‹ Le dossier des pèlerinages, suitè de L'arsenal de la dévotionChapitre 92 sur 117 · Petit, p · texte numérisé non relu

Petit, p

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l'approbation du saint-siége1 et qu'on les donne à méditer aux petites filles, afin qu'elles aient à modeler leur vie sur celle de la bienheureuse. Il est à craindre que cette lecture ne leur donne pas toujours une notion très exacte des devoirs filiaux et des devoirs humains. Que penser, par exemple, de ce passage où les parents en larmes, se traînant aux pieds de leur fille, lui crient : « Ma fille, aie pitié de ton père, de ta mère, de ta patrie, de nos sujets ; » ce à quoi Philomène répond : « Non, non, Dieu et la virginité que je lui ai vouée avant tout, avant vous, avant ma patrie. Mon royaume, c'est le ciel. »

Cette narration, toute parfumée d'une odeur de. sacristie, n'a au fond d'autre but que de mettre en action plusieurs signes que l'on a reconnus ou cru reconnaître sur la pierre tumulaire. L'un de ces signes, qualifié de lys par une imagination complaisante, a fourni le thème de la virginité. Un ornement vague, qualifié de fouet, a servi de point de départ à un récit de flagellation; une ancre, à un récit d'immersion dans le Tibre; enfin deux flèches,' au récit d'un double supplice analogue à celui de saint Sébastien : jolie série de tortures dont se serait jouée la vierge de treize ans et auxquelles on joint, pour couronner le martyre et compléter la collection, une décollation finale que la pierre a oublié de mentionner.

1 . « Ces révélations doivent inspirer la plus grande confiance, car elles ont reçu l'imprimatur du tribunal du Saint-Office à Rome, en date du 20 décembre 1 833, et l'on sait que ces approbations ne se donnent pas à la légère. » Petit, p. 3g.

Comment une existence si bien remplie est-elle restée dans un si complet oubli? Comment le nom même de Philomène n'était-il pas parvenu jusqu'à nous avant cette révélation précieuse? Serait-ce, comme on nous l'affirme, afin que la gloire de Philomène se fît jour avec d'autant plus d'éclat qu'elle aurait été plus longtemps ignorée.

* Voilà, je n'en doute pas, dit l'auteur de VHistoire du culte de sainte Philomène, pour quelle raison le souverain maître a permis que la gloire de cette vierge incomparable demeurât si longtemps couverte du voile de l'oubli... La Providence, qui a ses heures dans la vie des peuples comme dans celle des hommes, réserve à chaque siècle, comme à chacun des besoins de son Eglise, un protecteur et un modèle qui leur distribue la grâce en rapport avec leurs nécessités présentes. » (P. 10.)

Donc les nécessités présentes exigeaient impérieusement l'apparition de sainte Philomène ; n'en doutez pas, c'est un fait acquis :

« Avant d'apparaître avec tant d'éclat sur la scène du monde, l'angélique vierge reçut, au haut des cieux, sa mission de Jésus-Christ. « Il me semble voir, s'écrie y> un pieux auteur, il me semble voir ce Roi des rois, » à qui son père donna toute puissance, la distinguer, « au milieu de l'assemblée des saints, par un regard » de particulière complaisance, d'amour et de prédi-

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» lection. Il l'appelle auprès de son trône : Va, lui » dit-il, je t'ai choisie ; et je veux te placer dans le » champ de mon Eglise, comme une semence nouvelle » destinée à la féconder. Va, tu me rapporteras les » fruits que ma. main te prépare; que la solidité en » augmente pour moi la saveur (?). La vierge entend; » son apostolat commence. Il est comme la lumière » tirée soudainement de dessous le boisseau. » (P. 11.)

