Les 'J'ruis Rome, t. IV, p
des Pèlerinages 265
même temps dans l'étude de l'archéologie sacrée, qui ont réfuté, soit dans des écrits, soit dans des. livres, que la fiole de sang dut être regardée comme le signe indubitable du martyre1. »
Quand des personnages d'une si haute érudition, des savants dont la sacrée Congrégation elle-même reconnaît la compétence exceptionnelle, se déclarent contre la signification donnée à la fiole dite de sang, nous pouvons bien avouer à notre tour un peu d'incrédulité.
M. de Rossi, le dernier et le plus illustre explorateur des Cataeombes, celui dont l'opinion pourrait sur cette question faire autorité, s'abstient prudemment d'en souffler mot. Si Ton songe d'une part quel archéologue consciencieux est M. de Rossi, d'autre part, avec quelle satisfaction le Vatican, qui édite les travaux de M. de Rossi, lui verrait émettre une opinion favorable, le silence de ce savant paraîtra tout à fait significatif.
Mais, tandis qu'il se tait sur le prétendu vase de sang, voici ce que nous lisons dans la Rome souterterraine, où se trouvent résumés ses travaux.
« Des anneaux, des médailles, des lampes de terre cuite ornées d'emblèmes chrétiens, un petit nombre
i. « At nostris hisce diebus alii supervenere Viri eruditione aeque pollentes, et in sacrae archeologias studiis valde periti, qui vel scriptis, vel etiam voluminibus cditis adversus Phialam sanguineam utpote indubium Martyrii signum decertarunt. » Les Trois Rome, t. IV, p. 481.
d'ustensiles de diverse nature, ont été découverts ou se découvrent encore de temps en temps dans les cimetières souterrains. On les trouve toujours encastrés dans le mortier des loculi où les fixa, au moment de l'inhumation, la main d'un parent ou d'un ami du mort, qui voulait lui donner un témoignage d'affection et se réserver les moyens de reconnaître sa tombe. Dans un petit nombre de cas, des instruments de supplice ont été enterrés à côté d'un martyr ; beaucoup des objets que Ton montre sous ce nom sont d'une authenticité douteuse. » (P. 403.)
Si toute sorte d'ustensiles, plus ou moins authentiques, se trouvent ainsi encastrés, à la façon des fameuses fioles, dans la marge des loculi, allez donc distinguer le récipient à sang du premier récipient venu, laissé là à titre de souvenir! Et ceux qui, comme Mgr Gaume, voient dans la tache formée par la chaux qui retient l'objet, un signe de reconnaissance des sépultures de martyrs, ne devront-ils pas abandonner cette première illusion ?
« A côté d'un grand nombre de loculi, dit ce prélat, on trouve un vase de sang placé extérieurement au tombeau. Il est incrusté dans une petite ouverture pratiquée dans le tuf de la galerie et fermée par une légère couche de chaux dont la couleur blanche devait, dans le principe, se détacher vivement de la teinte grisâtre du tuf granulaire. D'autres loculi sont accompagnés d'une palme, gravée à la hâte sur la chaux qui
des Pèlerinages 267
cimente la pierre tombale ou taillée plus lentement dans la pierre tumulaire. Enfin, il en est qui présentent tout à la fois le vase de sang et la palme '. »
A la seule lecture de ces lignes, apparaît le manque absolu de méthode dans le placement des prétendus signes du martyre. Tel loculus serait marqué d'une palme, tel autre désigné par un vase; ailleurs, on trouverait joints les deux signes. Mgr Gaume explique ces inconséquences par la précipitation; mais cet argument, dont il abuse au cours de son livre, est vraiment trop commode.
Pour nous en tenir au vase, puisque la sacrée Congrégation fait abandon de la palme, au moins devraiton, s'il avait la même signification partout, le retrouver près de toutes les tombes où la mention du martyre est inscrite au long, détail qui paraît exclure la précipitation. Or, il n'en est rien.
« On les a rencontrés, dit Mgr Gaume, près d'un grand nombre de tombeaux qui appartiennent certainement à des martyrs. »
Près d'un grand nombre, ce n'est donc pas près de tous. Pourquoi cette inconséquence ? Et, d'ailleurs, il importerait de s'assurer si tous ces vases ou mieux toutes ces fioles ont vraiment renfermé du sang. Mgr Gaume s'évertue à rappeler les exemples de chré-