Le Pèlerin, 1" année, p
appliquer ensuite sur les membres malades. Rien n'est plys populaire que ce pèlerinage '. »
Le plaisant est que le sanctuaire de Notre-Dame de la Certenne nous est donné comme ayant été substitué à un oratoire païen, dans le but de « déraciner de grossières superstitions 2 ».
Les images miraculeuses ne se divisent pas comme les pieux ossements en une infinité de morceaux. L'un n'en prend pas le bras droit, l'autre le bras gauche, le torse n'en est pas brisé, fendu, pulvérisé de façon à multiplier au profit d'une multitude de sanctuaires ou de particuliers les sources de prodiges; mais elles jouissent, concurremment avec les reliques, de la merveilleuse propriété de transformer en autant de sousfétiches les objets qu'on en approche. Nous avons déjà signalé dans Y Arsenal de la Dévotion ces amulettes -qui doivent toutes leurs vertus au contact avec un objet sanctifié ou passant pour tel. Ce sont des croix, des chapelets, des paroissiens, des médailles, le premier objet venu, un bijou, un ruban, une feuille de papier, un chiffon que le fidèle se trouve avoir sous la main à l'approche de l'image ou de la châsse. On
i. Petits Bollandistes, t. V, p. 147.
2. Ces grossières superstitions consistaient à honorer sur le même emplacement trois daines, fées ou déesses, dont la première passait pour guérir la lièvre, la seconde pour donner du lait aux nourrices, et la troisième pour délivrer des maux d'yeux. Il n'est pas sans intérêt de comparer ces « superstitions grossières > aux « pieuses dévotions » dont regorge notre précédent chapitre.
des Pèlerinages 235
ne saurait douter de l'idée qui s'attache à ces fétiches quand on les voit toucher à la relique « pour les appliquer ensuite sur des membres malades ».
Le cas n'est pas particulier à Notre-Dame de la Certenne, dont le sanctuaire a été créé dans le but de déraciner de grossières superstitions. Nous l'avons mentionné plusieurs fois à propos de divers saints; nous en pourrions citer maint autre exemple.
Les religieuses des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie de la rue de Picpus ont une statue miraculeuse vénérée sous le vocable de Notre-Dame de la Paix.
« On aime, dit le Pèlerin, à en recevoir l'imposition sur la tête ; on en baise les pieds avec' dévotion, on y fait toucher des linges qu'on applique ensuite aux malades '. »
Notons, pour mémoire, qu'en allant frotter des objets à l'image miraculeuse, aussi bien qu'en allant la baiser par vénération, il est d'usage de lui laisser sa petite offrande. Les jours de pèlerinage au sane- Ituaire de Notre-Dame-des-Vertus, à Périgueux :
« On place la divine image sur un petit trône, à la ; portée des fidèles, afin qu'ils puissent satisfaire leur dévotion en baisant le corps du fils et les vêtements de la mère. On remarque quelques endroits où la pierre est usée par les lèvres des pèlerins. Ce témoignage de la piété populaire est très-Iréquent; chacun veut passer
i. Le Pèlerin. iro année, p. 1092.
à son tour pour regarder attentivement la douce image, la baiser et faire ensuite son offrande. Enfin on ne manque pas de faire toucher à la madone des objets de piété qu'on conserve avec soin '. »
Au point de vue des offrandes, l'image miraculeuse de Notre-dame-de-Marceille, près Limoux, paraît devoir compter parmi les privilégiées :
« Les fidèles se pressent autour de la niche pour y baiser la statue vénérée. Le riche et le pauvre y rivalisent d'offrandes. Les dons consistent d'ordinaire en pièces de monnaie d'or et d'argent. Ces scènes si touchantes ne se produisent pas seulement le jour de la nativité de la Vierge, les dimanches et tout le mois de septembre ; elles se renouvellent avec moins d'éclat sans doute, dans tout le cours de l'année... Dès sa promotion à l'évêché de Carcassonne, Mgr de la Bouillerie manifesta une dévotion particulière à ce pèlerinage 2.»
Une autre cérémonie dont les reliques et les images miraculeuses sont l'objet, consiste à passer sous le brancard qui les supporte.
« Après la messe, on se presse encore autour des reliques (celles de saint Léonard en Danois); une foule remplace une autre foule. Chacun passe dévote-*
i. Petits Bollandistcs, t. X, p. 586.