‹ Le donné révélé et la théologieChapitre 92 sur 130 · II. — L'utilisation du raisonnement déductif · texte numérisé non relu

II. — L'utilisation du raisonnement déductif

Mais une grave difficulté se présente. Vous ne pouvez empêcher, nous dit-on, que le fait même de raisonner (quand bien même il n'entrerait dans le raisonnement aucune proposition rationnelle et que toutes seraient des dogmes), que ce fait, dis-je, n'introduise un élément naturel, humain, qui diminue la garantie que le témoignage divin donne immédiatement aux seules vérités de la foi. Lorsque je donne mon assentiment à une conclusion théologique, si je le donne en raison de la révélation, je le donne

l. Il faut se souvenir ici de la conception que les anciens se font du serviteur. Sein^us instrumentum animatum, dit saint Thomas : ce qui signifie que le serviteur garde l'autonomie de tout ce qui fait sa vie, qu'il exige d'être utilisé non despotico sed politico pi-mcipatu. La raison, nous l'avons déclaré, et nous le déclarons encore, ne saurait servir véritablement la foi qu'en exerçant son acte propre en toute feincérité et loyauté.

aussi en raison de la connexion que je vois, des yeux de mon intelligence naturelle, entre la conclusion et les prémisses." Ce n'est plus du rationalisme, soit! mais c'est encore du logicisme, du dialecticisme. Or, le dialecticisme avec sa manie de déduire et, en déduisant, de s'éloigner du réel de saisie immédiate, est l'ennemi de la science sérieuse qui vise à établir des réalités. Appliqué aux réalités divines, un tel système a quelque chose d'irrespectueux et comme d'irréligieux. La révélation est faite pour être reçue dans l'adoration de la foi et non pour être livrée aux prouesses d(3 l'argumentation dialectique. C'est le vice fondamental de la théologie scolastique de s'épuiser dans des déductions qui, loin de rendre plus réel aux yeux de l'esprit le Divin dépôt, le font apparaître à la plupart comme un être logique et comme l'ombre de son ombre même.

Il faut reconnaître la part de bien-fondé que renferme cet acte d'accusation. L'histoire le justifie dans une mesure ^ . La manie raisonnante s'est emparée de la vérité essentiellement réaliste et religieuse de la révélation chrétienne et souvent en a fait un thème d'exercices logiques et de disputes où Thabileté dialectique, la solertia des anciens sophistes, les tours de force élégants et ingénieux, ont tenu plus de place que le souci de se rectifier mentalement sur la réalité. Et cet abus n'a pas complètement disparu. Toujours il existe des esprits portés à mettre en première ligne le côté formaliste des déductions théologiques ; il en est qui ne sont contents que lorsque, à

1. Nul n'a plus lopi(iuement instruit le procès du rationalisme et du dialecticisme théologique que le scolastique Melchlor Cano, Loci Iheol., 1. IX, c. I.

force de repliements souples et ductiles d'une pensée maîtresse dans Tart de varier ses effets, ils sont parvenus à éblouir l'esprit, à étonner leurs auditeurs. C'est ce vice que stigmatisait déjà saint Augustin : « Il en est, disait-il, qui triomphent de la rigueur des liaisons qu'ils établissent entre des assertions, comme si la connexité qu'ils démontrent constituait la vérité même des choses qu'ils aiïirment^ ». C'est évidemment là un abus, et il importe d'en dégager la vraie théologie.

N'allons pas cependant à l'autre extrême et ne prétendons pas bannir la dialectique de la science théologique.

Si saint Augustin concède que connexion n'est pas synonyme de vérité, et qu'en matière de vérité, c'est aux assertions, aux « sentences », comme il dit, qu'il faut avant tout regarder, il accorde le pouvoir de la logique lorsqu'elle est au service du vrai : « Une fois que vous avez des sentences vraies et certaines, dit-il, si vous parvenez à établir que d'autres propositions leur sont connexes, celles-ci deviennent certaines à leur tour - ». C'est la voix même du bon sens.

La seule chose qui fasse question en théologie est la nature de cette certitude des conclusions : est-elle surnaturelle comme la certitude du donné théologique? est-elle naturelle comme le travail logique qui contribue à l'asseoir dans l'esprit? est-elle, enfin, mixte, participant de la double nature de ses facteurs? C'est derechef toute la question de l'homogénéité de la vérité révélée sous la forme d'aflir-

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