Le corps de Philomène fut découvert en 1802. Il était depuis trois ans relégué au fond de la custode, lorsqu'un prêtre de Mugnano (province de Naples) jeta sur lui son dévolu. On donnait le choix à ce prêtre entre douze corps sans nom « dont on lui présentait la liste ». Pour sortir d'embarras, ce bien avisé choisit le treizième corps, qui était celui de Philomène. Le bon prêtre ignorait que les corps de nom propre ne se donnent qu'à des princes ou à des évêques ' et non à de petites gens comme lui. Grande fut sa déconvenue lorsqu'il se vit renvoyer aux douze corps de seconde catégorie.2 Afin de le consoler, un prélat romain fit porter à son hôtel le corps de sainte Ferme; mais sainte Ferme était encore une innomée; on

1. Vie très complète de sainte Philomène, par Jean Darche. Paris, Périsse, 1876, in-18, p. yo.

2. « Non-seulement il ne put se décider à donner une préférence à l'un des douze corps qui lui étaient offerts en échange, mais encore il ne put pas même se résoudre, après s'être longtemps efforcé de surmonter sa répugnance, à en tirer un au sort. » L'Echo de Sainte Philomène, in-8*, juin 1872.

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l'avait jugée ferme à vue de nez, de même que Generosus avait été deviné généreux. Le prêtre de Mugnano, qui avait le juste mépris des corps sans nom, tint bon pour Philomène et il fit bien. Il avait pour ami Mgr de Césarée. En sa qualité d'évêque, monseigneur avait des chances d'obtenir Philomène. Il se la fit délivrer et l'offrit au prêtre de Mugnano, lequel n'eut rien de plus pressé que de lui céder en échange la malheureuse sainte Ferme dont les voyages et les rebondissements subséquents nous sont malheureusement inconnus. Tous les détails de cette odyssée se trouvent rapportés de la façon la plus bouffonne dans VÉcho de sainte Philomène.

Le prêtre de Mugnano ne se mettait pas plus tôt en route avec sa précieuse conquête que déjà la sainte commençait à faire des siennes. Il avait été convenu entre le prêtre et l'évêque, compagnons de route, que le coffre où reposaient les ossements de Philomène serait placé en évidence sur le devant de la voiture.

v. Le maître de poste qui s'était chargé de l'arrangement des bagages — c'est l'Echo de sainte Philomène qui parle — posa les deux châsses sous le siège, celle de sainte Philomène à droite, du côté où l'évêque devait s'asseoir et celle de sainte Ferme à gauche. « Les » choses ainsi- faites, nous dit dom François, je dus » monter le premier dans la voiture pour aider en- » suite monseigneur, qui avait une forte corpulence. » Avec mon secours il put monter aussi et nous nous .» assîmes, recevant les adieux d'un cercle d'amis...

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» Mais voici qu'un miracle s'opère, qui manifeste » combien la religion catholique a raison d'honorer » les reliques de ses serviteurs fidèles, qui ravive notre » foi dans leur patronage et nous démontre en même » temps la gloire et les grands mérites de notre sainte » martyre. »

» A peine assis, monseigneur ressent des secousses et se relève, disant tout naïvement au maître de poste qu'il a dû mal assujetir la châsse, qui vient battre ses jambes. On examine, on s'assure que la châsse est solidement fixée, et monseigneur se rassied ; mais le même phénomène se reproduit. Nouvel examen qui prouve que la châsse est à une certaine distance des jambes de dom Barthélémy et ne peut les atteindre. Pres'sé de partir, monseigneur reprend sa place, mais force lui est de se relever encore, car il ressent les mêmes coups. C'était bien un miracle que la sainte opérait pour rappeler la promesse qui lui avait été faite de la mettre sur le devant de la voiture et sous les yeux des deux voyageurs. Immédiatement il est répondu à ses désirs. »

Dès le premier instant, la future héroïne de tant de brochures trahissait le fond de son caractère qui est de ne jamais perdre une occasion de se faire mettre en évidence. Ce n'était du reste qu'un prélude.

« A quelques milles, entre Sesse et Capoue, nous causions paisiblement de choses ecclésiastiques, raconte encore Dom François, lorsque les chevaux, je ne

sais comment, précipitèrent la voiture dans un fossé profond le long de la route. Ils furent tués et le conducteur blessé à mort ; mais la chaise de poste fut intacte -. »

