs"^, pourquoi de telles vérités sont immuables, de redire pourquoi un fait vérifié une fois pour toutes acquiert comme une réalité éternelle, et comment, sous les formes contingentes qu'elle revêt, il y a m\Q philoso-