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Le Vénérable Benoit-Joseph Labre, 1. Il, p. ->i<j

Lois, un décret du 6 août 1861, contresigné de Forcade et Rouland, ainsi conçu :

« Napoléon, par la grâce de Dieu et la volonté nationale, empereur des Français, etc.

» Avons décrété et décrétons ce qui suit :

» Art. ier. Il est ouvert à notre ministre secrétaire d'État de l'instruction publique et des cultes sur l'exercice 1 86 1 , un crédit extraordinaire de dix mille francs (10,000 francs), pour concourir aux frais de la béatification du bienheureux Labre.

» Art. 2. Il sera pourvu à cette dépense au moyen des ressources accordées par la loi du budget de 1861.

» Art. 3. La régularisation de ce crédit sera proposée au Corps législatif, conformément à l'article 2 1 de la loi du 5 mai 1 855.. .

» Fait au palais de Saint Cloud, le 6 août 1861. »

Quand on pense que ces dix mille francs, versés pour la glorification suprême d'un pouilleux mystique, au nom de la patrie de Voltaire et de Rabelais, ne sont qu'une goutte d'eau dans l'abîme des canonisations romaines, on reste confondu.

L'auteur d'un Traité de la canonisation, auquel Mgr Guérin a donné asile dans ses Petits Bollandistes, prétend expliquer ainsi l'énormité des sommes demandées :

« Les dépenses sont grandes, il faut en convenir; mais c'est un frein nécessaire pour réprimer mille

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demandes indiscrètes dont l'Église romaine serait accablée.

Après quoi, il ajoute aussitôt :

« Loin de regarder ces contributions avec des yeux avides, on voit au contraire, depuis longtemps, la cour pontificale travailler efficacement à la réduction de ces droits, qu'elle ne peut retrancher entièrement à ses officiers. »

Or, ces deux arguments se contredisent. La cour pontificale ne saurait éprouver en même temps le besoin d'abaisser ses tarifs par désintéressement et celui de les tenir, élevés pour opposer aux demandes en canonisation un frein nécessaire. Le seul frein admissible, puisqu'il en faut un, consisterait à provoquer soimême les canonisations et à ne pas admettre de candidats payants.

« Dans les informations, continue le pieux auteur qui tient à faire valoir le désintéressement du Saint- Siège, les juges n'ont jamais aucun salaire; ceux des notaires greffiers sont taxés pour chaque feuille de grosse, et on a réglé jusqu'au nombre de mots et de syllabes qu'elles doivent contenir. Le promoteur, pensionné par le pape, a de plus pour son honoraire, un ducat d'or par chaque séance ; les procureurs, les avocats consistoriaux et les imprimeurs sont taxés de même. Le sous-promoteur a pareillement sa rétribution fixe de trente ducats pur chaque doute.

» Les cardinaux et les consulteurs ne reçoivent plus de présents ; on leur donne seulement un portrait du saint, on leur fournit en argent la chape de camelot rouge qui leur est due, comme le rochet, le surplis, et les livrées aux autres prélats, officiers et domestiques de la cour du pape.

» On donne à la sacristie du Vatican cinq cents ducats pour une béatification ; mille, pour une canonisation ; des présents aux avocats consistoriaux, aux secrétaires des brefs et à d'autres. Mais, pour éviter l'embarras inséparable de ces distributions, on en charge un homme de confiance qui sait les droits et les usages.

» Il faut payer les tapisseries, les échafauds et les peintures dont l'église est ornée le jour de la fête; les principales vertus et les miracles les plus éclatants y sont représentés. Les tableaux sont dévolus au chapitre du Vatican, de même que tous les restes d'une multitude infinie de bougies qu'il faut prodiguer pour l'embellissement de la Basilique; on fournit encore tous les ornements qui servent à la messe pontificale : ils doivent être précieux et le Saint- Père en fait présent à quelque église de Rome. Enfin, on orne splendidement la confession des saints Apôtres. La pompe d'un si beau jour exige qu'on répande l'or et l'argent à pleines mains1. »

La difficulté, pour le plus grand nombre, de répandre l'or et l'argent à pleines mains, explique de

i. Petits Bollandistes, t. XVII, p. 46.

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reste pourquoi les canonisations sont rares. Afin que le personnel des nouveaux saints n'en souffre pas, le Saint-Siège a heureusement imaginé de mettre en exploitation réglée les corps que plusieurs générations de fidèles ont accumulés dans les Catacombes. De même que le Cornwall a ses mines d'étain, Charleroi ses mines de charbon, Agrigente ses mines de soufre, dont les produits vont de toutes parts alimenter l'industrie, Rome, elle, a ses mines de saints où s'approvisionne la dévotion des deux hémisphères.