Le rédacteur de ['Echo de sainte Philomène appelle cela un trait « de la toute-puissante protection » de la sainte. On trouvera peut-être qu'en fait de protection, il n'est pas difficile. Or, cette protection ne devait pas s'arrêter là. D'innombrables pages ne me suffiraient pas pour esquisser les miracles, tous plus stupéfiants les uns que les autres, dont Philomène marqua sa route et dont elle continua l'ébouriffante série dans son sanctuaire de Mugnano. Le bruit s'en répandit bientôt jusqu'à l'étranger. Une dévote demoiselle de Lyon se mit en route, sous la Restauration, tout exprès pour aller constater le pouvoir de la nouvelle sainte, et revint rapportant triomphalement — il serait curieux de savoir à quel prix ' — un t fragment considérable » de ses os. Ce fragment concassé a fourni un certain nombre de parcelles, plus ou moins importantes, qui sont allées enrichir les nouveaux sanctuaires de sainte Philomène : à Fourvières, à Ars, à Thivet, à Neuville-sur-Seine, à Sempigny, etc.

Le curé d'Ars est certainement celui qui a le plus contribué au succès de Philomène. Cet halluciné célèbre la nommait « sa chère petite sainte ». Dans des excès de familiarité singuliers, il lui arrivait de la

t. L'Écho de sainte Philomène, Paris, in-8% août 1872.

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« gronder », non point parce qu'elle tardait à exaucer les vieux de ses clients, mais, au contraire, parce qu'elle les exauçait trop. Le curé Vianney a été jusqu'à constater publiquement quatorze miracles en une semaine.

« Jamais peut-être, dit un biographe de Philomène, une sainte du paradis ne fut plus prompte à écouter favorablement la prière d'un mortel ici-bas. Que de guérisons extraordinaires se sont opérées au village d'Ars ! Le nombre en est incalculable. Le vénérable curé se plaignait parfois que la sainte les multipliât trop ; il la conjurait donc de vouloir bien aller faire ses miracles plus loin, ils lui attiraient trop de monde1. »

A l'église Saint-Gervais, à Paris, saint Gervais s'est depuis longtemps laissé distancer de beaucoup par sainte Philomène. L'origine de ce nouveau culte dans l'ancien sanctuaire est ainsi racontée :

« Des époux pleurant une longue stérilité adressèrent leur prière à l'angélique Vierge, dont la naissance était venue récompenser la foi de ses parents. Ils firent une neuvaine en son honneur et promirent de donner son nom à l'enfant qu'elle voudrait bien leur obtenir du Ciel. L'année suivante, leurs vœux furent enfin exaucés; Dieu leur donna un fils qui reçut au baptême les noms de Marie-Joseph- Philomène 2 »

i. Petit, p. 85.

:. Petit, p. 104.

Singulière idée de solliciter d'une si jeune personne la faveur d'avoir un enfant ! Mais devant la réussite, il n'y a qu'à s'incliner. Les heureux époux possédaient une parcelle provenant du fragment rapporté de Mugnano parla dévote personne de Lyon. Ils en firent deux morceaux, dont l'un, donné à Mgr de Quélen, alla enrichir le sanctuaire de Sempigny, tandis que l'autre était offert à la vénération des fidèles dans l'église Saint-Gervais.

Au diocèse de Langres, le curé de Saulles, qui possède aussi une relique de Philomène, a pu se la faire expédier de Rome sur une demande par écrit :

« Nos prières ont été exaucées. Sur la fin de la neuvaine, on m'accordait à Rome les reliques demandées, avec l'authentique en bonne et due forme, et daté du ier décembre i836. Elles furent adressées à l'évêché. Mgr me manda d'aller chercher moi-même mon trésor; j'y cours gaudens et exultans, et je le reçois à genoux des mains de Sa Grandeur, après l'avoir baisé1. »

Comment, en i836, se faisait-il, à Rome, distribution des reliques d'une sainte dont Mugnano possédait le corps depuis i8o5 ? S'il fallait approfondir de semblables détails, on n'en finirait pas 2.

i. Petit, p. 157.

