Apparition du Pontmain, p
des Pèlerinages 47
cun selon leurs mérites, l'un de maladie et l'autre de mort. Avis aux renverseurs de plateaux !
Le même mandement, qui consacrait l'apparition du Pontmain, annonçait naturellement aux fidèles « le dessein d'élever un sanctuaire en l'honneur de Marie sur le terrain même au-dessus duquel Elle avait daigné apparaître ». Ainsi, la Vierge n'a même plus besoin de parler pour se faire entendre. Elle apparaît ; tout le monde a compris : elle veut un temple.
Grâce au chaleureux concours de la presse religieuse, le temple demandé est aujourd'hui construit. Il n'est pas seulement construit, il est classé. Dans les réclames de pèlerinages, le nom du Pontmain vient en troisième. A la remorque de Lourdes et de la Salette, le nouveau sanctuaire privilégié ne peut manquer de faire florès. Dès le début, d'ailleurs, ses miracles ont été productifs :
« Dans le courant de l'été 1871, se mourait, dans les environs de Saint-James, petite ville du diocèse de Coutances, un digne père de famille, atteint de cette affreuse maladie appelée communément la petite vérole, qui exerçait alors ses ravages dans ce pays. On attendait sa mort d'un moment à l'autre... »
Que faire? se vouer à Notre-Dame du Pontmain, c'était une idée ; mais était-elle suffisante ? Le malade comprend que non ; aussi :
« Il fit encore vœu de donner une somme d'argent,
5oo francs, je crois, pour aider à l'érection du sanctuaire qu'on avait déjà le projet d'ériger en l'honneur de Notre-Dame. Immédiatement après cette promesse, un mieux sensible semanifestadansrétatdumalade,et, quelques jours après, il était complètement rétabli '. »
Guérison instantanée, le pied retiré du tombeau moyennant cinq cents francs, c'est pour rien. Il ne me semble pas moins que, lorsqu'une manifestation céleste aboutit à des résultats aussi prosaïques-, pour tous les esprits sains elle est jugée.
Les sanctuaires privilégiés se multiplient non pas seulement par voie d'imitation, mais aussi par voie de reproduction. Quelques-uns d'entre eux comptent de nombreuses succursales. Dans un endroit quelconque, on installe la statue-type ou, mieux encore, on établit un simulacre de l'emplacement où la Vierge a manifesté qu'elle voulait être honorée, et cet endroit quelcouque devient, par transmission, privilégié lui-même. Les faveurs dont jouit l'Église mère lui sont, à peu de chose près, dévolues.
C'est surtout depuis le succès de Lourdes que ces fac-similé sont devenus abondants. Quelques rocailles, un peu de mousse, une statue, des robinets, et... un tronc sont des éléments très faciles à réunir, et qui ne demandent pas, pour être combinés, de grands efforts d'architecture. Tout le monde a pu voir de ces réduc-