Il n'est personne qui ne connaisse, de réputation au moins, les sombres labyrinthes qui, percés dans le tuf tout autour de Rome, sont arrivés à former une ceinture de quartiers souterrains à la ville des Césars. On n'a pas retrouvé moins d'une cinquantaine de ces catacombes, dont quelques-unes à plusieurs étages. Leurs voies, généralement étroites, se développent sur une étendue approximative de douze cents kilomètres, toutes tapissées du haut en bas de cases mortuaires ou loculi, donnant asile à quelque six millions de corps : un stock de squelettes comme il n'en existe nulle part. Deuxcatacombes israélites ont été également retrouvées à Rome. C'était des juifs, en effet, que les chrétiens tenaient ce mode de sépulture. Pendant fort longtemps, l'une et l'autre des deux sectes, entre lesquelles les païens faisaient peu de différence', y ensevelirent leurs morts dans la plus complète sécurité.

i. « Pour les païens, c'était une même secte ridicule, turbulente et digne tic la haine universelle. » (Jaume, les Trois Rome, t. IV, p. r.ir .

« Pendant les deux premiers siècles, dit l'auteur de Rome souterraine, les chrétiens creusèrent et décorèrent librement leurs catacombes. Personne ne songeait à y mettre obstacle *. »

Il est hors de doute que les Romains, beaucoup plus tolérants en matière religieuse que certains écrivains ne voudraient le laisser croire, n'ignorèrent ni l'existence ni l'usage des catacombes. D'après les auteurs catholiques eux-mêmes, les chrétiens y descendaient tous les jours en grand nombre pour célébrer les saints mystères. On concilierait mal avec l'idée d'une persécution continue, dans une grande ville pourvue d'une importante police, et ce mouvement quotidien de fidèles et les immenses travaux que le percement de tant de couloirs souterrains ont dû réclamer. Les catacombes étaient d'ailleurs si bien connues des païens, qu'à l'époque où l'action politique et sociale des chrétiens rendit contre eux les persécutions violentes, l'autorité leur en interdit ou leur en restitua tour à tour l'accès. C'est ainsi que par édit les catacombes furent fermées de 257 à 260 et de 3o3 à 3i 1, ce qui donne à peu près en tout une période d'une dizaine d'années.

Il est assez curieux d'observer que pendant ces dix ans, qui correspondent aux seules époques de persécution sérieuse, on ne put ensevelir dans les cata-

1 . Rome souterraine, résumé des découvertes de M. de Rossi, dans les catacombes romaines, traduction Allard, d'après Spencer Northcote et Brownlow. 2* édit. Paris, Didier, 187a, in-8°.

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combes qu'avec difficulté, tandis que, pendant quatre siècles environ, avant et après le triomphe définitif du christianisme, tous les chrétiens y allaient occuper à l'envi d'innombrables loculi. On peut par là se faire une idée de la proportion pour laquelle figurent les martyrs dans les catacombes. Quant à donner des chiffres approximatifs sérieux, nul ne serait assez hardi pour le tenter, vu les ténèbres profondes qui obscurcissent toutesJes questions historiques relatives à ces sépultures.

La science archéologique qui s'est escrimée depuis trois siècles, et souvent avec un rare succès, sur les énigmes des Catacombes ne résoudra jamais celle-ci d'une façon probante : « A quoi reconnaître le corps d'un martyr de celui du premier venu? » Il y aurait sans doute une manière bien simple d'esquiver la difficulté. Elle consisterait à n'admettre pour martyrs que les défunts que leur épitaphe dénonce comme tels ; mais ces épitaphes sont rares et l'Église romaine, très avide de corps dont elle puisse faire des reliques, n'y trouverait point son compte.

Les tombes de vrais martyrs sont d'autant plus rares aujourd'hui que ce sont les premières sur lesquelles s'est jeté le zèle trop peu modéré des chercheurs d'ossements. L'archéologie moderne déplore les pertes irréparables que des fouilles faites au hasard par des gens sans goût pour l'art, sans souci pour l'histoire, ont causées à la Rome souterraine. L'autorité ecclésiastique concédait moyennant finances à de pieux explorateurs le droit d'y fureter dans les tombes, comme elle

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leur eût concédé un droit de chasse sur des terres à elle appartenant.