1. Il semble qu'en s'adressant directement à Rome, les solliciteurs d'un certain rang obtiennent assez facilement toute espèce de fragment de saint dont ils peuvent souhaiter la posses-

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Ces parcelles sont, pour la plupart, enfermées dans un corpo santo, ce qui multiplie les images fantaisistes de la sainte. J'ai déjà parlé de ces figures de grandeur naturelle, quelquefois en carton pâte, plus souvent en cire. Le saint y est représenté sous des traits d'une beauté mièvre, dans une pose théâtrale, couvert d'oripeaux de soie, de galons et de bijoux en strass. Ce simulacre humain, que rehausse l'éclat d'un costume inaccoutumé, apparaissant couché derrière une glace, dans un demi-jour favorable, au pied d'un autel, est fait pour impressionner les bonnes gens dont la plupart ne doutent pas qu'ils n'aient sous les yeux le saint luimême, admirablement conservé. Dans le creux de ces

sion L'ex-impératrice Eugénie ayant demandé au saint-père, en i858, un morceau de sainte Anne, le reçut par le retour du courrier, avec cet authentique signé du cardinal vicaire du Vatican :

« Nous attestons et nous certifions à tous et à chacun de ceux qui ces présentes verront, que nous, pour la plus grande gloire du Dieu tout-puissant et la vénération de ses Saints, nous avons reconnu ces saintes parcelles des os de sainte Anne, mère de la bienheureuse vierge Marie, recueillies dans des lieux authentiques (?), ex authenticis locis extradas, et les avons révérencieusement placées dans un reliquaire d'argent de forme ovale, garni d'un seul cristal bien clos et cerné d'un lien en soie rouge, scellé de notre sceau, et nous les avons délivrées avec faculté de les conserver pour soi, de les donner à d'autres, de les transporter hors de la ville et dans quelque église, oratoire ou chapelle publique que ce soit. »

On ne pouvait spécifier plus nettement que le propriétaire du prétendu morceau de sainte Anne expédié était libre d'en faire absolument tout ce qu'il lui plairait. Les Gloires de sainte Anne d'Auray, par l'abbé E. Bernard. Paris, Douniol et Lecoffre, 1869, in-18, p. 1 36.

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figures de cire on dépose les reliques, à moins que leur exiguïté n'oblige à les présenter dans un petit reliquaire extérieur. On conçoit combien tout cet appareil relève l'importance d'une parcelle qui pourrait tenir quelquefois dans un noyau de cerise.

« Au pied de l'autel de sainte Philomène à Ars, dit l'auteur de VHistoirê du culte de sainte Philomène, on croit jouir de la présence de la sainte, tant la pose du corps est naturelle et virginale... Les visiteurs du magnifique sanctuaire ne peuvent se lasser de contempler la chaste image de la thaumaturge, doucement endormie sur un lit de velours, dans une urne d'or et de cristal. Une robe d'argent semble la revêtir d'innocence; les broderies d'or qui l'émaillent symbolisent ses nombreuses et éclatantes vertus. Une chlamyde de pourpre, insigne du martyre, ajoute une nouvelle splendeur à la beauté de la vierge, dont la taille est légèrement serrée par une ceinture de soie, fermée par une agrafe de topaze. Un diadème d'or et de pierreries couronne le front candide de la thaumaturge; des bracelets ornent ses mains virginales; des bandelettes de diamant ont servi à lui façonner une riche chaussure; des pierres précieuses forment deux splendides rosettes fixées sur l'une et l'autre épaule, pour simuler des agrafes et retenir la chlamyde ; d'autres bijoux sont semés çà et là sur le corps comme autant d'étoiles scintillantes. » (P. 96.)

Le corpo santo de Mugnano n'est pas costumé

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avec moins de luxe; mais il faut ajouter cette particularité que l'ouvrier chargé de cette œuvre d'art, ne l'ayant pas doué d'assez de charmes naturels, la sainte, dont on sait l'amour-propre, a pris soin de rectifier elle-même la figure de cire qui pouvait laisser au public une idée défavorable de sa personne.

« Le corps figuré dont on avait recouvert les ossements de sainte Philomène était trop petit; le coloris du visage et la mauvaise disposition des dents offraient un aspect disgracieux; l'attitude que l'ouvrier avait donnée à la sainte n'était pas assez décente. La châsse était aussi de dimensions trop étroites. Mais qu'y faire, après que tout était fini et tous les plans arrêtés pour la translation du saint corps ? »

Qu'y faire? Rien. Avec Philomène, n'est-on pas toujours rassuré sur l'avenir !

