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Petits Bollandistes, 1. Vil. y

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avec l'espoir d'obtenir en sa faveur une dérogation aux lois de la nature. Le malheur passé, ceux qu'il a épargnés, tout à leur satisfaction personnelle, ne font nulle difficulté de témoigner hautement d'une protection extraordinaire. Les victimes, généralement absentes, gardent sur ce point leur opinion pour elles.

Il n'est pas douteux que les désastres accumulés par la guerre de 1870-1871 n'aient prodigieusement servi le mouvement clérical dont la France offre aujourd'hui l'étonnant spectacle. Quand on sait combien de saints et de Notre-Dame ont été solennellement remerciés pour avoir couvert de leur protection notre malheureux pays pendant l'époque sinistre de l'invasion prussienne, on en reste confondu, et peu s'en faut qu'on ne vienne à se demander qui, des Prussiens ou de nous, a réellement triomphé. Si la Bretagne n'a pas été envahie, ne doutez pas qu'elle ne le doive à sainte Anne d'Auray, et, si l'ennemi s'est arrêté sur les confins du Poitou, que sainte Radegonde n'en soit la cause. Les Prussiens auraient d'ailleurs incendié, pillé, ravagé la Bretagne et le Poitou, que le clergé local ne serait pas davantage embarrassé de déclarer la protection évidente. Si meurtrier que soit un combat, il faut toujours qu'il cesse à un moment donné. C'est le moment où la protection se sera manifestée. Le i5 janvier 1 871, on se battait d'une furieuse manière à Alençon :

« Inutile, dit le Pèlerin, de décrire la terreur apportée par les sons retentissants des canons et des

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mitrailleuses, par l'incendie qu'alimentait le pétrole, par le feu nourri,, serré, de la fusillade étendant sur le sol rougi nos malheureux soldats, La consternation était générale. Tous les cœurs étaient navrés. L'ennemi avait résolu le bombardement de la ville, et il l'exécutait si bien que dans la paroisse principale, située à un kilomètre du lieu du combat, on ne put continuer sous les bombes et les projectiles enflammés une inhumation commencée.

» Quelle puissance détourna les ravages des obus qui tout à coup devinrent inoffensifs ! Quelle voix commanda- à l'ennemi de s'arrêter lorsqu'il avait la volonté bien ferme de continuer? Quelle main s'étendit sur la ville pour la bénir et la préserver des affreux malheurs qui la menaçaient? »

Ne cherchez pas. Cette main était évidemment celle de Notre-Dame de Lorette. Pourquoi la Notre-Dame d'un sanctuaire suburbain plutôt que la Notre-Dame de la cathédrale, patronne naturelle de la ville? Ne cherchez pas.

« Le duc de Mecklembourg, entrant à la préfecture, (c'est le Pèlerin qui reprend la parole), déclarait ne pas s'expliquer lui-même pourquoi le bombardement

avait cessé. »

C'était cependant assez facile à comprendre. Après une journée de combat, les francs tireurs de Lipowski, et quatre mille mobilisés de l'Orne et de la Mayenne

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qui tenaient Alençon avec lui, désespérant de défendre la place plus longtemps, s'étaient retirés sur Saint- Denis pendant la nuit1. Et le duc de Meckiembourg ne pouvait pas comprendre comment il entrait dans Alençon sans coup férir au matin !

Mais ce qui surpassait le duc de Meckiembourg était tout simple pour un certain nombre d'Alençonnais. L'auteur de la cessation des hostilités avait nom pour eux Notre-Dame de Lorette. Aussi le Pèlerin ne s'étonne-t-il pas qu'on songe à la remercier :

« Nous étonnerons- nous si, deux ans après, le i 5 août 1873, la ville entière, dans une éclatante manifestation, accourait se consacrer à' Marie dans son sanctuaire restauré avec goût, rendu à une vénération croissante, ouvert aux pèlerins qui y viennent déposer, avec leurs ex-voto, leurs prières2. »

C'est à merveille. Avouez pourtant que, si Notre- Dame de Lorette avait empêché tout d'abord « le pétrole d'alimenter l'incendie » et « le feu nourri de la fusillade d'étendre sur le sol rougi nos malheureux soldats», la protection eùi été autrement manifeste. Mais il ne faut pas trop demander au ciel à la fois. Le clergé, qui le sait, se montre d'une rare composition

1. « Le gcncral Lipowski, dit le général Chanzy, ne voul int pas exposer Alençon aux conséquences d'une lutte dans la ville, se décida à se mettre en retraite par la route de Prez-en-Pail. » La Deuxième Année de la Loire, in-8°, p. 363.

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