Le Pèlerin, 3e année, p
2. La France au pied du S.nnt-Sacrement, par Mgr de Scgur, 7e édit. Paris, Tolra, in-18, p. i3.
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des dragonnades. Monseigneur ne pouvait donner plus clairement à entendre que le dernier acte politique digne de son approbation est la révocation de l'édit de Nantes. Il ne se borne pas, du reste, à le laisser entendre, car, dans la longue énumération des scandales dont nous donnons le triste spectacle, entre « l'empoisonnement systématique de la jeunesse » et «l'oppression et les entraves de toute sorte aux saintes expansions de l'autorité et de la liberté catholiques », il fait figurer « les détestables tolérances légales de V athéisme et de Vhérésie. »
Ainsi la tolérance légale de l'athéisme, lisez libre pensée, celle de l'hérésie, c'est-à-dire des religions dissidentes, est un état de choses détestable, et c'est contre cet état de choses détestable que protestent les pèlerinages. A coup sûr, les pieuses gens enrôlées dans ces foules bruyantes ne se doutent guère qu'elles font, en s'y mêlant, acte de rébellion contre les lois de leur pays qui proclament la liberté absolue de conscience et le libre exercice des différents cultes.
Soupçonnent-elles davantage qu'en entonnant certains refrains violents elles font appel à la guerre avec l'étranger :
Pie IX attend sa délivrance, A la merci d'enfants pervers...
Satan t'accuse d'impuissance; Brise enfin l'orgueil des Enfers M
1. Chants pour les pèlerinages vendéens à Notre-Dame de Lourdes. Avec approbation de l'evêque de Luçon. 1878, in-iS.
33o Le Dossier
Ou bien encore :
Rome est en proie à la démagogie!
Rome gémit sous un joug oppresseur!
Mais nous verrons la secte anéantie; Comme toujours le Christ sera vainqueur!
Levons-nous tous, soldats du Sacré-Cœur!
Levons-nous toud sauvons Rome et la France! Ne craignons point d'infernales clameurs! Prions la Vierge! Elle est la délivrance; Du roi-pontife elle aide les vengeurs!
Levons-nous tous, soldats des Sacrés-Cœurs ! »
J'ai entendu des femmes, des enfants, chanter cela de toute la force de leurs poumons. Si l'on eût pris à part une de ces femmes, un de ces enfants et qu'on leur eût demandé : « Quoi ! madame, quoi ! chère petite, voudriez-vous vraiment que monsieur votre mari, que monsieur votre père allât se battre au loin pour que le pape ait dans l'Italie un État à lui ? » Nul doute qu'elles ne se fussent vivement récriées : « Oh ! mais pas du tout, monsieur! »
Il est impossible de nier le caractère politique des pèlerinages ; mais ce caractère, il ne faut pas l'exagérer non plus. Si les instigateurs de ces mouvements savent très-bien quel but se cache derrière de prétendues manifestations pieuses, la foule qui les suit n'en a qu'une très-faible idée.
i. Milice de la prière, cantique de Notre-Dame de Chartres et de Paray-le-Monial. Paroles de C. P., musique de madame K. Chartres, impr. Langlois, in-32.
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Les pèlerins de 1873 ont été tous invités par leurs conducteurs à signer une adresse au pape, expédiée au Vatican sous forme de nombreux volumes, et dans laquelle on lisait :
« Vous seul pouvez nous montrer le chemin de la victoire. Continuez à éclairer notre marche par vos enseignements infaillibles, dirigez-nous dans la voie tracée par le grand et glorieux Syllabus...
» Le salut de la France, c'est votre délivrance.
» A vous nos cœurs, à vous nos esprits, à vous la puissance de notre patrie, à vous le sang de nos enfants l. »
Que les vieilles demoiselles, que les petites filles, que la foule des prêtres et des religieuses présents aient offert au pape, sans plus marchander, le sang de leurs enfants, ce n'est pas ce qui pouvait les embarrasser beaucoup. Mais pense-t-on que la masse ignorante, qui fait le fond du personnel des pèlerinages, eût expliqué avec le même entrain ce que c'est que « le grand et glorieux Syllabus » ?
La vérité, c'est que la masse des pèlerins n'est qu'un jouet entre les mains de quelques meneurs qui voudraient les fanatiser. Mais le mal qu'on se donne pour le recrutement de ces troupes innocentes doit nous rassurer sur l'issue de la lutte trop disproportionnée engagée par ces revenants du passé contre les repré-