« Un matin, quelques étrangers ayant demandé à voir le saint corps, on trouva la situation de la sainte tout à fait changée. La chose paraissait incroyable; mais les témoins ne pouvaient se récuser. Ils avaient vu naguère le saint corps étendu et ses genoux élevés présentant la forme d'un angle; et ils voyaient ceux-ci reposant avec décence sur le petit matelas placé audessous ; tandis que le reste du corps, se soulevant, offrait l'image d'une jeune personne assise, les yeux fermés et comme plongés dans un doux sommeil. Le bras droit avait aussi changé de position. La flèche qui

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tournait auparavant la pointe vers le cœur fut trouvée placée en sens inverse. Même changement du côté gauche. Le bras qui soutenait le lys et la palme s'était élevé, en proportion de l'élévation du corps et de la tête ; et cette nouvelle disposition avait dégagé une partie de la robe de pourpre, qui, en devenant visible, rendait l'aspect de la sainte plus gracieux. Pour qu'il ne manquât rien à cet ensemble de prodiges, le visage lui-même avait perdu ses premiers traits, et s'était singulièrement embelli ; de plus, Dieu, voulant glorifier sa servante, fit croître des cheveux dans les tresses de soie dont on avait couvert la tête de la statue. Ces cheveux voilaient l'épaule gauche et flottaient çà et là avec une élégante légèreté l. »

« Plus tard et à différentes reprises, ajoute une note, les vêtements grandirent en proportion du merveilleux accroissement du corps. Ce sont de ces cheveux et de ces vêtements miraculeux que nous voyons présenter à la vénération des fidèles, avec l'approbation de l'autorité ecclésiastique, dans les sanctuaires dédiés à la thaumaturge. »

Tout ceci ne donne encore qu'une faible idée des prodiges dont Philomène s'est plu à stupéfier le monde des dévots. Je ne dirai rien des innombrables merveilles qu'elle a opérées dans l'ordre thérapeutique ; il y faudrait consacrer trop de pages. Les malades gué-

i. Petit, p. 55.

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ris à la suite d'invocations ou de neuvaines, ou par application d'images et de reliques de la sainte, ou par friction avec l'huile qui brûle devant ses autels, la multiplication même de cette huile dans les godets pour fournir à des besoins plus nombreux ', sont autant de faits qui nous sortiraient peu d'ailleurs du programme accoutumé. Tout au plus mentionnerai-je le caractère trop intéressé de certaines cures, par exemple, lorsque le curé d'Ars fait savoir à son collègue de Thivet que la guérison qu'il demande ne lui sera accordée a que s'il fait honorer la thaumaturge dans sa paroisse» (p. 139); et encore lorsque la sainte ne se décide à sauver un malheureux en danger de mort que sur la promesse d'un autel en marbre (p. 3y). L'humeur peu endurante de Philomène, qui nous est déjà connue par l'aventure des coups dans les jambes, achève de se révéler, quand on la voit frapper de cécité un prêtre qui hésite à lui ouvrir un nouveau sanctuaire (p. 68) ; et précipiter le départ pour l'autre monde d'un opulent égoïste qui ne veut donner d'argent pour l'une de ses chapelles que par testament 2.

Cette magnifique histoire figure, en compagnie de quelques autres, sous la rubrique : « Quelques traits

1. « Il y eut des multiplications plus merveilleuses encore, telles que celles des images de la sainte martyre et des livres écrits en son honneur. Il arriva qu'au lieu de deux cents exemplaires qu'on avait reçus, on en distribua jusqu'à cinq cents. Plus on donnait, plus le petit magasin se trouvait abondamment fourni. > Petit, p. 63.

