Petits Bollandistes, t. V, p
temps du jésuite Fcrrand (Disquïsitio reliquiaria) , c'était une explication suffisante des fractions de saints en double et en triple. On est devenu plus difficile aujourd'hui.
Au nombre des pièces provenant de l'ancien chapitre de la cathédrale, les archives de la préfecture de Chartres conservent une correspondance originale échangée, en 1699, entre le chanoine Etienne, gardien du trésor de Notre-Dame et un de M. de Rotrou-Thoisy, capitaine de chevau-légers en garnison à Tournai. Le chanoine y insinue à son jeune compatriote que, si le corps de saint Piat est vénéré en même temps à Chartres et à Tournai, ce peut bien être par un cas de réduplication extraordinaire ; mais le capitaine de chevau-légers n'entend pas de cette oreille-là.
« Quoi qu'il arrive, répond-il un peu cavalièrement au bon chanoine, je ne conviendrai jamais que le vrai saint Piat soit celui de Chartres... Ainsi, monsieur, je ne vous passe point la réduplication extraordinaire '. »
Comme les personnes qui croient à la réduplication extraordinaire sont extrêmement rares, même en dehors des chevau-légers, on a dû se mettre en nouveaux frais d'imagination pour expliquer les reliques en double. Le système en vigueur aujourd'hui consiste à supposer
1. Le Trésor de Notre-Dame de Chartres, rapport sur les archives «.le l'ancien chapitre de la cathédrale de Chartres, par A. de Santeul. Chartres, Garnier, 1841, in-8", p. 58.
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que, si l'on montre plusieurs corps du même saint, c'est qu'il y aura eu probablement plusieurs saints du même nom. Ainsi Sora, en Italie, et Arcy, au diocèse .de Soissons, se vantant- toutes deux de posséder sainte Restitute, on conclut : « Rien de plus simple : il ne s'agit pas de la même sainte Restitute.»
De même la tête de saint Athanase conservée à Semblançay appartiendrait à un saint Athanase qui n'aurait rien de commun avec le saint Athanase dont la tête est conservée au monastère de Valvenère en Espagne.
« Ils ne peuvent la prouver, dit le père Papebroch; c'est pourquoi je me range plus volontiers à l'opinion d'Antoine Yepès, qui affirme que cette tête n'est autre que celle d'un religieux nommé Athanase qui fut cuisinier en ce couvent *. »
Mais il est bon de remarquer que les habitants de Semblançay, eux non plus, ne peuvent fournir en faveur de leur tête aucune preuve. Mgr Guibert, qui a reconnu l'authenticité de ce chef en 1867, dut se borner à faire valoir que la «tradition populaire » qui tient lieu de tout témoignage historique, « n'était pas dénuée de fondement ». Comme attestation, c'est laible. Du reste, le prélat s'en est tiré selon la formule ordinaire en se bornant à reconnaître non pas que la tête était précisément celle d'Anathase le Grand, mais