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LES RELIQUES

Division des reliques. — La partie réputée pour le tout. — Vérification difficile. — Les prétendues « reconnaissances ». — Le chapitre des méprises. — Reliques mêlées. — Reliques en double. — Les ossements disputés. — Transactions à 'l'amiable. — Singuliers partages. — Les échanges. — Entraînements du fanatisme. — Les faux en matière de reliques. — La ferveur poussée jusqu'au vol. — Difficulté d'enlever les reliques qui s'y refusent. — Reliques marquant leurs lieux d'élection; — se livrant à la pantomime. — Châtiments publics pour des reliques changées de place. — Les images et statues miraculeuses. — Aperçu de leurs faits et gestes. — Les Vierges noires. — Notre-Dame qui pleurent et qui transpirent. — Les attouchements.

Plusieurs fois déjà, nous avons été amené à parler accidentellement de reliques ; il est temps deconsacrer un chapitre à cet accessoire obligé de tout sanctuaire à miracles. Si le mystique Sacré-Cœur et l'envahissant

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saint Joseph ont pris le premier plan dans nos temples, les reliques n'en jouent pas moins dans la dévotion moderne un rôle considérable. Nous venons de voir, dans le chapitre qui précède, Mgr de Verdun recommander lui-même à son clergé l'usage des châsses contre la sécheresse, et M. le curé de Montsalvy nous apprendre comment il tient de petits fragments de saint Bernard à la disposition des femmes enceintes. On nous a recommandé le cor de saint Flour pour la guérison des sourds, l'anneau de saint Loup pour rendre la vue aux aveugles, etc. Nos sanctuaires regorgent de ces menus talismans et plus encore de toute sorte de fragments de défunts dont on s'est partagé les morceaux. L'un a pris la tète, l'autre une jambe, l'autre un bras. Quand il ne reste plus qu'une côte pour les derniers, ils se la partagent encore. Une dévotion plus ardente que respectueuse fait fendre, briser, voire scier tous ces débris. Un vieil inventaire des reliques de Notre-Dame de Chartres, dit, en mentionnant un chef de saint Matthieu :

« On a scié au bas du crâne, par derrière, plusieurs morceaux pour donner à des personnes de grande qualité. »

On ne soupçonne pas ce qu'un os, dûment concassé, peut arriver à donner de morceaux. Un dé à coudre renfermera assez de parcelles pour servir cinquante amateurs ; si les parcelles sont un peu plus fortes, elles prendront le titre de parcelles considérables. En

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suivant la gradation, un morceau gros comme une noix se qualifiera déjà de belle relique. Du reste, tète, omoplate, fémur, clavicule, vertèbre, et même parcelle, ont comme amulette une puissance égale. Le clergé reconnaît à tout fragment de relique, quelle qu'en soit la taille, la même valeur qui pouvait être attribuée à la relique entière. C'est un excellent système pour que les reliques dont un morceau viendrait à être distrait ne perdent rien de leur efficacité.

« De même que le saint des saints, nous dit Mgr. Gaume, est tout entier dans chaque parcelle de l'hostie consacrée, de même la vertu du martyr réside tout entière dans la moindre portion de ses reliques *. »

Cette théorie explique, dans certains cas au moins, la multiplication extrême des reliques du même saint, et l'Eglise n'a pas toujours tort quand elle se défend de vénérer dans douze ou quinze endroits la même partie désignée d'un saint corps. La vérité est que les sanctuaires, désireux de donner plus de relief à la relique qu'ils possédaient, ou voyant cette relique à travers les verres grossissants de l'enthousiasme, ont fort contribué à donner prise aux railleries des incrédules. Tel qui n'avait d'un saint qu'une phalange, se targuait d'en posséder le doigt; tel qui en possédait le doigt disait qu'il en avait la main, et tel qui en gardait la main la baptisait orgueilleusement de bras,

1. Les Trois Ronie, par Mgr Gaume, protonotaire apostolique. Paris, Gaume et Duprey, 1864, gr. in-18, t. IV, p. 426.

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si même il n'en faisait pas, par excès de zèle, un corps entier1. De là un immense tohu-bohu qui, se compliquant d'innombrables reliques supposées ou inventées, rend toute restauration de personnage complet, partant de vérification impossible.

Pour établir un relevé approximatif, il faudrait que tous les sanctuaires qui possèdent ou ont possédé des reliques eussent eu la précaution d'en dresser le bilan avec le même soin qu'y a- apporté l'église de Nolay au diocèse de Nevers :

« Un os frontal de saint Jean-Baptiste pouvant avoir cinq ou six centimètres de long.

» Un os du bras de saint Jacques, apôtre, cinq centimètres.

» Une partie d'os de la jambe de sainte Juliette, dix centimètres.

» Une côte de saint Apollinaire, évêque et martyr, huit centimètres.

» Une rotule du bras de saint Trohé, abbé, quatre centimètres, etc.-. »

i. « Ces expressions : telle église possède, honore le corps, le bras, la tète de tel saint, de tel martyr ne signifie pas que cette église possède réellement le corps, la tête, le bras entier du saint ou du martyr. Pour l'ordinaire, elles indiquent seulement qu'elle en possède une partie. En usage dans les premiers siècle: manières de parler, où l'on prend la partie pour le tout, sont pleines d'un sens profond : elles montrent que la vertu du saint est tout entière dans la moindre partie de ses reliques. » Gaume.

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