2. Vie de sainte Philomène, Toulouse, Resplandy, in-32, p. 38.

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de juste sévérité exercés par sainte Philomène. » Philomènc, sainte sévère mais juste, a heureusement de meilleurs moments. Par exemple, si l'on a flatté sa vanité en donnant son nom à un enfant, elle s'en montre très reconnaissante. Quand les petites Philomènes sont malades, elle vient les visiter, elle leur apporte des douceurs ; à l'occasion même elle leur restitue les membres qu'elles ont perdus :

« Cette espérance ne fut pas vaine. Deux jours après la fête de la sainte, Philomène recouvra le doigt qu'elle avait perdu. Ce n'était pas le même d'auparavant qu'on avait porté au cimetière, mais un autre, et, quoique proportionné au reste du pied, il était facile de reconnaître qu'il se trouvait là par une opération extraordinaire \ »

a Si on voulait raconter tous les prodiges qu'elle opère dans ce sanctuaire béni, dit à propos d'Ars un de ses panégyristes, il faudrait un bien gros volume. Ces faits étonnants sont si nombreux, que la chapelle de la sainte, ne pouvant plus contenir les ex-voto qui les rappellent, on les entasse les uns sur les autres par centaines et peut-être par milliers. La quantité des béquilles déposées en signe deguérisons est telle, qu'on a dû les grouper par énormes faisceaux aux deux côtés de l'autel. On y voit aussi tous les genres de bandages et de mécanismes destinés à soutenir les membres

i. Petit, p. 66,

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infirmes du corps humain. Quels trophées que ceuxlà f ! »

Ces trophées témoignent du moins de miracles utiles. Dans l'ordre des miracles de simple agrément, je signalerai les images de sainte Philomène qui se promènent dans les appartements (p. 60) ; ou qui se tiennent perpendiculaires au sol quand on les laisse tomber (p. 61); double expérience de physique céleste et amusante que Fauteur de VHistoire du culte de sainte Philomène appelle « les admirables jeux de la divine Puissance ».

Cest un des privilèges de l'Italie que pour un rien les statues de saints y sont baignées de sueur ou bien remuent les yeux. La statue de Philomène à Mugnano a donné le spectacle d'une transpiration que les annales dévotes enregistrent avec orgueil :

« Trois étrangers, étant entrés dans l'église pour vénérer le saint corps, vinrent s'agenouiller devant la statue et firent en même temps l'observation qu'il y avait à l'extrémité du menton un globule brillant comme le cristal. L'un d'eux se lève, y porte la main, et la retire mouillée d'une substance liquide et glutineuse qu'il présente à ses compagnons, et ceux-ci avec lui se l'appliquent dévotement sur le front. Reportant ensuite les yeux sur le visage de la statue, ils voient qu'il en sortait de tous côtés une sueur prodi-

t. Petit, p. 102.

gieuse, telle que la provoque une grande chaleur dans les corps vivants et animés. Se réunissant ensuite en gouttelettes, et celles-ci en deux petits ruisseaux, l'union de l'un et de l'autre venait s'opérer sous le menton, et de là ils descendaient comme un fil épais sur la poitrine. Les couleurs de la sainte paraissaient vivement animées et ses yeux brillaient d'un éclat surprenant. Les témoins de cette merveille en appelèrent d'autres. Dom François et le curé de la paroisse accoururent aussi. Ils examinent, ils palpent ; c'était, disentils, comme une espèce de manne cristalline qui avait quelque chose de doux et de visqueux, qui retenait et repoussait le tact. La foule dont en un instant l'église fut remplie, en voyant la sueur et le visage enflammé de la statue, se mit à crier: Miracle! Miracle! Des larmes coulaient de tous les yeux ; les deux pieux ecclésiastiques en versèrent aussi de joie et de tendresse. Mais, pour contenter la dévotion du peuplent mieux s'assurer de la vérité, ils firent descendre la statue de son piédestal, et la placèrent sur le pavé de l'église, au milieu de plusieurs cierges allumés. De cette manière, tous purent considérer de près le signe merveilleux que le ciel leur donnait de sa puissance et du désir qu'il a de voir honorer les statues des saints '. »

Nous avions le langage des fleurs; c'est ici le langage des sueurs. Des gouttelettes perlant sur une statue, nous en devons tirer la conclusion que Dieu veut

i. Petit, p. 58.

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qu'on l'honore. Étonnante traduction d'un fait en luimême peu surprenant : celui d'un morceau de bois qui transpire.

