‹ Le dossier des pèlerinages, suitè de L'arsenal de la dévotionChapitre 91 sur 117 · PAX TE | CUM FI | LUMENA · texte numérisé non relu

PAX TE | CUM FI | LUMENA

Les autres supposent que fi est le commencement du mot fiât, dont la seconde syllabe aurait été perdue par suite de la dégradation du monument. Dans ce cas il ne serait pas bien sûr que le nom de Philomène fût Filumena.

Pour mettre d'accord les faiseurs de suppositions, la sainte a raconté elle-même, dans une révélation après coup, que ses parents, lors de sa naissance, l'avaient appelée Lumena, lumière, et que, lors de son baptême, elle avair reçu le nom de Filumena.

Cette révélation, qui a suivi d'une trentaine d'années la découverte du corps dans les Catacombes, est une des inventions les plus grotesques qu'on puisse imaginer. La sainte, déplorant que le monde ne connût pas un traître mot de son histoire, serait venue raconter successivement les épisodes les plus marquants de sa vie à un jeune artisan d'abord, puis à un bon chanoine, puis à une religieuse de Naples. La version du bon chanoine suffirait à révéler le degré d'aberration que l'imagination dévote peut atteindre.

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« Je me promenais un jour dans la campagne, dit ce prêtre, quand je vis venir à moi une femme qui m'était inconnue. M'adrcssantla parole, elle me demanda s'il était bien vrai que j'eusse exposé dans mon église un tableau de sainte Philomène? Je lui répondis que oui, et qu'on ne lui avait raconté que la vérité; sur quoi elle ajouta : « Que savez-vous de particulier sur » cette sainte ? » — Peu, assez peu, n'ayant pu jusqu'ici connaître son histoire que par ce que nous en apprennent l'inscription et les symboles dépeints sur sa tombe. Je les lui expliquai assez brièvement. Mon récit terminé, elle reprit avec vivacité : « Vous ne savez » rien davantage?— Non. —Oh ! dit-elle, il y a poury> tant une infinité de choses à dire de cette sainte. Et » si les mondains mêmes les entendaient, assurément » ils seraient ravis dans l'étonnement! Vous connais- » sez cependant la cause de sa persécution et son cruel » martyre? —Non plus. — Eh bien, prêtez-moi atten- » tion, et je vais vous l'apprendre.

» La vierge Philomène, à laquelle vous avez voué » un culte de vénération et d'amour qui est fort » agréable au Seigneur, n'endura de si grands tour- » ments que pour avoir refusé d'unir sa destinée à » celle de Dioclétien qui la voulait épouser. Le motif » de son refus fut le vœu qu'elle avait fait de rester » toujours vierge par affection pour Jésus-Christ. » Je lui demandai si elle était bien assurée de ce qu'elle avançait, et si elle ne prétendait point me surprendre, sachant peut-être que je désirais si vivement être instruit de ce qui concerne, l'histoire de la sainte. « Ou

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» donc avez-vous lu ces choses, lui dis-je, car depuis » longtemps nous cherchons inutilement des détails » sur cette sainte. Dites-moi quel est le livre qui vous » a donné cette connaissance et tout ce que vous me » racontez ? — Quel est le livre qui m'a appris cela ? » répliqua-t-elle avec gravité et comme toute surprise, » oh ! c'est bien à moi qu'il faut adresser une sem- » blable demande. Est-ce que je peux ignorer ce qui » me concerne ! Croyez bien que je ne vous trompe » point et quejenevou,s raconte que ce dont je suis » certaine *. »

« Nous nous abstenons de tout commentaire, i> dit l'auteur à qui j'emprunte ce récit. S'abstenir était bien ce qu'il avait de plus sage à faire.

La version du bon chanoine n'ajoutait encore que peu de détails à la version un peu obscure du jeune artisan. Dans sa révélation à la religieuse de Naples, Philomène, qui prend goût à la narration, rédige décidément ses mémoires. En voici le début :

« Ma chère sœur, je suis fille d'un prince qui gouvernait un petit État dans la Grèce, sous la tutelle de Rome. Ma mère était aussi de sang royal, et comme ils se trouvaient sans enfants, l'un et l'autre, encore idolâtres, ilsoffraientcontinuellcmentàleurs fauxdieux, pour en avoir, des sacrifices et des prières. Un méde-

1. Vie nouvelle du curé d'Ars et de sainte Philomène, vierge et martyre, par J. Darche. Paris, Palmé, i865. in-18, p. 324.

cin de Rome, nommé Publius, aujourd'hui en paradis, vivait dans le palais et était au service de mon père. Il faisaitprofessiondu christianisme. Voyant l'affliction de mes parents et vivement touché de leur aveuglement, il se mit, par l'impulsion de TEsprit-Saint, à leur parler de notre foi, et alla jusqu'à leur promettre une postérité, s'ils consentaient à recevoir le baptême. La grâce, dont ces paroles étaient accompagnées, éclaira leur entendement, triompha de leur volonté ; et, s'étant faits chrétiens, ils eurent le bonheur si désiré dont Publius avait promis que leur conversion serait le gage1... »

Nous ne jugeons pas nécessaire de pousser plus loin la reproduction de cette ineptie. Philomène y raconte à la religieuse de Naples comment, à treize ans, ayant offert depuis deux ans déjà sa virginité à Jésus-Christ, il ne lui était plus possible d'en disposer en faveur de Dioclétien, que ses parents voulaient lui faire épouser (p. 44) ; et encore comment, jetée en prison par son farouche adorateur, elle y recevait tous les jours sa visite et le voyait se livrer contre elle à des attaques « dont quelques-unes, sans la grâce de Dieu, auraient pu devenir fatales à sa virginité » (p. 45). On ne dit pas de quelle oreille la religieuse de Naples écoutait ces révélations scabreuses ; mais il est probable que tout était pour le mieux, puisque ces révélations ont reçu

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