« Elle laissa des mains inexpérimentées, dit Fauteur de Rome souterraine y entreprendre des fouilles sans ordre, sans surveillance, sans plan arrêté... Les inconvénients d'une telle exploitation frappèrent plus d'une fois les souverains pontifes; nous voyons Clément VIII, Paul V, Urbain VIII interdire à diverses reprises les excavations et révoquer toutes les concessions précédemment accordées. "A partir d'Urbain VIII, on ne connaît plus d'exemples de fouilles faites dans un but pieux par des particuliers. A Clément IX remonte la réglementation aujourd'hui en vigueur. La recherche des reliques cesse d'être une entreprise particulière pour devenir le privilège et l'attribution propre de l'autorité ecclésiastique *. »

Le Vatican entretient aujourd'hui tout un personnel spécial tant en vue de l'extraction que de la conservation des ossements tirés des Catacombes. La haute direction appartient au cardinal-vicaire qui porte toujours le titre d'évêque de Porphyre. Il a pour premier lieutenant le prélat sacriste du palais apostolique, lequel a sous ses ordres un nombre d'ecclésiastiques égal à celui des quartiers souterrains et qu'on appelle députés des Catacombes. Ce sont eux qui dirigent et surveillent les fossoyeurs. Quand un

i . Rome souterraine, p. r i .

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corps a été relevé en présence du haut personnel, il est déposé à la custode, où il attend que la sacrée Congrégation des Reliques ait prononcé sur son sort.

« Ce sanctuaire auguste, dit Mgr Gaume, est comme le quartier général des martyrs sortis des Catacombes. Là, ces héros, ces héroïnes de la foi primitive attendent les ordres du vicaire de Jésus-Christ pour aller porter aux églises des différentes parties du monde le triple secours de leur présence, de leurs exemples et de leurs prières. A chaque départ, on inscrit, sur des registres publics, le nom du martyr, le nom de la personne, du diocèse, de la ville, de l'église qui en est gratifiée. De cette manière, si l'authentique particulier dont on a soin d'accompagner toujours le corps du martyr vient à s'égarer, on peut infailliblement en obtenir un nouveau '. »

Les papes n'ontpas toujours apporté dans les fouilles qu'ils faisaient exécuter eux-mêmes autant de précautions. C'est par masses forcément un peu confuses, que certains d'entre eux ont extrait de la Rome souterraine de prétendus corps de martyrs pour en enrichir les églises.

Au vne siècle, Boniface IV en fait déjà transporter au Panthéon « une multitude », pour employer l'expression de Mgr Gaume. 4,300 martyrs sont récoltés d'un coup par saint Pascal, en faveur des églises de

i. Les Trois Rome, t. IV, p. 499.

2Ôo Le Dossier

Rome, comme le témoigne une inscription qu'on peut lire à Sainte-Praxède. De la catacombe Saint-Sébastien, on a tiré un chiffre de corps fabuleux. Tous les locuii y sont vides.

« La piété catholique, dit Mgr Gaume, a retiré de leur demeure souterraine ces légions immortelles de béros et d'héroïnes, la couronne et le boulevard de F Église militante. Placées aujourd'hui dans des temples magnifiques, sur des autels étincelants d'or, de jaspe, d'albâtre et de pierres précieuses, elles attendent, au milieu des hommages de l'univers, le jour du réveil général pour aller prendre leur place d'honneur dans l'Église triomphante, dont elles seront le plus- bel ornement l. »

Une inscription, placée au seuil de cette catacombe, porte à cent soixante-quatorze mille le chiffre des martyrs qui y reposaient et qui, placés aujourd'hui dans des temples magnifiques, sur des autels étincelants d'or, etc.. Malheureusement, l'auteur de Rome souterraine, explique comme quoi c'est par suite d'une confusion que l'inscription figure en cet endroit, aussi bien qu'une autre de Guillaume, archevêque de Bourges, invitant les pèlerins à vénérer la tombe de sainte Cécile.

a Ce témoignage de piété, dit-il, est aujourd'hui déi. Les Trois Rome, t. [V, p. [68.

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pouillé de toute valeur historique ; la seule lecture des anciens documents suffit à en montrer l'erreur, et les découvertes des vingt dernières années confirment de tout point le témoignage si clair et si explicite des vieux pèlerins, en achevant de détruire la confusion établie au moyen âge entre le cimetière de saint Sébastien et celui de Calliste \ »

Veut-on une autre preuve de la légèreté qui a présidé aux premières exhumations, on la trouvera à la page 529 du même volume, qui n'est rien moins qu'hostile aux idées catholiques. Je connais peu de situations plus plaisantes que celle du père Marchi, découvrant, en 1845, dans la catacombe d? saint Hermès, le corps de saint Hyacinthe, que l'église San-Giovanni , à Florence, croyait posséder depuis le xvie siècle, en compagnie de celui de saint Protus. Si cruelle que fût l'évidence, il fallut bien s'y rendre. Des recherches les plus consciencieuses, il résulta clairement pour le père Marchi que, depuis des siècles, on vénérait à San-Giovanni un saint qui ne s'y trouvait pas. Il serait curieux, je ne dis pas étonnant, que la dépouille de saint Hyacinthe, quoique absente, eût cependant produit de nombreux miracles 2.

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