Quant au sang de Philomène, il n'est pas de fantaisie qu'il ne se permette dans la burette où il a été recueilli. Quand il s'avise de se liquéfier, ce qui lui arrive de temps à autre, les spectateurs le voient s'illuminer soudain des nuances les plus diverses :

« Tantôt c'est le rubis, tantôt c'est l'émeraude qui domine; leur éclat est comme terni par une légère couche de cendre. Une fois seulement on le vit s'effacer totalement, et les yeux épouvantés de ceux qui en furent les témoins ne virent plus dans l'urne sainte qu'un peu de terre ordinaire. Mais bientôt cette nouvelle merveille cessa; et ce fut quand les yeux indignes d'un personnage, mort peu après subitement, eurent aussi cessé de profaner de leurs regards la sainteté de ces vénérables reliques l. »

Rien de plus facile à expliquer qu'un miracle de ce genre. Un jour un homme de bon sens s'est approché de la fiole et il a dit à ceux qui la regardaient, ébaubis : « Où voyez-vous là des rubis ? où voyez-vous là des émeraudes? Cette fiole, à travers sa teinte cendrée, présente des tons irisés comme la plupart des verres qui ont séjourné longtemps dans le sol. Que monsieur qui tient la fiole veuille bien cesser de la remuer et les

i. Petit, p. 53.

parcelles intérieures que le temps a détachées cesseront de rouler les unes sur les autres avec des éclats de pierres précieuses. » Et comme le prêtre cessait d'agiter la fiole, on n'a plus rien vu qu'un peu de terre au fond, et le prêtre s'est écrié : « Devant des yeux indignes, le miracle cesse ; c'est un nouveau prodige ! » Les légendes ne se forment pas autrement.

A vrai dire, je ne me chargerai pas d'expliquer le miracle suivant. Mais il convient d'ajouter que cette nouvelle transformation du sang de Philomène a été vue avec les yeux de la foi :

« En l'année 1872, un missionnaire apostolique ayant fait le pèlerinage de Mugnano, les parcelles sacrées prirent, en sa présence, la forme des sacrés cœurs de Jésus et de Marie. » (P. 53.)

Des parcelles de sang séché prenant toutes seules la forme de deux cœurs, c'est raide; il fallait cependant en arriver là, attendu qu'il n"y a plus de bonne dévotion sans sacré cœur. Le sacré cœur est comme la muscade du poëte. Ceux qui l'aiment doivent être aux anges, car on en a mis partout. L'union de Philomène et du sacré cœur est déjà consacrée par la peinture dans l'église de Crépy, au diocèse d'Arras. Il fallait orner d'une toile le rétable d'un des autels.

« On supposa, écrit le curé de Crépy, une extase dans laquelle la jeune martyre avait vu le Sauveur du monde lui apparaître dans son cachot, et lui montrer

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de la main droite le ciel, de la gauche son cœur adorable, d'où des flots de grâces se répandent sur la terre. » (P. i5 i.)

Pour le coup, voilà Philomène marchant en plein dans les plates-bandes de Marie Alacoque. Pour ceux qui ignorent que cette peinture est « une supposition », il devient évident que Philomène a dû voir, en effet, Jésus lui présenter son cœur. Dans quelques années, n'en doutons pas, l'histoire enregistrera le fait. Une quatrième révélation de Philomène au curé de Crépy suffira d'ailleurs à en faire un article de foi, et la sainte a toujours montré assez grand souci de sa gloire pour ne pas regarder à un petit dérangement lorsqu'il s'agit de confondre les, incrédules.

LES PELERINAGES

Les pèlerinages dits « nationaux ». — Leur origine. — Leur caractère politique. — Les nouveaux croisés. — Organisation des pèlerinages. — Leur public. — La part du tourisme. — Les pèlerins intéressés. — Les pèlerins par procuration et les pèlerins d'intention. — Les commencements de guérison. — Le miraculé de Maine-et-Loire. — S'il y a des guérisons vraies. — Le secret des rechutes. — Les victimes. — La mort du pèlerin considérée comme une faveur. — Tout est faveur pour celui qui pèlerine, — Les offrandes très recommandées. — La terre d'or.

Parmi les titres de gloire de Philomène, un des moins connus, sinon des moins curieux, est d'avoir inspiré les pèlerinages « nationaux ».

Vers la fin de 1871, un prêtre de Saint-Gervais, qui attendait avec impatience « un sauveur ' » , se trouvait à Ars, lorsque lui vint l'idée d'un pèlerinage

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