‹ Le dossier des pèlerinages, suitè de L'arsenal de la dévotionChapitre 97 sur 117 · Assemblée générale des comités catholiques, 1874, p · texte numérisé non relu

Assemblée générale des comités catholiques, 1874, p

« Après un discours de Mgr Duquesnay, qui a été une exhortation véhémente à prier Dieu en faveur d'un dénoûment que Vorateur sacré entrevoit dans un avenir prochain, les cris de Vive Pie IX! vive la France! se sont fait entendre l. »

Et bientôt Mgr de la Bouillerie, coadjuteur de l'archevêque de Bordeaux, allait tenir publiquement ce langage aux membres de l'association de Notre-Dame de Salut :

« On raconte de l'un de nos premiers rois qu'un jour, écoutant le récit de la passion du Sauveur, il saisissait d'une main frémissante la garde de son épée et s'écriait : Que n'étais-je là avec mes Francs!...

» Je m'imagine que, du fond de sa prison du Vatican, notre glorieux Pontife, abreuvé de tous les outrages de l'Italie, a souvent répété en lui-même cette parole : Si Clovis était là avec ses Francs - ! »

Malheureusement Clovis devait rester à Froshdorf. Mgr de la Bouillerie aura pu, depuis cette conférence, en faire une autre aux associés de Notre-Dame de Salut sur ce thème connu qu'il y a loin de la coupe aux lèvres.

Il n'est pas sans intérêt de remarquer que l'association de Notre-Dame de Salut, qui a pour but principal

i. Le Pèlerin, i" année, p. 35 1.

.'.. Le Pèlerin, i»« année, p. 893.

l'encouragement de ces cercles ouvriers où l'on pousse si bien à la haine des citoyens les uns contre les autres1, est, depuis quatre ans, l'inspiratrice ou la propagatrice de toutes les prières qu'on a assez heureusement qualifiées de « prières sociales » : la croisade permanente de prières « pour toutes les causes qui sont chères aux catholiques français »; la neuvaine à saint Joseph « pour la délivrance du pape et le salut de la France » ; l'année de prières et de pénitence dite a sainte croisade d'expiation » ; l'œuvre « pour la conversion de Paris » ; toutes plus ou moins enrichies d'indulgences par Pie IX. Quand l'association de Notre-Dame de Salut n'imagine pas un nouvel ordre de prières, elle se rattrape en organisant des neuvaines préparatoires aux prières imaginées par les autres. Nous lui devons déjà les neuvaines préparatoires aux prières publiques votées par l'Assemblée; la neuvaine préparatoire à la fête de l'Immaculée- Conception ; la neuvaine préparatoire à la Consécration du Sacré-Cœur; enfin, les neuvaines et les prières préparatoires aux élections générales dans lesquelles on demandait encore une fois à Jésus, à la Vierge et à saint Joseph le salut de la France, c'est-à-dire la nomination d'une Chambre réactionnaire. Il faudrait n'avoir lu aucune des pieuses correspondances, aucun des mandements électoraux provoqués par les prières préparatoires pour nier le caractère politique qui s'y attachait. Il n'est pas jusqu'aux dominicaines du Saint-

l. Voir p. 389.

Rosaire qui, « frappées de l'incidence très opportune du quatrième mystère joyeux », ne se soient empressées d'accueillir l'idée de demander au Ciel de bons députés, « en ces jours si menacés par les voltiges du suffrage universel1. »

Or, il est assez piquant de constater que cette œuvre de Notre-Dame de Salut a pour directeur le même père Picard des augustins de l'Assomption, qui dirige le Conseil des pèlerinages, et que ces deux œuvres, justement qualifiées d'œuvres sœurs, ont pour organe de publicité le même journal : le Pèlerin. Assurément ceux qui ont nié de bonne foi le caractère politique des pèlerinages dits nationaux, n'ont jamais pris la peine d'apprendre toutes ces choses.

S'il était besoin d'ajouter encore une preuve à tant d'autres, je la trouverais dans le dernier rapport du Conseil des pèlerinages à l'assemblée générale des comités catholiques. On y sent percer un abattement singulier :

« L'œuvre des pèlerinages est implantée partout, dit le rapporteur; dès lors, son Conseil général n'a plus qu'à se retirer. Nous l'avons cru un instant. Mais, du fond de sa prison, la voix du maître s'est fait entendre : a Marchez, marchez toujours, ne vous arrêtez pas; » et aujourd'hui encore, dans une nouvelle lettre, il nous dit : « Ces pèlerinages sont ma joie, ma consola- » tion, un véritable encouragement pour moi. Quel-

i. Le Peler in, 3g année, p. 602.

des Pèlerinages 2>2j

» ques personnes disent : A quoi bon? qu'avons-nous » obtenu? Erreur! vous obtiendrez bientôt. La France » surtout fait des pèlerinages, qu'elle continue; cou- » rage et patience; la France ne peut périr; elle est » indispensable à l'Eglise. » Qu'^uons-nous à faire, messieurs, en face de cette invitation et de ces consolantes paroles ? Reprendre la croix du pèlerin et marcher l. »

Cette croix qu'on reprend, pourquoi voulait-on la quitter? Le comité a-t-il en réalité tellement implanté son œuvre chez nous que toute direction générale soit désormais inutile? Il serait naïf de le supposer. Et d'ailleurs, quand a-t-on vu jamais des chefs abandonner leurs soldats à eux-mêmes sous prétexte qu'ils sont habitués à vaincre ? La forfanterie, cela est clair, n'est ici que le masque du découragement. Et ce découragement, la cause en est facile à dire. Entre les provocations bruyantes des précédents rapports et le début gêné de celui-ci, un grand fait politique s'est accompli qui renverse bien des espérances : le vote d'une Constitution. Le comité qui attendait Clovis est fort déconfit. Si une voix ardente ne l'excitait, il serait capable de rester en panne avec ses oriflammes sur les bras ; mais du Vatican, la voix lui crie : « Marche, marche, marche encore! » Et le comité marche, car c'est du Vatican que lui viennent les ordres.

i. Assemblée générale des comités catholiques, 1871"). p. 2o5.

Donc l'œuvre continue. Le comité, quoique découragé, ne désarme pas. S'il met une sourdine à ses espérances politiques, il n'en continue pas moins les provocations à l'extérieur, et sa guerre à la société moderne, désignée sq$\s ce terme aussi large que retentissant : la Révolution.

« Les pèlerins sont l'armée du peuple de Dieu, disait le Pèlerin, résurrant un discours du pape aux Vendéens, en décembre 1875, ils font le tour de Jéricho, c'est-à-dire de la cité de Satan, de la Révolution, et, s'ils ont confiance, la cité s'écroulera d'elle-même *. »

Un de ceux qui nient avec le plus de vivacité le caractère politique des pèlerinages, Mgr de Ségur, écrit dans un des petits volumes de propagande dont il est si prodigue :

« Les pèlerinages, surtout les grands, sont une inspiration providentielle destinée à ressusciter la patrie ensevelie, étouffée depuis près de deux siècles sous les scandales publics de toute nature 2. »

Pour Mgr de Ségur, ce n'est plus assez de remonter le passé de quatre-vingts ans, c'est à près de deux siècles qu'il voudrait retourner en arrière. Près de deux siècles, cela nous reporte tout juste au temps glorieux

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