‹ Le donné révélé et la théologieChapitre 93 sur 130 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

mation que constituent pour elle les conclusions théologiques.

La solution dépend de l'idée que l'on sera amené à se faire du rôle propre du discours logique dans l'acquisition de cette certitude : est-il la cause de l'assentiment que l'on donne à la vérité des conclusions? ou n'est-il qu'une condition indispensablement requise pour que nous soyons informés de cette vérité ^ ?

Suivant que l'on se prononcera pour l'une ou l'autre alternative, la conclusion théologique sera regardée comme hétérogène ou homogène au donné révélé.

Qu'est-ce donc qu'être cause, et qu'est-ce qu'être condition de la vérité d'une conclusion? Un exemple courant et classique va nous le faire entendre. (Il en est des exemples comme des pièces de monnaies usagées : ce sont les meilleures). Un ambassadeur présente ses lettres de créance; elles sont en règle; il est admis à faire la communication dont il est chargé. Il est clair que l'ambassadeur n'est ici que la condition indispensable pour faire connaître d'une manière autorisée ce dont il s'agit : la cause réelle de l'assentiment du destinataire à l'objet de sa mission, ce n'est pas sa parole d'ambassadeur, c'est la parole du chef d'État qui l'envoie : c'est à cette parole souveraine que se réfère et se proportionne la confiance accordée au message.

Cette distinction sert, en apologétique, à expliquer

i. J'emprunte cette solution de la question à Schaezler, Introd. in S. Theologiam, c. i, a. 2, n. 2; a. 3, n. 14-21, qui lui-même se réfère à Suarez, De fide, disp. III, sect. Il, n. 5.

comment on peut émettre un acte de foi surnaturel à la parole de Dieu, sur la présentation du message divin par un prophète qui s'autorise de motifs de crédibilité dont la vérification est affaire de raison naturelle. Cette présentation n'est que condition de lassentiment; elle n'en est pas cause. On peut dire que cette distinction commande, d'une manière générale, toute communication de vérité qui ne peut s'opérer que par voie d'intermédiaire. Nous ne l'inventons donc pas pour les besoins de notre cause. Lui est-elle applicable? Oui.

La vérité des conclusions théologiques, en effet, n'étant pas formellement contenue dans le donné théologique, demande, pour que nous puissions lui donner notre assentiment, à être mise à la portée de notre intelligence par l'intermédiaire du raisonnement. Si le raisonnement est rigoureux, il se passe quelque chose de ce qui a lieu, lorsque les titres de créance d'un ambassadeur sont en règle, lorsque le prophète appuie sa parole de signes divins, démonstratifs de sa mission. Mais le raisonnement le plus rigoureux ne saurait faire l'inclusion de la conséquence qu'il tire dans les prémisses qu'il suppose : celle-ci, si elle existe, existe de soi, et le raisonnement n"a d'autre rôle que de la manifester. 11 n'est donc pas cause, à proprement parler, de la vérité de la conclusion, mais seulement cause de sa proposition autorisée à l'esprit. La véritable cause de la vérité de la conclusion, c'est qu'elle est d'avance préformée et renfermée dans des prémisses vraies.

Il en résulte que la certitude de l'assentiment donné à une conclusion comme conclusion, c'est-àdire comme résultant d'une inférence correcte et

rigoureuse, diffère de la certitude de rassentiment donné à la çèrilè contenue dans cette conclusion. Le premier assentiment est conditionné par sa cause prochaine, le raisonnement rigoureux, et par suite est substantiellement naturel. Le second ne trouve sa raison justificative que dans la vérité intrinsèque de la prémisse dans laquelle la vérité de la conclusion est initialement renfermée; et, en théologie, cette prémisse étant surnaturelle, ladhésion à la vérité de la conclusion pour elle-même, indépendamment du moyen par lequel on en a été informé, est surnaturel comme Tadhésion au donné théologique lui-même. Entre le donné théologique explicite et la vérité explicitée dans la conclusion, il n'y a originairement que la différence du ré\>élè au rèvèlable *. C'est dire qu'envisagée à ce point de vue, la vérité de la conclusion est certaine, d'une certitude fondée, en définitive, sur la révélation et non point d'une certitude naturelle; que, partant, elle est homogène au donné théologique et, par lui, au donné révélé.

L'est-elle absolument? Si l'assentiment à la conclusion, comme conclusion, pouvait abstraire de la vérité surnaturelle des prémisses, ayant ainsi une valeur purement dialectique; ou encore, si l'assentiment à la vérité de la conclusion comme vérité, pouvait ne pas tenir compte du discours par lequel cette vérité s'est fait jour dans l'esprit du théologien, nous aurions deux sortes d'assentiments théologiques, l'un purement naturel, l'autre purement surnaturel. Dans

Page 1